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HC : 71 - La République réformatrice et démocratique (février-juin 1848)

A. "L'illusion lyrique" : Réformes socio-économiques et politiques

Terme emprunté à Philippe Vigier, désignant les espoirs et utopies portés par la révolution de février 1848, vite confrontés à des réalités difficiles.

1. Contexte et aspirations révolutionnaires

  • Révolution de février 1848 : chute de la monarchie de Juillet, proclamation de la République.
  • S’inscrit dans le Printemps des Peuples, vague de révoltes en Europe (Italie, Allemagne, Hongrie…).
  • Manifestations symboliques en France :
  • Enterrement des 138 martyrs de la révolution.
  • Arbres de la liberté bénis par des prêtres (l’anticléricalisme n’est pas dominant).
  • Vie politique dynamique : création de clubs et journaux, ex. La Cause du Peuple de George Sand.
  • Crise économique héritée de la monarchie de Juillet : augmentation de 45 % des impôts directs par Louis Garnier-Pagès, suscitant la colère des paysans.

2. Réformes sociales et économiques

  • Mesures adoptées :
  • Hôpital pour ouvriers aux Tuileries.
  • Ouverture de la Garde nationale à tous (fin de l’exigence d’autofinancement).
  • Réduction de la durée de travail : 10h/j à Paris, 12h en province.
  • Création de la Commission pour les travailleurs : réflexion tripartite (État, patrons, ouvriers) sur les conflits sociaux.
  • Ateliers nationaux : travaux publics pour chômeurs parisiens.
  • Problèmes : coûts élevés, gestion militaire, critiques des campagnes (gaspillage).
  • Proposition rejetée :
  • Ministère du Travail proposé par Louis Blanc pour inscrire le droit au travail dans la mission de l’État.

3. Réformes politiques

  • Suffrage universel masculin :
  • Passage de 240 000 à 9 millions d’électeurs.
  • Vote à 21 ans, éligibilité à 25 ans.
  • Libertés fondamentales :
  • Libération des détenus politiques.
  • Interdiction des châtiments corporels.
  • Suppression des titres nobiliaires (duc, comte…).
  • Réformes avortées :
  • Gratuité et obligation scolaire jusqu’à 14 ans (projet abandonné).

4. Abolition de l’esclavage

  • 27 avril 1848 : sous l’impulsion de Victor Schoelcher, libération de 250 000 esclaves.
  • Droit de vote, citoyenneté, noms de famille.
  • Pas d’indemnisation des propriétaires ni de soutien économique aux anciens esclaves.
  • Continuation du travail dans les plantations faute d’alternatives.

5. Les femmes et les limites des réformes

  • Exclusion politique des femmes : malgré leur rôle actif, aucun droit politique obtenu.
  • Initiatives féminines :
  • Clubs comme la Société pour l’émancipation des femmes (Jenny d’Héricourt).
  • Journaux comme La Voix des Femmes (Eugénie Niboyet).
  • Obstacles : misogynie dans les milieux politiques (ex. Proudhon) et crainte d’un vote influencé par le clergé (conservatisme).

B. Les législatives d’avril 1848 : apprentissage du suffrage universel et victoire des républicains modérés

1. Un scrutin inédit :

  • Mode de scrutin : proportionnel départemental de liste.
  • Permet une représentation diversifiée mais favorise les courants politiques structurés.

2. Campagne et participation :

  • Campagnes intenses : affiches, tracts, réunions publiques.
  • Participation record : 83 % des électeurs.

3. Résultats :

  • Victoire des républicains modérés (issus du gouvernement provisoire) et conservateurs ("républicains du lendemain").
  • Défaite des socialistes et radicaux : seulement 80 sièges sur 880.
  • Raisons : domination des campagnes, demandeuses d’ordre et méfiantes vis-à-vis des idées socialistes.
  • Bonapartistes : 5 sièges seulement, un faible résultat qui contraste avec leur succès futur.

4. Composition sociologique de l’Assemblée :

  • Domination des classes supérieures : juristes, notaires, négociants, hauts fonctionnaires.
  • Peu de représentants des classes populaires : quelques ouvriers, aucun paysan.

5. Nouveau gouvernement : la Commission exécutive

  • Composition : majoritairement républicains modérés et conservateurs.
  • Une seule figure progressiste : Ledru-Rollin, isolé.

Analyse et nuances :

  1. Réformes sociales :
  • Avancées importantes mais limitées par les contraintes économiques et la réticence des conservateurs.
  • Les Ateliers nationaux, bien que symboliques, échouent à répondre aux attentes populaires.
  1. Suffrage universel masculin :
  • Moment décisif dans l’histoire démocratique, mais biaisé par des mécanismes favorisant les élites.
  1. Abolition de l’esclavage :
  • Geste humanitaire et symbolique, mais absence de mesures pour garantir une véritable émancipation économique.
  1. Femmes :
  • Efforts notables pour l’émancipation, mais exclusion persistante et résistance des milieux politiques.
  1. Résultats électoraux :
  • Accentuation de la fracture entre Paris (progressiste) et les campagnes (conservatrices), prélude à des tensions sociales croissantes.



