EXTRAIT N° 1 : Le Rouge et le Noir de Stendhal, Chapitre VI, p.42
Introduction général de l’oeuvre :
Cette extrait est issue de l’oeuvre de Stendhal, de son vraie nom Henry Belle, “le Rouge et le Noir” avec comme sous titre “Chronique de 1830”. C’est à la fois une chronique et un roman de formation qui relate l’ascension et la chute de Julien Sorel et prit du modèle Napoléonien, mais l’Empire s’est écroulé remplacé par la restauration qui ferme ses portes aux roturiers, comme Julien. On associe deux mouvements réalistes à cette oeuvre :
le romantisme et le réalisme.
1) Introduction de l’extrait
L’extrait proposé constitue l’ouverture du chapitre 6. Julien Sorel se présente chez M. de Rênal qui possède une belle maison dans la partie haute de la ville, ce n’est pas celui-ci qui le reçoit mais son épouse, la jeune mère des enfants dont le héros va devoir s’occuper. Julien vient de pleurer et n’a pas effacé ses larmes. Il est très intimité et anxieux à l’idée de connaître ses patrons mais rien ne se passe comme prévu, ni pour lui ni pour la femme qui le reçoit. Le passage est une scène de rencontre qui laisse présager l’amour à venir sans que les personnages en aient conscience. Le récit nous fournit les informations nécessaires pour comprendre la particularité de cette situation et son style permet tout à la fois de saisir la grâce du moment et la profondeur des sentiments qui se nouent en chacun des personnages.
---> En quoi ce passage est-il une scène de rencontre qui laisse présager l’amour à venir ?
Mme de Rênal est, dès la première phrase, présentée par deux imparfaits d’habitude “...étaient naturelles” et “elle était loin des regards des hommes” qui montrent la permanence d’une caractéristique. Le premier exprime son charme naturel et le second sous-entend qu’elle se cache du regard des hommes ( ce regard la paralyse et l’empêche d’être naturelle ). D’autre part, Mme de Rênal est aussi caractérisée par le substantif “grâce”. Il s’agit du point de vue de l’auteur.
Ensuite, le prochain imparfait nous permet d’entrer en action “ elle sortait par la porte fenêtre”. Cette porte fenêtre donne sur un “jardin”, cadre bucolique, propice à une rencontre et “la porte d’entrée” est un élément qui représente le seuil, donc un changement. ( quelque chose se prépare...). Les marqueurs temporels des lignes 1 et 3 “quand” suggèrent que la rencontre des deux personnages est l’heureux résultat d’un concours de circonstances.
L’unique passé simple “elle aperçut” montre la rapidité et la futilité du regard et son importance. De là, l’auteur nous délivre les pensées de Mme de Rênal ( point de vue interne ) avec une série de verbes à l’imparfait qui nous décrivent Julien. On insiste sur sa jeunesse “ jeune paysan”, “encore un enfant”, il pleure comme un enfant. L’hyperbole “ extrêmement pâle” rend Julien innoffensif, il est d’ailleurs bien habillé “ chemise bien blanche”, “veste fort propre”, il est élégant, guindé.
Le terme “petit paysan” rappelle son milieu social, l’hyperbole “si doux” éveille de l’émotion chez Mme de Rênal. En fait, Mme de Rênal est frappée par 5 caractéristiques de l’inconnu qui est à sa porte : son extrême jeunesse ( comme on l’a vu ), sa féminité “une jeune fille”, son désarroi “venait de pleurer”, “cette pauvre créature”, “n’osait pas lever la main”, son milieu social et sa mise endimanchée. Tout ceci montre l’acuité de l’observation de Mme de Rênal qui ne se sent plus menacée, elle est rassurée “ l’amer chagrin que lui donnait l’arrivée du précepteur”. Mme de Rênal s’est méprise sur l’identité du précepteur, il y a eu un quiproquo.
