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Lycée
Terminale

L'instrumentalisation de la peur en démocratie

sciences politiques
  1. L'usage de la peur par le pouvoir politique



A retenir :

1-1. La construction d'une menace.


D'après Corey Robin, la peur en démocratie n'est pas celle que l'on retrouve dans une dictature ou un pouvoir totalitaire.


Il décrit alors l'usage politique de la peur aux EU qu'il nomme "peur à l'américaine". Dans son ouvrage (La peur, histoire d'une idée politique) il développe deux exemples: le contexte de guerre froide et les attentats du World Trade Center en 2001.


Au commencement de cette usage politique se trouve une menace extérieure. La peur n'est donc pas construite de toute pièce, elle se fonde sur une menace préexistante.


Il estime que les élites sont à l'origine de la sélection des menaces et de la construction de la peur « Désignées comme les protecteurs de la communauté, les élites déterminent quels dangers doivent être pris au sérieux".


Dans les deux contextes étudiés par Corey Robin, deux menaces peuvent être identifiées. La première est le communisme et la seconde le terrorisme islamiste.


1-2. De la menace extérieure à la menace extérieure.


Les menaces extérieures conduisent les dirigeants à appeler à l'unité du pays. La lutte contre l'ennemi doit être l'affaire de tous. Dès lors, la peur fusionne avec le patriotisme.

Suite à la peur rouge ( la peur de voir le communisme s’infiltrer dans la vie sociale et politique américaine) de 1950, une « chasse aux communistes » est créée sous l’impulsion du sénateur conservateur Joseph McCarthy.

En 1947, le président Truman signe l'Executive Order 9835 qui permet d'enquêter sur les opinions politiques de chaque employé de l'Etat fédéral et de licencier ou refuser d'embaucher s'ils sont soupçonnés d'être communiste ou de sympathiser avec des communistes.


Les attentats de 2001 font naître l'idée que la menace n'est plus seulement extérieure. Un texte de loi est signé dès le mois d'octobre 2001 "Patriot Act" qui autorise par exemple la NSA à surveiller la circulation des messages et à conserver les traces de navigation de toute personne suspectée d’avoir été en relation avec une puissance étrangère.

Ce texte permet également d’arrêter et de de placer en détention sans limitation de durée des «ennemis combattants», soupçonnés de terrorisme.


Corey Robin montre ainsi que la mise en évidence d'une menace extérieure s'accompagne de l'identification de menaces intérieures.


Il y a des conséquences au patriotisme et à l'unité:

  • une forme d'autocensure peut apparaître notamment au sein des médias.
  • la peur de l'ennemi extérieur devient un outil d'intimidation au sein de la société = les mouvements progressistes apparaissent comme étant suspects, le pouvoir accuse ces mouvements réformistes de saper l’unité nationale, les rendant de facto des alliés potentiels de l’ennemi extérieur


1-3. Les risques démocratiques d'une politique de la peur


Le climat de peur peur perturber le fonctionnement du débat public. Cette capacité à discuter en temps de peur a été soulevée plus récemment lors de la pandémie du coronavirus.

Plus généralement, la vie du débat public doit permettre la circulation des informations et des connaissances. La peur ne doit ainsi pas empêcher la circulation des idées visant à éclairer les phénomènes

Une telle approche se révèle être périlleuse en temps de crise, et notamment après des actes terroristes, dans la mesure où chercher à comprendre peut amener à croire que l’on justifie l’acte terroriste. Il ne faut pourtant pas renoncer à cet effort de rendre intelligible des évènements, comme la rappelle le célèbre politiste Pierre Rosanvallon qui énonce que lorsqu'un évènement suscitant la peur apparaît, il tend à brouiller nos mécanismes de compréhension. Il cite alors le philosophe Montaigne : « La peur engendre souvent de terribles éblouissements ». Ces terribles éblouissements qu’évoque Montaigne nous conduiraient à n’écouter que nos peurs et à délaisser l’usage de la raison.

