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Lycée
Terminale

HGGSP - Séquence 6

Histoire

L’ENJEU DE LA CONNAISSANCE

AXE 1 / PRODUIRE ET DIFFUSER DES CONNAISSANCES

Donner accès à la connaissance : grandes étapes de l’alphabétisation des femmes du XVIe siècle à nos jours dans le monde

Par alphabétisation, on entend aussi bien l'enseignement que de la lecture et de l'écriture que son résultat. Dans les sociétés occidentales contemporaines, l'alphabétisation va de paire avec l'instruction et celle-ci repose encore très majoritairement sur l'école. L'alphabétisation des femmes ne n'est pas avec le XVIe siècle. De nombreuses femmes, non seulement alphabétisées, mais aussi intellectuelles ont pourtant bien existé, mais ne sont guère présentes dans les livres d'histoire.

Comment s’est mise en place l’alphabétisation des femmes depuis le XVIe siècle et quelle est la situation dans le monde aujourd’hui ? Pourquoi est-ce un enjeu social, économique et politique majeur ?

1. Éduquer les filles pour promouvoir la religion et la morale à l’époque Moderne

A. Un point de départ modeste au XVIe siècle

L'alphabétisation suit les progrès de la civilisation de l'écrit. Au Moyen Âge, les livres tout comme les lecteurs sont rares, les clercs détiennent le quasi monopole de leur production, et durant des siècles, savoir lire fut leur privilège presque exclusif. Les écrits en Europe sont principalement en latin, même si une littérature en langue vulgaire se développe en parallèle. Les écoles fondées par les ecclésiastiques sont rares et accueillent principalement les garçons. La mise au point de l'imprimerie par Johannes Gutenberg vers 1454 à Mayence et la création de « bibliothèques d'État » fondées par quelques-uns des grands princes et souverain d'Europe sur le modèle humaniste, permettent la diffusion plus large de livres et l'augmentation du nombre de lecteurs. Avec l'essor de l'humanisme, la connaissance acquiert un nouveau statut. Cependant, le nombre de ceux qui savent lire et écrire est sans doute très faible. Les historiens l'évaluent de 5 à 10 % de la population française sous François Ier. Le XVIe siècle présente un tournant en matière d'éducation des filles, et, par conséquent, d'alphabétisation. Érasme de Rotterdam élabora une nouvelle conception de l'homme homme dont on considère qu'elle est la fondation de l'humanisme. Selon lui, l'humain existe d'abord en lui-même, et à ce titre, il promeut l'instruction dès le plus jeune âge, mais de façon plus surprenante, pour les garçons comme pour les filles.

B. L’impulsion donnée par les Réformes

C'est la réforme protestante qui est l'un des vecteurs du principe de l'accès des femmes à la culture. Les autorités politiques passées à la réforme créent des écoles. La Suisse est à ce titre exemplaire, de nombreuses écoles y sont créés dès 1530 à Wittenberg. Il en est de même en France parmi les communautés réformées. L'édit de Nantes en 1598, en interdisant la discrimination à l'égard des protestants, les autorise à enseigner. La Suisse réformée nous donne un exemple intéressant. L'école n'est pas le seul lieu où l'on apprend à lire à l'époque moderne, l'autodidaxie est également très importante à la campagne comme à la ville et particulièrement dans les milieux protestants. Ainsi l'écriture s'acquérait aussi à la maison.

Les catholiques ne sont cependant pas en reste. Dans le contexte de rivalité entre l'église catholique romaine et les églises protestantes qui se développent à partir du début du XVIe siècle, Rome organise un concile de réaction à Trente en Italie et reprend à son compte l'importance de l'instruction des fidèles, et parmi eux, des enfants. En France, dès le début du XVIIe siècle, les initiatives sont nombreuses de la part des institutions religieuses en partenariat souvent avec une laïque fortunée. L'alphabétisation des filles comme instrument d'une société plus empreinte de religion et de morale, semble donc remporter un certain consensus même si elle est loin d'être une priorité dans les faits.

