A retenir :
L’âge d’or des formes brèves : maxime, fable, caractère au XVIIème siècle
Formes brèves à une époque importante : deuxième partie XVII « âge classique »
Mettre en comparaison culture du XVII et XXI.
Prendre conscience de la quantité d’énoncés dans la vie courante, cf publicité dans le métro, presse, slogans, mots d’ordre, banderoles. Utilisation de la qualité particulière de la forme brève.
Maximes La Rochefoucauld 1665, Fables de la Fontaine 1668
Forme brève : réflexion sur ce que c’est.
- Illusoire de penser une typologie rationnelle. Réflexion a pour but de cerner différences et ressemblances XVII et XXI.
- Définition se heurte à un fatra (bric à brac), multiplication à l’infini des formes brèves : maxime, sentence, apophtegme, aphorisme, adage, devise, etc. Visée gnomique : enseigne, donne un savoir, une loi. Erreur de vouloir imaginer une histoire des formes qui évoluerait dans le temps. Evolution en plusieurs siècles.
Regroupe aussi des genres littéraires, différence entre un genre et une forme : formes brèves assemblent plusieurs genres : fable est un genre, le lai, l’épigramme, l’impromptu : poème frappants, plaisanterie : formes brève.
Formes nouent conversation et la littérature.
Fable, comte, caractère, XVII : s’approprie la forme et deviennent canons, références. Cf La fontaine. On se réfère toujours à lui. Incarnation d’un genre. Saturation de la définition.
Entre la société et la littérature : un dit : parole qui a été fixée. Proverbe, dicton : formes brèves, mémorables. Circulent, s’anonymisent. Cf petits poèmes en prose, brièveté.
Absence de typologie, mais on peut chercher une opposition : forme brève conçue comme telle, principe d’écriture auquel on a donné une qualité. Exigence de la brièveté, concision, qualité. Ellipse, concision, densité, laconisme, sécheresse. A force d’être bref, on peut devenir obscur.
Cf Pascal : « je vous écris une longue lettre parce que je n’ai pas le temps d’en écrire une courte. » provinciales. Brièveté est le résultat d’un effort de la pensée et de l’écriture.
- Absence de typologie : car vient des présocratiques : valeurs de ces formes a bougé.
- Au fond forme brèves seraient textes courts : brièveté et caractère d’être court. Brièveté tient à un engagement du sujet dans énonciation : brachylogie (brachy court, logie : discours). Autorité du « je ». Court est seulement question de dimension. Proverbe : type de parole théoriquement partagé, gnomique : véhicule un savoir.
- Capacité d’une forme littéraire à avoir une forme plus courte, oublie d’où elle vient. Circulation, échange. Pas uniquement car elles servent dans la conversation : art de raconter, époque des salons. Être un bon courtisan est être capable de faire la conversation, de passer la parole.
- Différences entre celle conçu comme telle et celle qui est une forme brève issues d’un accident : fragments de textes. Supports. Petits papyrus abîmés. Ce sont les supports des fragments.
- Rapport entre les formes et le fragment ? est ce que le fragment est comparable ?
Cf fragments des philosophes présocratiques, Héraclite : « le soleil a la grandeur d’un pied humain ».
« on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuves », « pour ceux qui sont éveillés il n’y a qu’un seul et même monde, en revanche chaque homme qui dort a son monde propre ». Parole la plus ancienne sur le rêve. Ces fragments ont été coupés par le temps, l’usure, mais chacun d’eux a une force de rayonnement qui fait basculer du côté de la maxime.
Cf Tchoang-tzeu (4ème siècle a.c.)
Cf Les Pensées, Pascal : œuvre posthume assemblée par bandes de papier q’il portait sur lui : collées sur un grand in folio. Pensées sont un paradoxe : fragment pour un livre qui était censé apologétique : misère et grandeur de l’homme. Vision pessimiste de l’humanité, tradition de St Augustin : homme comme pêcheur. « On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités ».
cf Fragments d’un discours amoureux, Barthes : écrit comme des fragments. Fragment à la première personne, reportage sur l’état amoureux. Abécédaire de l’amour. Il a pourtant écrit un texte l’Empire des signes, texte sur le Japon, ce dont il parle c’est son Japon à lui, imaginaire. Enorme influence, a remis à la mode les haïkus. Texte représentatif de l’esprit du Japon, se bornerait à désiner, sans narcissisme occidental (donner une morale). Faux. Haïku japonais ont visée moralisante.
Goût de la modernité pour le fragmentaire, concis. Contre l’idée de perfection. Cf peinture inachèvement, non finito.
D’un côté on aurait une forme entièrement close, une perle (unité en soi même : isolement, rayonnement, concision, clôture, collection) et de l’autre : bribes, miette, inachèvement, fragmentaire : décousu, mais rayonnement et maxime.
Il existe des formes brèves en vers : cf Pibrac, Les Quatrains, 1574
« Parler beaucoup on ne peut sans mensonge (…) »
I. LA MAXIME
La Rochefoucauld, XVIIIème siècle.
