La Constitution de la Ve République, adoptée par référendum le 28 septembre 1958, a été élaborée dans un contexte de crise politique majeure, marqué par l'instabilité ministérielle de la IVe République et la guerre d'Algérie. Charles de Gaulle, rappelé au pouvoir, a inspiré ses principales orientations, visant à renforcer le pouvoir exécutif et à assurer la stabilité gouvernementale. Elle institue un régime parlementaire rationalisé, tempéré par des traits présidentiels, que l'on qualifie généralement de régime semi-présidentiel.
Ses principes fondamentaux incluent la souveraineté nationale (exercée par le peuple par ses représentants ou par la voie du référendum), l'indivisibilité de la République, son caractère laïc, démocratique et social. Le préambule de la Constitution de 1958 renvoie explicitement à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et au préambule de la Constitution de 1946, intégrant ainsi un bloc de constitutionnalité étendu qui garantit les libertés fondamentales.
Le pouvoir exécutif est bicéphale, composé du Président de la République et du Gouvernement. Le Président de la République est le chef de l'État. Initialement élu au suffrage universel indirect, il l'est au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962, ce qui lui confère une légitimité démocratique très forte. Son mandat est de cinq ans (quinquennat) depuis 2000, renouvelable une fois consécutivement. Ses pouvoirs sont étendus : il est le garant de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire, le chef des armées, il promulgue les lois, nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, peut dissoudre l'Assemblée nationale, et dispose du pouvoir de recourir au référendum. L'article 16 lui confère des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave.
Le Gouvernement, dirigé par le Premier ministre, détermine et conduit la politique de la Nation. Le Premier ministre est nommé par le Président de la République et propose la nomination des autres membres du gouvernement. Le gouvernement est responsable devant l'Assemblée nationale, qui peut le renverser par une motion de censure. Cette dualité peut entraîner des périodes de cohabitation lorsque le Président et la majorité parlementaire sont de tendances politiques opposées, conduisant alors à un rééquilibrage des pouvoirs au profit du Premier ministre.
Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement, composé de deux chambres : l'Assemblée nationale et le Sénat. L'Assemblée nationale est élue au suffrage universel direct pour cinq ans. Elle a le dernier mot dans la procédure législative en cas de désaccord avec le Sénat (sauf pour les lois constitutionnelles et les lois organiques), contrôle l'action du gouvernement et peut le renverser par une motion de censure. Le Sénat, représentant les collectivités territoriales, est élu au suffrage universel indirect pour six ans et renouvelable par moitié tous les trois ans. Il a pour rôle d'examiner les projets et propositions de loi et dispose d'un pouvoir de blocage pour les révisions constitutionnelles. Le bicamérisme français assure une deuxième lecture des textes législatifs et une représentation des territoires.
Le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs législatif et exécutif, garantissant la protection des libertés individuelles et l'application de la loi. Il est organisé autour de deux ordres principaux : l'ordre judiciaire (tribunaux judiciaires, cours d'appel, Cour de cassation) et l'ordre administratif (tribunaux administratifs, cours administratives d'appel, Conseil d'État). Le Président de la République est le garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire, assisté par le Conseil Supérieur de la Magistrature.
Le Conseil constitutionnel est une institution clé de la Ve République. Composé de neuf membres nommés pour neuf ans (trois par le Président de la République, trois par le président du Sénat, trois par le président de l'Assemblée nationale), ainsi que des anciens Présidents de la République membres de droit à vie, il assure la conformité des lois à la Constitution. Il est saisi obligatoirement pour les lois organiques et les règlements des assemblées, et peut l'être pour les lois ordinaires (par le Président de la République, le Premier ministre, les présidents des assemblées, ou soixante députés/sénateurs). Depuis 2008, la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) permet aux justiciables de contester la constitutionnalité d'une loi devant les juridictions ordinaires, renforçant le rôle du Conseil dans la protection des droits fondamentaux.