Si de nombreux auteurs se sont essayés à la nouvelle réaliste, certains se sont particulièrement distingués par la qualité et l'influence de leurs écrits.
Honoré de Balzac (1799-1850) est un géant de la littérature réaliste. Bien qu'il soit surtout connu pour sa Comédie humaine, un vaste ensemble de romans décrivant la société française post-révolutionnaire, il a également écrit de nombreuses nouvelles. Ces dernières, souvent regroupées dans des recueils comme les Scènes de la vie privée, les Études philosophiques ou les Études analytiques, offrent des portraits saisissants et des analyses fines des mœurs de son temps. Par exemple, dans Une ténébreuse affaire, il explore les intrigues politiques de l'Empire. Ses nouvelles sont souvent des études de caractère ou des plongées dans des milieux sociaux précis, mettant en lumière les ambitions, les déceptions et les luttes de ses personnages.
Alphonse Daudet (1840-1897) est un autre maître de la nouvelle, souvent associée au courant réaliste, mais avec une touche de fantaisie et de poésie qui lui est propre. Ses Lettres de mon moulin (1869) est un recueil emblématique. Ces histoires, ancrées dans le paysage provençal, comme La Chèvre de Monsieur Seguin, Les Trois Messes basses ou Le Curé de Cucugnan, dépeignent avec tendresse et humour des personnages hauts en couleur, des traditions locales et une certaine douceur de vivre. Elles montrent aussi les petites tragédies quotidiennes et les folies humaines, toujours avec un sens aigu de l'observation.
Émile Zola (1840-1902), chef de file du naturalisme, a aussi produit des nouvelles, bien que son œuvre soit dominée par les romans des Rougon-Macquart. Ses nouvelles, comme celles regroupées dans Contes à Ninon (1864) ou Nouveaux contes à Ninon (1874), puisent dans un réalisme social plus dur, explorant la misère, le travail et les instincts humains. Par exemple, la nouvelle Jacques Damour (1880), publiée dans le recueil Les Soirées de Médan, raconte l'histoire d'un ouvrier communard déporté, offrant une critique sociale acerbe. Zola y applique sa méthode naturaliste, décrivant avec précision les milieux populaires et les comportements déterminés par l'hérédité et l'environnement.
Ces auteurs ont chacun, à leur manière, contribué à faire de la nouvelle un genre majeur du XIXe siècle, reflétant avec justesse et parfois une cruauté certaine les réalités de leur époque.