Cf exemplier p38, putto qui représente l’amour de la vérité, maximes vont démasquer la fausseté de Sénèque : visage plissé qui exprime des passions. Les maximes démystifient, parle du cœur humain, le démasque. Epigraphe : « nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés » : forme de la phrase fréquente dans les maximes de La Rochefoucauld. Passion sous le masque.
Ouverture des maximes donne un projet unifié à un éclatement/dispersion d’énoncés très brefs. La portée générale de la démystification des vertus, apparaît dès les premières maximes. « (…) ce n’est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes ». dissolution du langage : valeur se défait de la vaillance, chaste se défait de la chasteté.
« l’amour propre est le plus grand de tous les flatteurs » : forme brève : la lecture impose une explicitation. Remplir les ellipses, dire le non-dit. Flatterie de soi.
On n’est pas capable de maîtriser notre être, pulsions cachées. Post freudiens. On a conscience de notre inconscient. Les lacaniens vont nommer ces moralistes comme psychanalyse avant l’heure. La Rochefoucauld très utilisé par Lacan. Ici la première maxime supprimée : initialement en tête du recueil, dès deuxième édition supprimée, l’intériorité humaine est un pays et un personnage. Amour propre est un personnage.
Quand on avance pour la composition du recueil : isolement/rayonnement d’une maxime, mais en même temps mise en recueil, + organisation : maxime 504 parle de la mort, quand commence « après avoir parlé de la fausseté de la fausseté de tant de vertus « : résume toutes les maximes passées :
on prend les maximes à l’unité ? ou est ce qu’on parle de bloc, blancs au milieu des textes, ensemble des fragments ?
Les maximes traitent des passions humains. Geste de démystification apparaît dans maximes 7, proche des familles princières. Fait partie des nobles qui ont participé à la fronde / : guerre civile 1648 à 52 : pensées noires et sombre des moralistes, car sont perdants de la fronde, montée de la monarchie absolue, valeur se trouve restreinte à être des courtisans, soumis à l’étiquette, louis XIV favorise grand bourgeois pour que l’aristocratie ne vienne plus lutter avec le roi. Fondement de la valeur arsitocratique est la valeur guerrière. Démolition du héros : dans maximes.
Trois principes dans la vie des hommes.
- Fortune (le hasard, pas chrétien, christianisme absent des maximes), terme païen, différent de providence : soit lecture des lumières en avance, soit une lecture car est un guerrier et ne peut pas parler de religion.
- Les passions de l’âme : formes d’émotions ; peur admiration, honte, haine, désirs. Traité de Descartes
- Humeurs : le tempérament qui nous donne telle ou telle disposition à agir.
4 humeurs : le sang, la bile jaune, la bile noire, le flegme. Sanguin : joyeux et érotique, mélancolique, calme ou colérique. Expliqueraient les actions humaines. Notre amour propre ne voudra pas se reconnaitre dans ce portrait, on n’a qu’à penser que ça concerne tous les autres mais pas nous.
- Modération : vertu par excellence, clémence : celle des rois, constance : première vertu stoïcienne. Force d’âme : vertu cardinale/principale.
- De 15 à 20 : disqualification de toutes les vertus exaltés par l’humanisme.
Homme est soumis à des forces intérieures et extérieurs qui le privent de toute autonomie. Cf maxime 435 : « la fortune et l’humeur gouverne le monde ». antihumanisme. Fond de cette forme brève de la maxime, défaire toutes les valeurs humanistes : pas de centre. Homme est décentrement, pas défini par liberté et indépendance. Noir et négatif. Veut arriver au néant. Homme n’est pas sûr, démystification. Tellement lucide qu’il ne reste plus rien.
Pointe de la maxime (dernier mot) donne sens. Comment démolir ? négation restrictive.
« le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ». stylé
Distinction maximes 28
Opposition jalousie : vouloir garder ce qui nous appartient), envie : ne pas supporter le bien des autres.
Multiplicité de points de vues car on a une forme discontinue.
Les hommes, on, nous, le cœur, telle passion, etc.
Chaque passion a elle-même ses passion, mise en abyme perpétuelle,
Hommes sont royaumes avec passions qui se disputent.
Loi harmonie entre toutes ces instances ?
Pas simplement négatif : quand LR considère que l’amour est difficile : soit il y a du pur du vrai, de la vertu, un idéal mais complétement inaccessible, soit nie l’existence de la valeur en ce monde.
Si le vrai est inaccessible, le réel est une apparence, en ce sens on a raison de jouer avec les apparences car le réel n’existe pas.
La politesse : savoir toutes ces horreurs sur l’intériorité humaine, mais établir une harmonie minimale en jouant avec les passions. Vertus de cohabitation entre les hommes. Le travail de lecture ; lutter contre indétermination, dans quoi on contextualise, à quoi on rattache unité de chacune des maximes : horizon chrétien ? négation noire et cynique de la vertu humaine ? interprétations ouvertes.