Jean Quéniart, historien, spécialiste des questions d'éducation, a étudié l'impact de la volonté des deux églises, protestante et catholique sur l'augmentation du nombre de lecteurs en Suède au XVIIe siècle, grâce, comme il le montre à de véritables campagnes d'alphabétisation. En Suède, 40 % des personnes savent lire vers 1660 et plus de 70 % dans les années 1690.


C. Des plans et des institutions pour éduquer les filles au XVII e siècle

Au XVIIe siècle, la femme cultivée est souvent rayée, notamment dans les pièces de Molière, qui consacre deux pièces à ce sujet. Cependant, la pensée de Molière ne doit pas être caricaturée et les femmes dites savantes qu'il moque sont celles de la société courtoise qui rivalisent à la cour et celles qui confondent la connaissance et le pédantisme. Molière tourne en dérision la volonté de maintenir les femmes dans l'ignorance pour mieux en contrôler l'esprit et les sentiments et en faire des objets malléables, incapables de penser par elles-mêmes.

Le XVIIe siècle connaît de nombreuses femmes de lettres. Par exemple, en France, Madame de Lafayette ou Mademoiselle de Scudéry. Dans les années 1680, trois auteurs conçoivent des plans d'éducation pour les filles. L'abbé est historien Claude Fleury publie en 1685 son traité, où il propose aux filles un plan éducatif dans lequel l'instruction religieuse, plus morale que dogmatique, garde la première place.

D. L’assez faible influence des Lumières et de la Révolution française

Les lumières visait à éclairer l'humain pour mieux contrer l'obscurantisme politique et religieux, l'éducation y est donc un sujet de réflexion important comme on le constate à travers le renouvellement de la pédagogie dont un nouvel objectif est d'éduquer le sens critique ou discernement. Les lumières ont été à l'origine de changements profonds, mais les filles semblent en avoir peu profité. L'alphabétisation des filles poursuit donc son évolution mais sans rupture par rapport à l'époque précédente, en terme de contenu et d'objectifs.

L'Angleterre connaît la création de très nombreuses écoles privées à l'image des Sunday Schools où l'on apprend le catéchisme et la lecture. L'essor des Dame Schools dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle accueille de nombreuses enfants, et encore davantage à mesure que la révolution industrielle se développe. En Espagne, l'enseignement élémentaire féminin reste fondé essentiellement sur l'éducation religieuse et morale et sur l'apprentissage par les jeunes filles des tâches propres à leur sexe. En France, trois réseaux instruisent les filles, les maîtresses d'école et de grammaire dépendants de la cathédrale de Notre-Dame dans la tradition médiévale, les communautés religieuses qui se sont répandues avec la réforme catholique et les écoles paroissiale de charité qui se développent à partir de la fin du XVIIe siècle.

En France, à la fin du XVIIIe siècle, l'alphabétisation féminine est encore en retrait par rapport à celle des hommes. La période révolutionnaire n'a guère amélioré ces résultats et les a souvent entraîné à la baisse en raison des guerres.

2. La volonté d’éduquer chacune selon les besoins supposés propres à son « état » en Europe et dans les colonies au XIXe siècle

A. La géographie de l’alphabétisation des femmes en France au XIXe siècle : de fortes inégalités régionales et toujours un retard à l’égard des hommes

Concernant le nombre de filles et de femmes alphabétisées au XVIIIe et XIXe siècles, une étude fait référence. L'enquête a été réalisé au début des années 1870, ce qui permet de faire un état des lieux de l'alphabétisation des filles durant les trois premiers quart du siècle, sous les régimes qui ont précédé la IIIe République. Le tableau récapitulatif général permet d'avoir une vue d'ensemble de la France métropolitaine. Si l'on s'attache aux deux périodes de 1786 à 1790 et de 1871 à 1875, l'évolution est très positive. Il montre également l'écart très important entre l'alphabétisation des femmes et des hommes, même s'il tend à se réduire. Les cartes présentent des écarts en fonction du sexe. Plus de 70 % des femmes ont signé dans les territoires au nord tandis que des départements comme le Morbihan par exemple avec 27 % de signature féminine est à la dernière place et très loin derrière la moyenne du Nord. L'alphabétisation féminine est en France encore très en retard sur celle des hommes lorsque la IIIe République se met en place. Une fois assise politiquement, la république s'attache à généraliser l'école primaire républicaine en la rendant d'abord gratuite en 1880, puis obligatoire et laïque, avec les lois Jules Ferry, ministre de l'instruction publique.

