La croissance endogène est un modèle économique où le progrès technique, moteur principal de la croissance, n'est pas un facteur externe mais est généré par l'activité économique elle-même. Elle est auto-entretenue grâce à des investissements spécifiques et un cadre institutionnel favorable, permettant ainsi une croissance durable et cumulative.
Institutions
Ensemble des règles formelles (lois, contrats) et informelles (normes, coutumes) ainsi que les moyens de les faire respecter, qui encadrent les interactions humaines et les transactions (D. North).
Droits de propriété
Droit d'user d'un bien, d'en tirer un revenu et de le céder. Il peut porter sur un bien matériel ou immatériel (propriété intellectuelle), essentiel pour inciter à l'investissement.
Brevet
Titre de propriété intellectuelle conférant à son titulaire le droit d'interdire à un tiers d'exploiter une invention pour une durée limitée (généralement 20 ans) et sur un territoire donné. Il garantit une rente d'innovation.
Rente d'innovation
Surprofit tiré du monopole temporaire que procure l'innovation à son auteur, en contrepartie de la publication de son invention.
Croissance endogène
Progrès technique produit par l'activité économique elle-même, résultant d'investissements en Recherche & Développement (R&D), capital humain et infrastructures.
Les institutions, selon D. North, sont cruciales pour la croissance. Elles créent un environnement stable et incitatif, garantissant la sécurité des contrats et le respect des droits. Un système judiciaire indépendant est nécessaire pour faire respecter ces règles et lutter contre la corruption. Ces institutions sont le socle qui pousse les agents économiques à prendre des risques et à investir, notamment dans l'innovation.
Le **droit de propriété**, qu'il soit matériel ou immatériel, est une institution clé. Il assure que les propriétaires de biens peuvent en jouir et les échanger sans crainte de spoliation. Pour l'innovation, le **brevet** est une forme spécifique de droit de propriété intellectuelle. Il offre à l'innovateur un monopole temporaire sur son invention, lui permettant de tirer une **rente d'innovation**. Cette récompense est une forte incitation à investir dans la recherche et le développement, car sans elle, les entreprises hésiteraient à financer des innovations qui pourraient être copiées librement. La publication du brevet, une fois le monopole expiré, enrichit le stock de connaissances publiques.
La **concurrence** est également une institution stimulante. P. Aghion a montré que la concurrence pousse les entreprises, surtout celles proches de la frontière technologique, à innover constamment pour maintenir leur position sur le marché et échapper à la pression concurrentielle. L'État, par ses institutions de réglementation des marchés, veille à la libre concurrence et sanctionne les abus de position dominante, favorisant ainsi l'émergence et la diffusion des innovations.
Contrairement aux théories classiques où le progrès technique « tombe du ciel », la croissance endogène explique que ce progrès est le fruit d'investissements internes au système économique. Ces investissements génèrent des **externalités positives**, c'est-à-dire des effets favorables non compensés par le marché, qui profitent à l'ensemble de l'économie et créent des rendements croissants.
Plusieurs types de capitaux sont au cœur de ce processus:
- Le capital technologique (R&D et connaissances): Selon P. Romer, les investissements en recherche et développement (R&D) et l'accumulation de connaissances sont essentiels. Les idées et les connaissances sont des « biens non rivaux » : leur utilisation par une personne n'empêche pas leur utilisation par d'autres. Cela crée des rendements croissants, car une nouvelle découverte peut servir de base à de nombreuses autres innovations, accélérant le progrès technique.
- Le capital humain: R. Lucas met en avant l'importance du capital humain, c'est-à-dire l'ensemble des compétences, savoirs et savoir-faire des individus. L'éducation et la formation améliorent la productivité des travailleurs et peuvent aussi rendre leurs collègues plus efficaces, générant ainsi des externalités positives.
- Le capital public: R. Barro souligne le rôle des infrastructures financées par l'État (routes, réseaux de communication, recherche publique). Ces infrastructures augmentent la productivité du capital privé et facilitent les échanges et la diffusion des innovations, créant un environnement propice à la croissance.
La croissance endogène est caractérisée par une boucle de rétroaction positive. Les investissements dans la R&D, le capital humain et le capital public génèrent du progrès technique et des externalités positives. Ce progrès technique augmente la productivité et la production, ce qui se traduit par une croissance du PIB. Un PIB plus élevé élargit l'assiette des prélèvements obligatoires (impôts), permettant aux pouvoirs publics de financer davantage d'investissements dans ces mêmes domaines (R&D, éducation, infrastructures). Ce cercle vertueux rend la croissance auto-entretenue et cumulative, les pays « bien partis » pouvant investir davantage et bénéficier de meilleurs rendements, creusant les écarts avec les autres.
A retenir :
- La croissance endogène est un processus où le progrès technique est généré par l'activité économique elle-même, et non par des facteurs externes.
- Les institutions, notamment les droits de propriété et les brevets, sont fondamentales pour inciter les agents économiques à investir et innover en garantissant une récompense (rente d'innovation).
- La concurrence stimule également l'innovation, poussant les entreprises à se dépasser.
- Les investissements en Recherche & Développement (R&D), capital humain (éducation, formation) et capital public (infrastructures) sont les moteurs de ce progrès technique.
- Ces investissements génèrent des externalités positives, bénéficiant à l'ensemble de l'économie et créant des rendements croissants.
- La croissance endogène est auto-entretenue et cumulative, formant un cercle vertueux où la croissance actuelle finance les investissements futurs, à condition que les pouvoirs publics soutiennent activement ce processus.
