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AHM : 5 et 63 (a et b) - À qui profitait la traite ?

A. Les compagnies à charte

Les pionniers : les Hollandais

  • Création de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales en 1621.
  • Monopole sur l'achat d'esclaves sur les côtes africaines.
  • Modèle repris par les Anglais et les Français.

Rôle des compagnies à charte :

  • Enrichissement de l’État par les taxes prélevées sur le commerce des esclaves.
  • Centralisation des opérations :
  • Facilitation des négociations avec les autorités africaines et coloniales.
  • Encouragement de la concurrence entre les différents acteurs économiques.

Acteurs-clés du commerce négrier :

  1. Capitaines de navires :
  • Gestion de l'équipage, des captifs et de la sécurité à bord.
  • Prime d'intéressement basée sur la réussite des ventes.
  • Salaire fixe, mais profits limités comparés aux armateurs.
  1. Armateurs :
  • Propriétaires des navires, financent les expéditions.
  • Retirent les plus gros bénéfices, une fois la cargaison d’esclaves vendue.

B. La traite a-t-elle enrichi l’Europe ?

La critique d’Adam Smith :

  • Dans La Richesse des Nations (1776), Smith avance que le travail des esclaves est moins productif que celui des travailleurs libres :
  • Manque de motivation personnelle des esclaves.
  • Inefficacité économique de l'esclavage selon un point de vue productiviste.
  • Idée marginale à l’époque, face à un contexte encore dominé par des arguments moraux et religieux pour l’abolition.

Trois grandes questions économiques :

  1. Rentabilité de la traite des esclaves :
  • Commerce lucratif pour les armateurs et les compagnies négrières.
  • Profits dépendants des risques (révoltes, naufrages, pertes humaines).
  1. Rentabilité de l’économie de plantation :
  • Exploitation d’esclaves dans les colonies pour produire des denrées lucratives (sucre, coton, café).
  • Forts rendements dans des économies basées sur l'exportation.
  1. Conséquences économiques globales pour l’Europe :
  • Enrichissement des grandes puissances coloniales à court terme.
  • Développement des industries liées (textile, métallurgie, armement).
  • Mais pas de lien direct avec la révolution industrielle.

Rentabilité de la traite et des plantations

Rentabilité de la traite :

  • Taux de profit moyens :
  • 10 % pour les Anglais et les Hollandais.
  • 6 % pour les Français (traite nantaise).
  • Comparable à d’autres formes de commerce.
  • Variabilité des profits :
  • Une expédition réussie pouvait générer des profits de 100-150 %.
  • Expéditions ratées entraînant parfois des faillites.
  • Exemples de familles :
  • Montaudouin : enrichissement rapide grâce à la traite.
  • Derbroëck : faillite à cause d’expéditions infructueuses.

Rentabilité des plantations :

  • Plantations sucrières : très rentables, générant des profits élevés.
  • Contrairement à la traite, perçues comme moins risquées :
  • Production continue de denrées très demandées en Europe.
  • Moins d’exposition aux dangers maritimes.

Rôle de la traite dans l'industrialisation européenne

Industries stimulées par la traite :

  • Textiles : échangés contre des esclaves.
  • Métallurgie et armement : production pour équiper les navires négriers.

Nuances historiques :

  • Les grands centres industriels du XIXe siècle (ex. : nord de la France) n'étaient pas des ports négriers.
  • Ports négriers comme Nantes ou Bordeaux ne sont pas devenus des pôles industriels majeurs après l'abolition.

Débats contemporains : réparations et indemnités

  1. Indemnités versées aux colons après l’abolition :
  • 1848 : 126 millions de francs or aux anciens propriétaires d’esclaves des Antilles françaises.
  • Aucune compensation pour les anciens esclaves.
  1. Le cas d’Haïti :
  • Indépendance en 1804, mais contrainte de payer 205 millions de francs or à la France en 1825 pour la reconnaissance de son indépendance.
  • Dette remboursée sur plus d’un siècle, freinant le développement économique.

Débats actuels :

  • Réparations morales ou financières pour les descendants des esclaves.
  • Héritage des inégalités économiques dans les anciennes colonies françaises, notamment aux Antilles.


A retenir :

La traite a permis l’enrichissement de certains secteurs européens, notamment les armateurs, les compagnies négrières et les planteurs coloniaux. Si elle a contribué à l’essor de certaines industries, son rôle dans l’industrialisation européenne reste limité. En revanche, les conséquences sociales et économiques pour les sociétés colonisées, ainsi que les inégalités héritées, demeurent des sujets de débat aujourd’hui.