L'attitude est une tendance psychologique à évaluer un objet (une personne, une idée, une chose) de manière favorable ou défavorable. Pour comprendre et étudier ces attitudes, il est essentiel de pouvoir les mesurer. Cette fiche explore les différentes méthodes utilisées pour évaluer les attitudes, en distinguant les approches explicites, où la personne exprime directement son opinion, et les approches implicites, qui tentent de révéler les attitudes sans que la personne en ait conscience.
Attitude
Disposition interne qui pousse une personne à réagir de façon positive ou négative envers un objet social (une idée, une personne, un groupe).
Biais de désirabilité sociale
Tendance des personnes à donner des réponses qui seront bien perçues par les autres, plutôt que leurs vraies opinions, pour se montrer sous un jour favorable.
Mesure explicite
Technique de mesure où la personne exprime directement et consciemment son attitude, souvent à l'aide de questionnaires ou d'échelles.
Mesure implicite
Technique de mesure qui évalue les attitudes sans que la personne en ait conscience ou puisse les contrôler volontairement, souvent en observant des comportements ou des réactions automatiques.
Amorçage
Processus par lequel l'exposition à un stimulus influence la réponse à un stimulus ultérieur, souvent utilisé dans les tests implicites.
1. Les mesures explicites : quand on demande l'avis 
Les mesures explicites sont des techniques où l'on demande directement à une personne ce qu'elle pense ou ressent. Elles sont souvent basées sur des questionnaires ou des échelles de réponse.
1.1. L'échelle de distance sociale de Bogardus
Créée en 1952, cette échelle mesure les préjugés en évaluant la distance sociale qu'une personne est prête à accepter avec un groupe. Par exemple, on demande si l'on accepterait un membre de ce groupe comme membre de sa famille par mariage, comme voisin, comme collègue, ou si on l'exclurait du pays. Plus la distance acceptée est grande, plus les préjugés sont importants.
1.2. L'échelle de Likert
C'est une méthode très utilisée. On propose une série d'affirmations (énoncés) sur un sujet, et la personne doit indiquer son degré d'accord ou de désaccord sur une échelle (par exemple, de "Pas du tout d'accord" à "Tout à fait d'accord"). Le score final est la somme des réponses, ce qui donne une idée de l'attitude générale.
1.3. L'échelle de Thurstone
Cette échelle est plus complexe à construire. Des experts évaluent d'abord de nombreuses affirmations sur un sujet et leur donnent un score. Ensuite, la personne indique les affirmations avec lesquelles elle est d'accord. Son attitude est mesurée par la moyenne des scores des affirmations choisies.
1.4. L'échelle d'Osgood et al. (différenciateur sémantique)
Contrairement aux autres échelles qui mesurent une attitude envers un seul objet, celle-ci permet de comparer les attitudes envers plusieurs objets. On demande à la personne d'évaluer un objet sur plusieurs paires d'adjectifs opposés (par exemple, "bon-mauvais", "actif-passif", "fort-faible"). Cela permet de voir comment l'objet est perçu selon différentes dimensions.
1.5. Les limites des échelles auto-rapportées
Le principal problème de ces échelles est le "biais de désirabilité sociale". Les personnes peuvent ne pas dire ce qu'elles pensent vraiment, mais plutôt ce qui est socialement acceptable ou ce qui les met en valeur. Elles peuvent aussi ne pas être conscientes de leurs vraies attitudes ou ne pas vouloir les révéler.
2. Les mesures implicites et indirectes : quand on observe sans demander 
Les mesures implicites cherchent à évaluer les attitudes sans passer par la conscience de la personne, pour éviter les biais. Elles observent des réactions automatiques ou des comportements.
2.1. Le Pipeline Bidon
C'est une technique où l'on fait croire à la personne qu'un appareil peut détecter si elle ment. En réalité, l'appareil ne fait rien, mais cette croyance pousse les gens à être plus honnêtes dans leurs réponses, car ils pensent qu'on peut vérifier la vérité.
2.2. Les indicateurs comportementaux (Milgram et l'expérience de la lettre perdue)
Ces méthodes observent les comportements pour en déduire les attitudes. L'expérience de la "lettre perdue" de Milgram en est un exemple. Des lettres sont "perdues" dans la rue, adressées à des organismes pro ou anti-peine de mort. Le nombre de lettres renvoyées dans différentes villes (certaines pour, d'autres contre la peine de mort) permettait de mesurer indirectement l'attitude des habitants envers ce sujet.
2.3. Le Test des associations implicites (TAI)
Ce test mesure la force des associations mentales entre des concepts (par exemple, "noir" ou "blanc") et des évaluations (par exemple, "bon" ou "mauvais"). La personne doit classer rapidement des mots ou des images sur un écran. On mesure le temps de réaction : si elle associe plus vite "noir" à "mauvais" qu'à "bon", cela révèle une attitude implicite négative envers les personnes noires.
2.4. Les indicateurs physiologiques
Ces indicateurs mesurent des réactions physiques involontaires pour révéler des émotions et des attitudes. Il peut s'agir de comportements non verbaux comme le rougissement, le croisement des jambes, la fuite du regard, ou des mesures plus précises comme la conductance de la peau ou l'activité cérébrale. Ces réactions peuvent trahir une émotion ou une attitude sans que la personne ait besoin de parler.
A retenir :
En résumé :
- Mesurer l'attitude permet de comprendre comment les gens évaluent les objets sociaux.
- Les mesures explicites demandent directement l'avis de la personne. Elles incluent :
- L'échelle de Bogardus (distance sociale).
- L'échelle de Likert (degré d'accord/désaccord).
- L'échelle de Thurstone (choix d'affirmations évaluées).
- L'échelle d'Osgood (évaluation sur des paires d'adjectifs).
- Ces mesures explicites sont sensibles au biais de désirabilité sociale.
- Les mesures implicites et indirectes observent les réactions sans demander l'avis direct. Elles incluent :
- Le Pipeline Bidon (technique qui encourage l'honnêteté).
- Les indicateurs comportementaux (observation des actions, comme l'expérience de la lettre perdue de Milgram).
- Le Test des associations implicites (TAI) (mesure des temps de réaction pour révéler des associations mentales).
- Les indicateurs physiologiques (observation des réactions corporelles comme le rougissement ou le regard).