Jusqu'à maintenant la scène a été silencieuse et le sens de la “vue” a été bien développé. Un second passé simple concerne cette fois Julien, marque un tournant dans cette rencontre “tressaillit”. Cette fois, c’est le sens de “l’ouï” qui est mis en valeur. L’expression “tout près de l’oreille” suggère une proximité physique, une impression tactile troublante... C’est d’abord la voix que Julien entend. Puis l’action s’enchaîne rapidement “ il se tourna vivement, et, frappé du regard si rempli de grâce...”, Julien est saisi par la beauté de Mme de Rênal, l’hyperbole “si rempli de grâce” montre l’intensité de la scène. Julien perd le contrôle de lui-même, répétition du verbe “oublier” et la gradation ascendante qui suit “il oublia... il oublia tout”. Il perd tout contrôle. Le réel semble s’être totalement volatilisé, Julien ne sait plus ce qu'il est venu faire.
Et voila nos deux êtres réunis, séduits l’un par l’autre, un coup de foudre s’est installé. Mme de Rênal “resta interdite”, elle est bouleversée. Le pronom “ils” suggère la réciprocité des émotions, ils sont unis. Julien tout innocent “n’avait jamais vu... bien vêtu”, la forme négative employée appuie cette innocence, accentuée par l’hyperbole “ si éblouissant”. Julien est émerveillé, “ses joues sont roses” maintenant, il reprend “vie”, il est en confiance, une confiance partagée, “elle se mit à rire”, sa gaité est folle dira Stendhal. Les marqueurs temporels “ d’abord” et “maintenant” soulignent la rapidité du revirement, du passage du désarroi au bonheur, à la joie. Chez Mme de Rênal la métamorphose est manifeste, elle est passée de l’angoisse à une excessive gaieté. Mme de Rênal est confuse de sa méprise, elle est face à un si beau jeune homme !!!
Conclusion:
Julien rencontre Mme de Rênal, Mme de Rênal rencontre Julien. Il l’appelle “ Madame”, elle le nomme alternativement “mon enfant” et “Monsieur” et le regarde avec la même tendresse que celle qu’elle éprouve pour ses enfants. Mme de Rênal est troublée par la beauté de Julien , comme il l’est pour la sienne, et le lecteur comprend rapidement que l’expérience de cette rencontre est une nouveauté dans la vie de ce jeune homme comme dans celle de cette jeune femme mal mariée.
EXTRAIT N° 1 : Le Rouge et le Noir de Stendhal, Chapitre VI, p.42
Introduction général de l’oeuvre :
Cette extrait est issue de l’oeuvre de Stendhal, de son vraie nom Henry Belle, “le Rouge et le Noir” avec comme sous titre “Chronique de 1830”. C’est à la fois une chronique et un roman de formation qui relate l’ascension et la chute de Julien Sorel et prit du modèle Napoléonien, mais l’Empire s’est écroulé remplacé par la restauration qui ferme ses portes aux roturiers, comme Julien. On associe deux mouvements réalistes à cette oeuvre :
le romantisme et le réalisme.
1) Introduction de l’extrait
L’extrait proposé constitue l’ouverture du chapitre 6. Julien Sorel se présente chez M. de Rênal qui possède une belle maison dans la partie haute de la ville, ce n’est pas celui-ci qui le reçoit mais son épouse, la jeune mère des enfants dont le héros va devoir s’occuper. Julien vient de pleurer et n’a pas effacé ses larmes. Il est très intimité et anxieux à l’idée de connaître ses patrons mais rien ne se passe comme prévu, ni pour lui ni pour la femme qui le reçoit. Le passage est une scène de rencontre qui laisse présager l’amour à venir sans que les personnages en aient conscience. Le récit nous fournit les informations nécessaires pour comprendre la particularité de cette situation et son style permet tout à la fois de saisir la grâce du moment et la profondeur des sentiments qui se nouent en chacun des personnages.
---> En quoi ce passage est-il une scène de rencontre qui laisse présager l’amour à venir ?
Mme de Rênal est, dès la première phrase, présentée par deux imparfaits d’habitude “...étaient naturelles” et “elle était loin des regards des hommes” qui montrent la permanence d’une caractéristique. Le premier exprime son charme naturel et le second sous-entend qu’elle se cache du regard des hommes ( ce regard la paralyse et l’empêche d’être naturelle ). D’autre part, Mme de Rênal est aussi caractérisée par le substantif “grâce”. Il s’agit du point de vue de l’auteur.
