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1) Définition : Une littérature pour agir sur le monde 

On nomme littérature d’idées l’ensemble des œuvres qui ont pour but d’apporter un enseignement au lecteur, de défendre une opinion et de peindre ou modifier la société présente, en exposant un raisonnement soit de manière explicite, souvent à la 1ère personne (argumentation directe), soit à travers une fiction qui permet de défendre et développer ses idées (argumentation indirecte). 

2) Les origines 

En Grèce, au Vème siècle, la démocratie athénienne voit se développer le genre du discours. Dans les assemblées politiques, de grands orateurs comme Démosthène prononcent des plaidoyers éloquents qui emportent l’adhésion. Devant l’efficacité de cet art de la parole, ou rhétorique, des écoles s’ouvrent dans les cités grecques et une théorie de l’éloquence se met en place. 

Le philosophe Aristote (IVème siècle av. J.C.) résume les trois types de preuves que l’orateur peut apporter lui-même dans son discours : 

- L’ethos : l’image que le locuteur donne de lui-même, les valeurs et les qualités morales qu’il incarne. 

- Le pathos : les émotions (rire, compassion, indignation, etc…) qui poussent le lecteur à adhérer à la pensée de l’orateur. (C’est l’art de persuader). 

- Le logos : la part rationnelle du discours qui fait appel à la réflexion par l’emploi d’arguments et d’exemples. (C’est l’art de convaincre). 

 

3) La construction du discours 

Des siècles plus tard, les orateurs romains s’intéressent aussi à la rhétorique. Ils s’attachent surtout à l’art de trouver des arguments convaincants et de construire leur prise de parole. Cicéron (Ier siècle av. J.C.), homme politique romain réputé pour son éloquence, distingue cinq étapes dans un discours : 

- L’exorde : interpellation du public 

- Narration : rappel des faits 

- Confirmation : l’orateur expose son argumentation 

- Réfutation : l’orateur critique la thèse adverse 

- Péroraison : clôt la prise de parole, souvent en résumant l’argumentation, souvent emphatique, elle doit marquer les esprits et soulever le public. 

 

4) Les genres oratoires 

La rhétorique a organisé l’art oratoire en trois genres (que l’on retrouve encore souvent dans les grands textes argumentatifs ou les discours politiques) : 

Le genre judiciaire : défend une cause (plaidoyer) ou accuse (réquisitoire) 

Le genre épidictique : exprime un jugement par l’éloge (valorisation) ou blâme (dévalorisation) 

Le genre délibératif : vise à faciliter la prise de décision en pesant le pour et le contre. 

 

5) Les étapes de travail d’un discours 

Dans l’Antiquité, le travail de l’orateur s’organisait de la manière suivante : 

- L’invention : la recherche des idées 

- La disposition : élaboration du plan et choix du type de raisonnement 

- L’élocution : travail sur le style 

- L’action : recherche de l’expressivité, en particulier sur les gestes (qui apparente alors le travail de l’orateur à celui du comédien) 

- La mémoire : travail de mémorisation du texte (rapproche à nouveau le travail de l’orateur et celui de l’acteur). 

 

6) Influence de l’éloquence antique 

Les ouvrages théoriques sur l’art de la parole des auteurs grecs ou latins ont toujours été le fondement, et ce dès le Moyen-âge, de l’argumentation dans les écrits. Au XVIème siècle, à la faveur de la redécouverte et de la célébration des œuvres antiques, l’Humanisme a développé cette influence dans l’écriture et diversifié les formes de l’argumentation. L’éducation, l’instruction, la formation de ceux qu’on appelle les gens de lettres s’appuie d’abord sur la connaissance et l’étude des langues latines et grecques et forment le socle de leurs connaissances. De ce fait, tout écrivain est nourri depuis son enfance de cette culture. Il n’est donc pas étonnant de retrouver bien des éléments antiques dans la littérature d’idées entre le XVIème et le XVIIIème siècle. 

 

II- Les formes de l’argumentation 

 

1) L’argumentation : définition 

Argumenter, c’est organiser une stratégie pour amener un interlocuteur à adopter la thèse que l’on soutient. Pour cela, on choisit des idées ou arguments qui permettent de construire un raisonnement cohérent, avec une progression clairement établie et soulignée notamment par des connecteurs logiques. 

Un argument est une idée qui, selon la façon dont elle présentée, vient appuyer ou réfuter une thèse. 

2) Les deux types d’argumentation

 

a) L’argumentation directe 

- Définition : lorsque l’auteur, le locuteur présente ses idées (thèse, arguments) sans recourir à la fiction. Il s’implique dont directement dans son texte (recours à la 1èrepersonne du singulier ou du pluriel). 