B. La IIIe République en France et l’instruction des filles

L'école primaire est profondément réformée par les formateurs de la IIIe République, car elle doit enraciner les valeurs républicaines dans les esprits. À l'initiative de Jules ferry, deux lois rendent l'école primaire publique et gratuite en 1880 et laïque en 1882. Par ailleurs, l'école est obligatoire pour les filles, comme pour les garçons de 16 à 13 ans par la loi de 1982. Enfin, la loi Goblet de 1886, laïcise le personnel enseignant en écartant les ecclésiastiques de l'enseignement primaire public. Les contenus réformés ne sont pas favorables aux femmes : on y enseigne le principe d'ordre et de hiérarchie, l'attachement aux valeurs de la famille. Comme la plupart des pays catholiques, la France républicaine n'a pas choisi la mixité. La résistance à la non mixité et spécifique à la France qui ne l'interdit qu'en 1976. Certains pays pratiquent les deux systèmes en parallèle. La mixité est pratiquée aux États-Unis en primaire, mais aussi dans le secondaire.

Beaucoup de puissances européennes, dont la Grande-Bretagne et la France au premier rang, sont dans la deuxième partie du XIXe siècle des Empires. La France, en particulier, s'empare de l'alphabétisation des peuples colonisés comme d'un outil de propagande de la mission civilisatrice de la métropole. L'école dans les colonies de ne bénéficie que de maigres crédits, et moins de 10 % des enfants des territoires africains de l'Empire sont scolarisés avant la seconde guerre mondiale. L'école est donc conçue comme un instrument d'acculturation, de domination et de contrôle social et à ce titre, l'école coloniale s'intéresse aux filles. Les colonies sont un miroir de ce qu’était l’alphabétisation des filles à l’époque moderne et encore au XIXème siècle, entre objectivation en vue du rôle que les femmes sont supposées tenir et crainte que cela conduise à leur émancipation.

C. Quel état des lieux à la fin du XIX e siècle ?

La création d'école normale féminine et de lycée et de collège, de jeunes, constitue un tournant important pour l'État républicain, qui prend désormais en main l'enseignement.

L'église n'a plus désormais le monopole de la formation des jeunes filles.

Ces lois font l'objet de violents débats, montrant que les mentalités n'ont pas évolué au même rythme que la loi. La IIIe République a donc incontestablement favorisé l'éducation des filles. L'ensemble de ses femmes républicaine de la fin du XIXe siècle ont eu un effet particulière particulièrement important sur l'alphabétisation féminine. Ailleurs en Europe également, les bouleversements politiques ont parfois joué un rôle important. Unification de l'Allemagne, par exemple conduit à la nationalisation de la culture et a permis le contrôle étatique de l'enseignement scolaire.

3. Les enjeux de l’alphabétisation des femmes dans le monde aujourd’hui :

A. L’alphabétisation aujourd’hui, un état des lieux

À mesure de la prise de conscience, le terme et la notion évoluent au XXe siècle, souvent défini lors de conférences d'internationales qui se multiplient sur le sujet après la seconde guerre mondiale. L'alphabétisation est un droit international depuis 1948, avec l'introduction dans le droit international de l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme sur le droit à l'éducation. La déclaration de Persépolis de 1975 clôt un symposium international pour l'alphabétisation, celle des femmes y est pointée comme particulièrement porteuse dans les sociétés. Parmi les objectifs du développement durable de l'ONU pour 2030, l'objectif 4 concerne l'éducation, en matière d'éducation primaire, secondaire et supérieure, technique, professionnelle ou de type universitaire.