Ensuite, le prochain imparfait nous permet d’entrer en action “ elle sortait par la porte fenêtre”. Cette porte fenêtre donne sur un “jardin”, cadre bucolique, propice à une rencontre et “la porte d’entrée” est un élément qui représente le seuil, donc un changement. ( quelque chose se prépare...). Les marqueurs temporels des lignes 1 et 3 “quand” suggèrent que la rencontre des deux personnages est l’heureux résultat d’un concours de circonstances.
L’unique passé simple “elle aperçut” montre la rapidité et la futilité du regard et son importance. De là, l’auteur nous délivre les pensées de Mme de Rênal ( point de vue interne ) avec une série de verbes à l’imparfait qui nous décrivent Julien. On insiste sur sa jeunesse “ jeune paysan”, “encore un enfant”, il pleure comme un enfant. L’hyperbole “ extrêmement pâle” rend Julien innoffensif, il est d’ailleurs bien habillé “ chemise bien blanche”, “veste fort propre”, il est élégant, guindé.
Le terme “petit paysan” rappelle son milieu social, l’hyperbole “si doux” éveille de l’émotion chez Mme de Rênal. En fait, Mme de Rênal est frappée par 5 caractéristiques de l’inconnu qui est à sa porte : son extrême jeunesse ( comme on l’a vu ), sa féminité “une jeune fille”, son désarroi “venait de pleurer”, “cette pauvre créature”, “n’osait pas lever la main”, son milieu social et sa mise endimanchée. Tout ceci montre l’acuité de l’observation de Mme de Rênal qui ne se sent plus menacée, elle est rassurée “ l’amer chagrin que lui donnait l’arrivée du précepteur”. Mme de Rênal s’est méprise sur l’identité du précepteur, il y a eu un quiproquo.
Jusqu'à maintenant la scène a été silencieuse et le sens de la “vue” a été bien développé. Un second passé simple concerne cette fois Julien, marque un tournant dans cette rencontre “tressaillit”. Cette fois, c’est le sens de “l’ouï” qui est mis en valeur. L’expression “tout près de l’oreille” suggère une proximité physique, une impression tactile troublante... C’est d’abord la voix que Julien entend. Puis l’action s’enchaîne rapidement “ il se tourna vivement, et, frappé du regard si rempli de grâce...”, Julien est saisi par la beauté de Mme de Rênal, l’hyperbole “si rempli de grâce” montre l’intensité de la scène. Julien perd le contrôle de lui-même, répétition du verbe “oublier” et la gradation ascendante qui suit “il oublia... il oublia tout”. Il perd tout contrôle. Le réel semble s’être totalement volatilisé, Julien ne sait plus ce qu'il est venu faire.
Et voila nos deux êtres réunis, séduits l’un par l’autre, un coup de foudre s’est installé. Mme de Rênal “resta interdite”, elle est bouleversée. Le pronom “ils” suggère la réciprocité des émotions, ils sont unis. Julien tout innocent “n’avait jamais vu... bien vêtu”, la forme négative employée appuie cette innocence, accentuée par l’hyperbole “ si éblouissant”. Julien est émerveillé, “ses joues sont roses” maintenant, il reprend “vie”, il est en confiance, une confiance partagée, “elle se mit à rire”, sa gaité est folle dira Stendhal. Les marqueurs temporels “ d’abord” et “maintenant” soulignent la rapidité du revirement, du passage du désarroi au bonheur, à la joie. Chez Mme de Rênal la métamorphose est manifeste, elle est passée de l’angoisse à une excessive gaieté. Mme de Rênal est confuse de sa méprise, elle est face à un si beau jeune homme !!!
Conclusion:
Julien rencontre Mme de Rênal, Mme de Rênal rencontre Julien. Il l’appelle “ Madame”, elle le nomme alternativement “mon enfant” et “Monsieur” et le regarde avec la même tendresse que celle qu’elle éprouve pour ses enfants. Mme de Rênal est troublée par la beauté de Julien , comme il l’est pour la sienne, et le lecteur comprend rapidement que l’expérience de cette rencontre est une nouveauté dans la vie de ce jeune homme comme dans celle de cette jeune femme mal mariée.