Le deuil est un « état affectif douloureux provoqué par la mort d’un être aimé ».
Selon Freud, le deuil de l'objet perdu passe par un travail conscient et inconscient de détachement. Celui ci est douloureux et les manifestations dépressives sont liées à la reconnaissance de la réalité.La dépression du deuil est normale. Elle diffère cependant de la dépression pathologique par le fait que l'objet perdu est bien réel, pas totalement identifié au sujet (dans un collage), et l'ambivalence ne conduit jamais à la haine de soi.
« Dans le deuil le monde est devenu pauvre et vide, dans la mélancolie c’est le moi lui -même. »- Freud
Daniel Lagache (1938) montre que les rites de deuil permettent une séparation stricte entre les vivants et les morts, limitant du même coup la culpabilité mais aussi la durée du deuil.
Melanie Klein développe un modèle fondamental avec l’idée que tout deuil est la reviviscence d’un deuil originel, celui de la séparation d’avec la mère. Cette séparation correspond à la reconnaissance du fait que la mère est « un individu qui mène une vie propre et a des rapports avec d’autres personnes ». La tristesse suit la désillusion ressentie à l’égard de cette mère non entièrement dévolue à son enfant. Cette phase appelée « position dépressive » permet la maturation de l’enfant et constitue le modèle de ses réactions ultérieures à la perte
1/ L'état de choc ou le blocage somato-psychique
Les sensations de flottement, de dissociation, ne sont pas rares et constituent des défenses mentales très puissantes dans un premier temps. Les vertiges, nausées, irrégularités du rythme cardiaque sont symptomatiques d’une crise d’angoisse aiguë, parfois véritable attaque de panique.
La sidération agit à 3 niv : —les affects sont anesthésiés ; — les perceptions émoussées ; — tout l’organisme est paralysé.
Peut provoquer soit une réaction de blocage, soit une réaction de fuite.
2/ Les comportements de recherche et la régression
Après ces quelques heures d’action automatique, l’endeuillé reste obnubilé par des pensées qui envahissent tout le champ mental : Où est le défunt ?..Donnent lieu à des comportements de recherche. Ceux ci vont s’organiser ou s’inhiber. Bowlby observe que le besoin de rechercher et de récupérer la personne perdue est très intense dans les 1è semaines qui suivent la mort. Le sujet va interpréter tout signal ou perception comme provenant du défunt, conduit à de véritables illusions perceptives.
3/ L'agressivité et la colère accompagnent les premiers moments du deuil. M. Klein a décrit, à partir de l’analyse d’enfants, une phase schizo-paranoïde où l’agressivité de l’enfant s’exprime à l’égard de sa mère lorsqu’il prend conscience du fait qu’elle le quitte occasionnellement. Les projections agressives déclenchent une forme de culpabilité et des sentiments dépressifs. Ce modèle peut être appliqué à l’endeuillé qui se sent abandonné par le défunt.
La prise de conscience qui conclut l'état de choc se fait dans une fatigue intense (angoisse, recherches, colère ont un cout énergétique très élevé). Les pleurs sont une voie de décharge somatique. Le w de la pensée, lors de la remémoration, va permettre d'abandonner les cptmrts automatiques au profit du travail de deuil).
4/ L'expression du chagrin du deuil
Succession de 2 phénomènes : la dépression-état et la dépression dynamique. La DE comporte les caractéristiques somatiques, comportementales et intellectuelles bien connues. La DD compose littéralement le travail de deuil. Elle comprend aussi bien les ruminations, la culpabilité (pour ses aspects négatifs) que le rappel de tous les souvenirs partagés avec le défunt et sur lesquels le sceau de la réalité doit s’imposer.
Un endeuillé peut rester bloqué dans une dépression état, soit une situation de deuil sans fin.
Au niv somatique, insomnie et troubles du sommeil. Anorexie reliée à l'anhédonie, la culpabilité d'être vivant et l'anxiété. Parfois boulimie. Epuisement consécutif à l'état de choc lié à l'annonce du décès.
Sur le plan intellectuel, ralentissement de la pensée. Au niveau affectif, l'humeur de l'endeuillé est sombre.
5/ La terminaison du travail de deuil
Comment la définir? Lors qu’il peut évoquer mentalement l’objet perdu sans s’effondrer, qu’il peut regarder des photos ou écouter de la musique autrefois partagée avec le défunt, alors la tempête émotionnelle du décès semble calmée.
Pourtant, alors que le travail de deuil semblait définitivement accompli, des résurgences peuvent s’avérer difficiles. Les « réactions anniversaires » surviennent à la date de l’événement traumatique. De même, pour les adultes qui ont perdu un ou deux parents dans l’enfance, arriver à l’âge où ses parents sont morts, peut engendrer une réaction anniversaire. L’enfant croit être coupable du décès de ses parents et revit cette culpabilité à l’occasion du « retour » de la date fatidique.
Un deuil particulier: Le deuil après suicide présenterait un certain nombre de caractéristiques.
Range définit 4 expériences de deuil spécifiques aux survivants de personnes suicidées:
la stigmatisation, le reproche, la recherche de sens et la sensation d’être incompris.
Plusieurs auteurs considèrent que la stigmatisation et l’isolement sont des problèmes centraux chez les proches de suicidés et que ces derniers sont vus de manière plus négative par les autres et par eux-mêmes.
Les survivants de suicidés rapportent des niveaux de rejet, de honte, de stigmatisation, de besoin de cacher la cause de la mort et de blâme plus élevés que les autres.
Il semble que la possibilité de faire ses adieux, de parler de la mort librement et de régler d’éventuels conflits anciens ou présents permette de faire une sorte de «?deuil anticipé?» et soit un déterminant important de symptômes de deuil moindres par la suite.
En effet, dans le cas du suicide assisté, le choc de l’annonce du décès a lieu avant la mort, dans la phase d’accompagnement. Du coup, la première phase du deuil se fait avant. Ensuite, le deuil post mortem est surtout caractérisé par «la réalisation et l’incorporation de ce qui s’est passé»
Les études disponibles tendent à montrer que le deuil après un suicide assisté n’est pas plus problématique qu’un autre. Les quelques études sur la participation des proches à un suicide assisté mettent en évidence que la phase de préparation est très intense d’un point de vue relationnel et que la mort est le résultat d’une décision constante.
Les motivations des suicidants s’inscrivent moins dans des souffrances intolérables que dans une crainte de perdre leur dignité.
Les proches relèvent des aspects négatifs et positifs dans leur implication qui se traduit par une prise de distance pour certains et un défi à relever pour d’autres.
La recherche de soutien est plus difficile, car peur de ne pas être compris et pratique rare.