L’écriture de la maxime est clôture de la forme, et ouverture avec les blancs qui séparent ces formes brèves : sens qu’on trouve entre chaque maxime. Soit chaque fragment, soit polyphonie de l’ensemble des maximes.
Porosité entre la maxime et la réflexion. Cf p41, Réflexions Diverses : psychologie qui voit intériorité avec passions qui luttent les unes contre les autres. Compare hommes aux animaux, hommes chiens, femmes vipères, hommes fourmis, etc.
II. LA FABLE
Fables de La Fontaine datent de 1668 (3 ans après les Maximes de LR en 1665)
Fin du livre XII : a voulu que ce soit XII car évoque les livres de Homère, équivalent d’une épopée, référence épique.
Cf Joubert :
« Notre véritable Homère, l’Homère des Français,
Qui le croirait ? c’est La Fontaine » Fables sont des poèmes.
Formes très brèves :
ANTIQUITE : cf Esope : VI A.C. corpus ésopique : Esope était auteur légendaire, aurait inventé fables en prose. Leçon de morale ou de savoir vivre. Cf Phèdre : Fables en latin, I P.C. genre de réécriture, histoire qui se sont transmis sans discontinuer. Contes racontés aux enfants pour s’endormir, puis les fables qui participent à l’éducation. Cf Bob Wilson, 2004 a mis en scène les Fables de Lafontaine.
Fabula : fari : parler, dire. Narrer. Rattaché à l’oralité. Rattaché à la persuasion. Apologue : discours de loin, parler de loin. Parole qui ne dit pas directement ce qu’elle dit, discours par détour. Cf Parabole (renvoyer sens second) et allégorie (dire autre chose).
Rapport de la fable à la philosophie : cf Aristote : quand on veut persuader qqun on raconte qqch qui a eu lieu historiquement, réalité des faits prouve, ou récits ésopiques, fables qui racontent, sous texte.
RENAISSANCE : fables d’Esope sont répandues, cf Le lion et le rat, reprise par La fontaine, le Lion sauve le rat et le rat sauve le lion. Fable est un ensemble : gravure sous un texte : apologie de la forme brève. Maxime est illustrée par l’image, explication par un texte. Art de la concision : titre, image, quatrain, et texte. La fable est équivalente à une image/ synthétisable par une image + ouverture à l’infini : on peut commenter à l’infini. Prudence consiste à se méfier.
La brièveté c’est l’âme du conte, les fables sont l’âme du conte. Approximation de langage. Brièveté est l’âme de la fable : car longueur = ennui. La poésie française peut intégrer la brièveté.
Cf l’épître dédicatoire : 6 premiers livres de La Fontaine dédicacés au Dauphin (7 ans). Fable est un mensonge qui contient une vérité.
Comment les Fables ont été conçues ? cf Leo Spitzer, L’art des transitions chez La Fontaine, Etudes de style. La Fontaine est le premier à avoir conçu forme brève comme une monade (forme qui se suffit à elle-même), modèles réduits de l’art où se trouve la loi de la création universelle. La Fontaine : tout parle. « il n’est rien qui ait son langage ». La fable contient une maxime car faite d’un corps (récit) et d’une âme (moralité). Dualité de la fable, qui la distingue du conte (simple récit). Les fables apprennent à lire : étaient pour apprendre à lire au dauphin + fables nous apprennent à lire et à nous comporter dans la société. Personne ne peut donner une lecture fixe et stable. La Fontaine était très proche de Fouquet, contre Louis XIV, mais à l’époque pas pensable d’appliquer réflexions politiques des fables au roi le plus puissant d’Europe.
Interprétation intervient aussi dans l’image, la gravure cf Jean Jacques Grandville (XIX) insiste sur caractère anthropomorphique des animaux, cf brochure. Cf Gustave Doré : représentation littérale ou alors allégorie humaine. Enigme : on ne sait pas si on critique l’inconséquence de la cigale ou l’avarice de la fourmi. Pas d’énoncé gnomique : maxime, libre interprétation, aucune conclusion. C’est la première fable.
Cf Le corbeau et le renard : La flatterie est toujours intéressée, ne pas se laisser avoir.
Cf La Chauve-souris et les deux belettes : récit qui concerne trois animaux, 4 vers concluent la fable, et semblent donner une leçon. Leçon politique, tire d’une comportement de la chauve-souris qui est versatile : difficulté d’affirmer dénonciation.
Bcp d’interprétations, stylisation au cours des siècles.
Le «je » de La Fontaine intervient beaucoup, et intervient de plus en plus dans l’écriture des fables. Cf Le chameau et les bâtons flottants. La réflexion de la lecture est réduite à une chose : vanité et tromperie de l’apparence. Corps de la fable : pas fondé sur la morale, mais erreur de perspective. La fable télescope deux fables. Même conclusion est tirée : une seule maxime peut être illustrée par plusieurs fables différentes. Intertextualité : écrit même chose que Pascal, fonctionne avec d’autres textes, métatextualité : parle des fables et de lui à l’intérieur des fables, hypertextualité : fait référence aux fables ésopiques.
