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LES MODÈLES SOCIO-CONSTRUCTIVISTES

2.4. LES MODÈLES SOCIO-CONSTRUCTIVISTES


Les modèles socio-constructivistes s’appuient sur l'idée que l'être humain construit ses connaissances, mais ils mettent un accent particulier sur l'importance des interactions sociales dans cette construction et dans le développement global de l’individu. Contrairement à Piaget, qui place une grande importance sur les facteurs internes dans le développement, les socio-constructivistes considèrent que l’interaction avec l'environnement social est essentielle. Si Piaget parle de l'environnement, c'est pour souligner le rôle de l’action de l’enfant sur celui-ci, tandis que pour les socio-constructivistes (comme Wallon, Vygotski et Bruner), l’interaction sociale est le moteur principal du développement. Wallon, par exemple, disait que « l'homme naît social », soulignant ainsi que dès la naissance, l’enfant a besoin de l’autre pour sa survie.


Ces modèles soulignent l'importance de l'environnement social dans le développement humain. En conséquence, la notion de "stade" utilisée par Piaget semble obsolète dans cette perspective, car elle ne permet pas de prendre en compte les interactions sociales complexes qui façonnent le développement.


2.4.1. LA THÉORIE D'HENRI WALLON (1879-1962)


La théorie d'Henri Wallon s’oppose à celle de Piaget, notamment en raison de son approche plus globale et plus centrée sur les dimensions sociales et affectives du développement. Alors que Piaget se concentre principalement sur l’intelligence et les mécanismes internes de l’enfant, Wallon prend en compte l'individu dans sa globalité, intégrant des facteurs affectifs, émotionnels, éducatifs, psychomoteurs et cognitifs. Il considère que ces facteurs sont tous essentiels au changement, y compris dans le domaine cognitif. En revanche, Piaget met un accent important sur le monde physique, tandis que Wallon privilégie le rôle du monde social dans le développement de l’enfant.


Contrairement à Piaget, qui décrit des stades de développement successifs et continus, Wallon parle de « paliers » de développement, qui se chevauchent et s’imbriquent. Il soutient que le développement est discontinu et marqué par des crises. Ces crises permettent une transformation profonde de la personnalité, que Piaget n'envisage pas de la même manière.


Enfin, Wallon ne considère pas le développement comme strictement épigénétique. Il montre que les comportements d'origine biologique (comme le mouvement ou les émotions) acquièrent une signification psychologique grâce à l'interaction avec l’environnement social. Par exemple :

- Le mouvement : Les premières réactions de l’entourage face aux mouvements du bébé lui confèrent une valeur expressive, qu’il utilise ensuite pour communiquer.

- Les émotions : Elles jouent un rôle clé dans la communication avec les autres, permettant à l'enfant d’agir sur l’autre, mais aussi d’être influencé en retour.

- L’imitation : Elle permet non seulement d’interagir avec les autres, mais aussi d’accéder aux représentations mentales. Wallon considère que l’imitation fait passer l’enfant du sensori-moteur au représentatif.


2.4.2. LA THÉORIE DE VYGOTSKI (1896-1934)


Lev Vygotski, psychologue russe, introduit une vision différente du développement de l’enfant. Il insiste sur le rôle central de la culture et de l'histoire dans la formation des fonctions psychiques. Pour lui, contrairement à Piaget qui défend une approche autonome et interne du développement, il est essentiel de considérer l’histoire et le milieu culturel de l’enfant. Vygotski se place dans une dynamique où l'environnement, en particulier social, joue un rôle fondamental dans le développement cognitif de l'enfant. Il oppose ainsi la notion de développement « interne et autonome » de Piaget à celle de développement « externe », influencé par l'environnement et la culture.


Vygotski introduit le concept clé de la Zone Proximale de Développement (ZPD), qui désigne l’écart entre ce que l’enfant peut accomplir seul et ce qu’il peut réaliser avec l’aide d’un adulte ou de ses pairs. Cette zone montre que l’apprentissage, soutenu par un accompagnement adéquat, permet à l’enfant de résoudre des tâches plus complexes qu’il ne pourrait accomplir seul. Il est ainsi convaincu que l’apprentissage précède le développement, une idée qui le distingue de Piaget, pour qui l'apprentissage est plutôt le reflet d'un développement déjà établi.


Le langage, selon Vygotski, joue un rôle crucial dans ce processus. D'abord social (fonction de communication), le langage évolue pour devenir un outil de raisonnement (fonction égocentrique) et, enfin, pour se transformer en pensée intérieure (fonction de pensée). Vygotski propose que c'est à travers l’appropriation sociale du langage que l’enfant accède à des formes de pensée plus complexes.


2.4.3. LA THÉORIE DE BRUNER (1915-2016)


Jérôme Bruner, psychologue américain influencé par Vygotski, s’intéresse particulièrement à l’aspect communicatif du langage. Contrairement à Piaget, qui se concentre sur les processus cognitifs individuels, Bruner souligne que l'enfant apprend à communiquer bien avant de maîtriser la parole. Il considère que c’est dans le cadre des interactions sociales, notamment avec les adultes, que l'enfant apprend à utiliser le langage. 


Bruner définit deux types d’interactions spécifiques :

- Les routines interactives (ou formats d’interaction) : Ce sont des séquences d’interactions régulières et standardisées, comme le jeu du coucou ou la répétition de gestes simples (par exemple, l’enfant qui fait tomber des objets et l’adulte qui les lui redonne). À travers ces routines, l’enfant apprend les règles sociales et linguistiques (telles que les tours de parole ou le donner-prendre).

- Les relations de tutelle : Ce sont des interactions où l’adulte guide l’enfant dans des tâches qu'il ne pourrait pas accomplir seul, contribuant ainsi à son apprentissage et à son développement.


Les travaux de Bruner sont également en lien avec d'autres théories qui mettent en lumière l'importance de l'environnement social dans le développement de l’enfant. Par exemple, des théories récentes comme celles de Tomasello (2004) soulignent également le rôle majeur du milieu social.


Conclusion


Les modèles socio-constructivistes ont profondément influencé notre compréhension du développement de l'enfant, en insistant sur l'importance des interactions sociales dans l'acquisition des connaissances et des compétences. Ces théories montrent que le développement humain ne peut être compris sans tenir compte des facteurs externes, en particulier des influences sociales. Cela a conduit à remettre en question la notion traditionnelle de "stades" et à privilégier une approche plus dynamique et interactive du développement, où l'environnement social joue un rôle central.