D'après Pierre Rosanvallon, si l'on ne comprend pas d'où vient la menace, quelle est cette menace, alors tout peut être potentiellement menaçant. Les journalistes et les chercheurs jouent un rôle majeur car ils doivent permettre aux citoyens de non seulement mieux comprendre les menaces mais aussi de se prémunir d’éventuelles instrumentalisations politiques.

Un autre risque démocratique concerne le fonctionnement des institutions démocratiques. En effet, dans un contexte de menace urgente, le climat de peur peut s’accompagner de la mise en place d’une forme « d’état d’exception » dans lequel le pouvoir exécutif se voit renforcé tandis que le pouvoir législatif s’affaiblit.


Les juristes Alexis Fourmont et Basile Ridard ont ainsi montré dans une étude récente9 que la plupart des gouvernements européens ont mis en œuvre des dispositifs d’exception face à la crise sanitaire.

Il est à noter que la mise en œuvre de « mesures d’exception » n’est pas spécifique à la crise du Covid-19. Ainsi, les actes de terrorisme ont souvent donné lieu à la mise en œuvre de dispositifs institutionnels exceptionnels. En France, l’état d’urgence avait ainsi été décidé en 2015 après les attentats de Charlie Hebdo = en juillet 2015, la loi « renseignement » crée le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT) obligeant les personnes présentes dans ce fichier à se rendre tous les trois mois en gendarmerie pour une période de 10 ans. En 2016, des procédures exceptionnelles sont mises en place pour permettre des perquisitions rapides, en dehors des règles du régime commun, ou encore des assignations à résidence.


Si le climat de peur peut avoir tendance à s’amoindrir, les infrastructures de la peur peuvent, elles, perdurer voire continuer à croître. Ainsi, les institutions créées au lendemain du 11 septembre, les pratiques de surveillance, ou encore le camp de Guantanamo dans lesquels sont enfermés les « combattants illégaux » subsistent aux Etats-Unis. De nouveaux textes ont été signés depuis, comme le décret de septembre 2017 qui interdit aux ressortissants de six pays, principalement musulmans à l’exception de la Corée du Nord, de pénétrer sur le sol américain.


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L'instrumentalisation de la peur en démocratie

sciences politiques
  1. L'usage de la peur par le pouvoir politique



A retenir :

1-1. La construction d'une menace.


D'après Corey Robin, la peur en démocratie n'est pas celle que l'on retrouve dans une dictature ou un pouvoir totalitaire.


Il décrit alors l'usage politique de la peur aux EU qu'il nomme "peur à l'américaine". Dans son ouvrage (La peur, histoire d'une idée politique) il développe deux exemples: le contexte de guerre froide et les attentats du World Trade Center en 2001.


Au commencement de cette usage politique se trouve une menace extérieure. La peur n'est donc pas construite de toute pièce, elle se fonde sur une menace préexistante.


Il estime que les élites sont à l'origine de la sélection des menaces et de la construction de la peur « Désignées comme les protecteurs de la communauté, les élites déterminent quels dangers doivent être pris au sérieux".


Dans les deux contextes étudiés par Corey Robin, deux menaces peuvent être identifiées. La première est le communisme et la seconde le terrorisme islamiste.


1-2. De la menace extérieure à la menace extérieure.


Les menaces extérieures conduisent les dirigeants à appeler à l'unité du pays. La lutte contre l'ennemi doit être l'affaire de tous. Dès lors, la peur fusionne avec le patriotisme.

Suite à la peur rouge ( la peur de voir le communisme s’infiltrer dans la vie sociale et politique américaine) de 1950, une « chasse aux communistes » est créée sous l’impulsion du sénateur conservateur Joseph McCarthy.

En 1947, le président Truman signe l'Executive Order 9835 qui permet d'enquêter sur les opinions politiques de chaque employé de l'Etat fédéral et de licencier ou refuser d'embaucher s'ils sont soupçonnés d'être communiste ou de sympathiser avec des communistes.


Les attentats de 2001 font naître l'idée que la menace n'est plus seulement extérieure. Un texte de loi est signé dès le mois d'octobre 2001 "Patriot Act" qui autorise par exemple la NSA à surveiller la circulation des messages et à conserver les traces de navigation de toute personne suspectée d’avoir été en relation avec une puissance étrangère.