- Les types de textes appartenant à l’argumentation directe : l’essai, la maxime, l’éditorial, l’article (presse, encyclopédie), la lettre ouverte, le manifeste, le pamphlet, le sermon

 

b) L’argumentation indirecte 

- Définition : L’argumentation indirecte est lorsque l’auteur, le locuteur présente ses idées (thèse, arguments) en ayant recours à la fiction. Dès lors que l’on est dans la fiction, les pronoms personnels ne sont plus ceux de l’auteur mais du narrateur ou des personnages. Le locuteur s’implique donc indirectement dans son texte. Le lecteur/auditeur est alors invité à interpréter la dimension symbolique, souvent implicite de ce qu’il lit/voit/entend. 

- Le types de textes appartenant à l’argumentation indirecte : l’apologue (conte, conte philosophique, fable, utopie), le récit de voyage, le portrait, le roman d’idées (les personnages et l’intrigue sont porteurs des idées de l’auteur), la poésie engagée, le théâtre : tout texte fictif porteur d’un enseignement moral, politique, éventuellement religieux…

 

3) Les différentes visées, stratégies 

L’énonciateur (ou le locuteur) défend sa thèse contre le pôle adverse ou veut rallier les indécis (interlocuteurs ou récepteurs) à sa cause. Il peut : 

Convaincre : par des arguments logiques, s’adressant à la raison d’un auditoire universel. Ces arguments logiques sont acceptables par la raison, fondés sur des faits avérés. 

Persuader : par un discours qui fait appel aux sentiments. On relèvera alors des registres spécifiques comme le registre pathétique, polémique, comique, satirique… Cherchant à créer des émotions vives chez le récepteur. 

Délibérer : pour résoudre un problème en confrontant au sein même de l’argumentation des points de vue opposés. 

 

a) L’art de convaincre : fait avant tout appel à la raison du destinataire

- Une structure claire : le circuit argumentatif doit être lisible. La thèse est explicite, les arguments s’enchaînent logiquement, les exemples sont parlants et complètent chaque argument. 

- Un style frappant : celui qui veut convaincre utilise des outils grammaticaux et rhétoriques adaptés. On relève ainsi : des connecteurs logiques qui marquent les étapes de l’argumentation, des temps verbaux qui renforcent le pouvoir de conviction : le futur simple marque la certitude, le présent a souvent pour valeur la vérité générale…, des pronoms personnels récurrents qui intègrent l’interlocuteur, des types de phrases adaptés pour souligner l’implication du locuteur, des figures de style qui donnent un pouvoir visuel au propos : métaphores, comparaison, antithèses…

- Une rigueur intellectuelle : le locuteur renforce son développement grâce à des rappels de la thèse adverse, une éventuelle prise en compte des limites de ses propres idées

 

b) L’art de persuader : fait appel aux sentiments du destinataire 

- Le recours à l’émotion : le texte persuasif, subjectif, multiplie les effets qui provoquent une réaction affective par l’expression de sentiments : l’auteur cherche à sensibiliser le lecteur ou l’auditeur qui devient un témoin, un confident de la thèse, la vigueur des registres suscitant les émotions : polémique (le texte joue alors sur nos capacités d’indignation, provoquant un bouleversement favorable aux idées de l’auteur), l’ironie, le registre satirique, le registre pathétique (qui pourra s’appuyer sur des images provoquant la compassion…). 

- Un style séduisant : la volonté de persuader utilise des procédés grammaticaux et des effets de style : les pronoms personnels de la 1ère et la 2ème personne et les apostrophes maintiennent un contact étroit et sensible entre locuteur et destinataire, des figures de style suggestives valorisent la thèse du locuteur, remplaçant parfois la formulation d’arguments clairs ou jouent sur la complicité avec le destinataire (surtout avec l’ironie). 

 

4) Les types de raisonnement 

Le raisonnement par induction : part de cas particuliers pour arriver au général. 

Le raisonnement par déduction : part d’idées générales

Le raisonnement concessif (la concession) : consiste à accepter une partie de la thèse adverse pour donner davantage de force aux réfutations, objections et à sa propre thèse. 

Le raisonnement par l’absurde : montre la fausseté d’une thèse en présentant les conséquences dépourvues de sens auxquelles elle conduirait. La visée est alors polémique. 

Le raisonnement par analogie : rapproche l’élément de la thèse d’une image susceptible de parler à l’interlocuteur. Procède à une comparaison. 

Le raisonnement dialectique (met en œuvre la stratégie délibérative) : consiste à soumettre à l’interlocuteur les arguments favorables ou défavorables à une thèse. 

 

5) Les types d’arguments 

Argument logique : s’adresse à la raison et s’appuie sur les raisonnements inductif ou déductif. 

Argument affectif : s’adresse aux sentiments de l’interlocuteur. 

Argument par analogie : met en relation deux réalités, deux faits pour donner à voir à l’interlocuteur. S’appuie souvent sur le raisonnement par analogie. 

Argument d’autorité : se place sous l’autorité incontestable d’un auteur, d’un texte, d’une théorie scientifique, que l’on ne peut réfuter. 

Argument d’expérience : tiré de l’observation et de sa propre expérience. 

Argument ad hominem (contre l’homme) : argument le plus bas qui consiste à s’attaquer à la personnalité de son adversaire et non à sa thèse.