Les taux représentés par la carte seraient encore plus faibles s'ils concernaient les femmes, car elles constituent la majorité des adultes illettrés dans le monde actuellement. Un rapport de l'ISU, établissait que 89 % des hommes contre 80 % des femmes savent lire et écrire en 2011.

B. De nombreux freins à l’alphabétisation des femmes et des solutions bien identifiées

L'initiative Life cible les 35 pays dans lesquelles le taux d'alphabétisation est inférieur à 50 % ou qui compte plus de 10 millions de personnes, ne sachant ni lire ni écrire. Ces programmes et les études qui les accompagnent nous permettent de très bien connaître quels sont les freins à l'alphabétisation des filles et des femmes. La corrélation entre l'argent qu'un pays dépense dans l'éducation et la scolarisation des filles vient assez rapidement à l'esprit. Ainsi, le Mozambique qui dépensait en 1999 3 % de son PIB pour l'éducation comptait 2 % seulement des filles qui terminaient le collège. La scolarisation des filles est très supérieure en ville qu'à la campagne. Il n'y a pas toujours d'école en milieu rural, et on exige bien souvent des filles qu'elles travaillent dans les champs.

Le contexte éducatif possède également un fort impact. L'absence de formation des enseignants et un nombre d'élevé d'enfants par classe sont corrélés avec un taux faible de scolarisation.

Les conditions matérielles sont également un frein, l'absence d'endroits où les filles peuvent se changer quand elles ont leurs règles, les tient loin de l'école en période de menstruations. Les normes sociales sont également déterminantes. Les filles n'ont parfois pas de certificat de naissance dans les pays les moins développés ce qui les empêche de s'inscrire à l'école mais également aux programmes d'aide. Pourtant, si l'on résonne en termes économique, l'alphabétisation des filles est un atout considérable. Selon le rapport de la banque mondiale du 11 juillet 2018, une année de scolarisation supplémentaire fait progresser le produit intérieur brut annuel d'un pays de 0,37%.

Construire des écoles équipées en matériel scolaire, adapter les locaux aux besoins des enfants, former des enseignants, distribuer des bourses et des fournitures scolaires aux enfants sont les bases à mettre en place pour favoriser l'alphabétisation. Cependant, concernant les filles, le combat se joue sur d'autres niveaux également. On le voit l’alphabétisation des filles est en prise directe avec les mentalités qui évoluent grâce à la scolarisation. En juin 2018, le G7 réuni au Canada a annoncé un investissement historique de 3,8 milliards de dollars dédié à l’éducation des filles en situation de crise. L’évolution globale est positive au moins pour les jeunes femmes. En effet, le taux d’alphabétisation des femmes de 15 à 24 ans était de presque 90 % en 2016 contre 70 % en 1975.

C. Un bénéfice considérable : l’autonomisation des femmes

L'enjeu de l'alphabétisation des femmes est bien supérieur à la maîtrise de la lecture et du calcul, car il en va de leur autonomisation qui possèdent en elle-même de nombreux atouts à l'échelle individuelle et aussi collective en matière de développement. Les mères lettrées comprennent mieux les enjeux de la santé. Elles sont également artisans de la paix à toutes les échelles à la fois à l'échelle de l'État, mais aussi en résolvant les situations de violences domestique. L'alphabétisation des femmes ne suffit cependant pas leur donner accès au pouvoir et à la prise de décision. Cela arrive également sur le plan économique, car les femmes qui accède à l'emploi grâce à leur littéracie se voient écraser de travail car aucune des autres tâches qu'elles effectuent ne diminue. Nous savons ce qui porte ses fruits. Des politiques nationales, de réduction de la discrimination, le développement des micros crédits et une approche fonctionnelle de l'éducation contribuent à rendre les femmes plus autonome.