Ce texte permet également d’arrêter et de de placer en détention sans limitation de durée des «ennemis combattants», soupçonnés de terrorisme.


Corey Robin montre ainsi que la mise en évidence d'une menace extérieure s'accompagne de l'identification de menaces intérieures.


Il y a des conséquences au patriotisme et à l'unité:

  • une forme d'autocensure peut apparaître notamment au sein des médias.
  • la peur de l'ennemi extérieur devient un outil d'intimidation au sein de la société = les mouvements progressistes apparaissent comme étant suspects, le pouvoir accuse ces mouvements réformistes de saper l’unité nationale, les rendant de facto des alliés potentiels de l’ennemi extérieur


1-3. Les risques démocratiques d'une politique de la peur


Le climat de peur peur perturber le fonctionnement du débat public. Cette capacité à discuter en temps de peur a été soulevée plus récemment lors de la pandémie du coronavirus.

Plus généralement, la vie du débat public doit permettre la circulation des informations et des connaissances. La peur ne doit ainsi pas empêcher la circulation des idées visant à éclairer les phénomènes

Une telle approche se révèle être périlleuse en temps de crise, et notamment après des actes terroristes, dans la mesure où chercher à comprendre peut amener à croire que l’on justifie l’acte terroriste. Il ne faut pourtant pas renoncer à cet effort de rendre intelligible des évènements, comme la rappelle le célèbre politiste Pierre Rosanvallon qui énonce que lorsqu'un évènement suscitant la peur apparaît, il tend à brouiller nos mécanismes de compréhension. Il cite alors le philosophe Montaigne : « La peur engendre souvent de terribles éblouissements ». Ces terribles éblouissements qu’évoque Montaigne nous conduiraient à n’écouter que nos peurs et à délaisser l’usage de la raison.

D'après Pierre Rosanvallon, si l'on ne comprend pas d'où vient la menace, quelle est cette menace, alors tout peut être potentiellement menaçant. Les journalistes et les chercheurs jouent un rôle majeur car ils doivent permettre aux citoyens de non seulement mieux comprendre les menaces mais aussi de se prémunir d’éventuelles instrumentalisations politiques.

Un autre risque démocratique concerne le fonctionnement des institutions démocratiques. En effet, dans un contexte de menace urgente, le climat de peur peut s’accompagner de la mise en place d’une forme « d’état d’exception » dans lequel le pouvoir exécutif se voit renforcé tandis que le pouvoir législatif s’affaiblit.


Les juristes Alexis Fourmont et Basile Ridard ont ainsi montré dans une étude récente9 que la plupart des gouvernements européens ont mis en œuvre des dispositifs d’exception face à la crise sanitaire.

Il est à noter que la mise en œuvre de « mesures d’exception » n’est pas spécifique à la crise du Covid-19. Ainsi, les actes de terrorisme ont souvent donné lieu à la mise en œuvre de dispositifs institutionnels exceptionnels. En France, l’état d’urgence avait ainsi été décidé en 2015 après les attentats de Charlie Hebdo = en juillet 2015, la loi « renseignement » crée le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT) obligeant les personnes présentes dans ce fichier à se rendre tous les trois mois en gendarmerie pour une période de 10 ans. En 2016, des procédures exceptionnelles sont mises en place pour permettre des perquisitions rapides, en dehors des règles du régime commun, ou encore des assignations à résidence.


Si le climat de peur peut avoir tendance à s’amoindrir, les infrastructures de la peur peuvent, elles, perdurer voire continuer à croître. Ainsi, les institutions créées au lendemain du 11 septembre, les pratiques de surveillance, ou encore le camp de Guantanamo dans lesquels sont enfermés les « combattants illégaux » subsistent aux Etats-Unis. De nouveaux textes ont été signés depuis, comme le décret de septembre 2017 qui interdit aux ressortissants de six pays, principalement musulmans à l’exception de la Corée du Nord, de pénétrer sur le sol américain.