HC : 71 - La République réformatrice et démocratique (février-juin 1848)

A. "L'illusion lyrique" : Réformes socio-économiques et politiques

Terme emprunté à Philippe Vigier, désignant les espoirs et utopies portés par la révolution de février 1848, vite confrontés à des réalités difficiles.

1. Contexte et aspirations révolutionnaires

  • Révolution de février 1848 : chute de la monarchie de Juillet, proclamation de la République.
  • S’inscrit dans le Printemps des Peuples, vague de révoltes en Europe (Italie, Allemagne, Hongrie…).
  • Manifestations symboliques en France :
  • Enterrement des 138 martyrs de la révolution.
  • Arbres de la liberté bénis par des prêtres (l’anticléricalisme n’est pas dominant).
  • Vie politique dynamique : création de clubs et journaux, ex. La Cause du Peuple de George Sand.
  • Crise économique héritée de la monarchie de Juillet : augmentation de 45 % des impôts directs par Louis Garnier-Pagès, suscitant la colère des paysans.

2. Réformes sociales et économiques

  • Mesures adoptées :
  • Hôpital pour ouvriers aux Tuileries.
  • Ouverture de la Garde nationale à tous (fin de l’exigence d’autofinancement).
  • Réduction de la durée de travail : 10h/j à Paris, 12h en province.
  • Création de la Commission pour les travailleurs : réflexion tripartite (État, patrons, ouvriers) sur les conflits sociaux.
  • Ateliers nationaux : travaux publics pour chômeurs parisiens.
  • Problèmes : coûts élevés, gestion militaire, critiques des campagnes (gaspillage).
  • Proposition rejetée :
  • Ministère du Travail proposé par Louis Blanc pour inscrire le droit au travail dans la mission de l’État.

3. Réformes politiques

  • Suffrage universel masculin :
  • Passage de 240 000 à 9 millions d’électeurs.
  • Vote à 21 ans, éligibilité à 25 ans.
  • Libertés fondamentales :
  • Libération des détenus politiques.
  • Interdiction des châtiments corporels.
  • Suppression des titres nobiliaires (duc, comte…).
  • Réformes avortées :
  • Gratuité et obligation scolaire jusqu’à 14 ans (projet abandonné).

4. Abolition de l’esclavage

  • 27 avril 1848 : sous l’impulsion de Victor Schoelcher, libération de 250 000 esclaves.
  • Droit de vote, citoyenneté, noms de famille.
  • Pas d’indemnisation des propriétaires ni de soutien économique aux anciens esclaves.
  • Continuation du travail dans les plantations faute d’alternatives.

5. Les femmes et les limites des réformes

  • Exclusion politique des femmes : malgré leur rôle actif, aucun droit politique obtenu.
  • Initiatives féminines :
  • Clubs comme la Société pour l’émancipation des femmes (Jenny d’Héricourt).
  • Journaux comme La Voix des Femmes (Eugénie Niboyet).
  • Obstacles : misogynie dans les milieux politiques (ex. Proudhon) et crainte d’un vote influencé par le clergé (conservatisme).

B. Les législatives d’avril 1848 : apprentissage du suffrage universel et victoire des républicains modérés

1. Un scrutin inédit :

  • Mode de scrutin : proportionnel départemental de liste.
  • Permet une représentation diversifiée mais favorise les courants politiques structurés.

2. Campagne et participation :

  • Campagnes intenses : affiches, tracts, réunions publiques.
  • Participation record : 83 % des électeurs.

3. Résultats :

  • Victoire des républicains modérés (issus du gouvernement provisoire) et conservateurs ("républicains du lendemain").
  • Défaite des socialistes et radicaux : seulement 80 sièges sur 880.
  • Raisons : domination des campagnes, demandeuses d’ordre et méfiantes vis-à-vis des idées socialistes.
  • Bonapartistes : 5 sièges seulement, un faible résultat qui contraste avec leur succès futur.

4. Composition sociologique de l’Assemblée :

  • Domination des classes supérieures : juristes, notaires, négociants, hauts fonctionnaires.
  • Peu de représentants des classes populaires : quelques ouvriers, aucun paysan.

5. Nouveau gouvernement : la Commission exécutive

  • Composition : majoritairement républicains modérés et conservateurs.
  • Une seule figure progressiste : Ledru-Rollin, isolé.

Analyse et nuances :

  1. Réformes sociales :
  • Avancées importantes mais limitées par les contraintes économiques et la réticence des conservateurs.
  • Les Ateliers nationaux, bien que symboliques, échouent à répondre aux attentes populaires.
  1. Suffrage universel masculin :
  • Moment décisif dans l’histoire démocratique, mais biaisé par des mécanismes favorisant les élites.
  1. Abolition de l’esclavage :
  • Geste humanitaire et symbolique, mais absence de mesures pour garantir une véritable émancipation économique.
  1. Femmes :
  • Efforts notables pour l’émancipation, mais exclusion persistante et résistance des milieux politiques.
  1. Résultats électoraux :
  • Accentuation de la fracture entre Paris (progressiste) et les campagnes (conservatrices), prélude à des tensions sociales croissantes.