Présentation de Saskia Sassen
Saskia Sassen est une sociologue importante pour comprendre la mondialisation contemporaine. Son intérêt porte surtout sur les villes, les migrations et les transformations des États dans un monde de plus en plus transnational.
- Elle est née en 1949.
- Elle est néerlandaise et américaine.
- Elle a vécu en Argentine puis en Italie.
- Elle a étudié les sciences politiques à Poitiers, puis dans l’Indiana.
- Elle a enseigné la sociologie urbaine à Chicago puis à New York.
- Son parcours international nourrit une sensibilité cosmopolite et critique.
- Elle est marquée par la contre-culture des campus américains des années 1960-1970.
Ses premiers travaux ne portent pas encore directement sur les villes globales. Ils s’intéressent d’abord aux migrations, à l’ethnicité et aux conditions d’intégration des migrants dans les sociétés contemporaines.
- Elle a étudié les migrants mexicains aux États-Unis.
- Elle a aussi travaillé sur le cas du Japon.
- Elle s’intéresse aux rapports entre migrations et ethnicité.
- Elle observe ensuite le rôle des migrants dans les économies informelles.
- Ces thèmes resteront présents dans ses recherches ultérieures.
Dans ses travaux, Sassen montre que la mondialisation change profondément le rôle des États. À partir des années 1960, l’économie de marché, les flux de capitaux et les technologies de communication rendent les frontières plus poreuses et compliquent le contrôle politique classique.
- Les États contrôlent moins bien les capitaux.
- Ils contrôlent moins bien les marchandises.
- Ils contrôlent aussi plus difficilement les informations.
- Les déplacements de populations deviennent plus difficiles à encadrer.
- Les privatisations se développent dans de nombreux secteurs.
- Les administrations adoptent des logiques inspirées du privé.
- Les dérégulations accompagnent cette évolution.
- La concurrence devient une norme imposée à l’échelle internationale.
Ce processus ne signifie pas la disparition des États. Il signifie plutôt qu’ils changent de fonction et perdent une partie de leur capacité d’encadrement direct. Ils restent présents, mais ils doivent composer avec des acteurs transnationaux, des entreprises multinationales et des institutions internationales.
- Les élites nationales jouent un rôle important dans ce basculement.
- Elles adoptent progressivement les principes du marché.
- La libre circulation des biens et des personnes devient centrale.
- Les marchés internationaux pénètrent les économies nationales.
- Les États doivent s’adapter à des logiques qui les dépassent partiellement.
Avant Sassen, on parlait surtout de ville-monde pour désigner des villes dominantes. Cette notion, influencée par Braudel et Wallerstein, insiste sur la puissance historique de certaines métropoles capables de connecter de vastes espaces grâce au commerce, à la finance et aux circulations maritimes.
- Gênes est un exemple majeur à l’époque médiévale.
- Amsterdam joue un rôle important au XVIIe siècle.
- Londres domine au XVIIIe siècle.
- Ces villes concentrent des activités marchandes et financières.
- Elles attirent des populations venues de différents horizons.
- Elles restent cependant liées à un arrière-pays et à des structures politiques plus larges.
Sassen reprend cette idée, mais elle la transforme en introduisant la notion de ville globale. La ville globale n’est pas seulement une ville puissante dans l’histoire : c’est un nœud stratégique du capitalisme contemporain, inséré dans des réseaux internationaux de commandement, de finance et d’information.
- La ville globale concentre les fonctions de décision.
- Elle attire les firmes multinationales.
- Elle accueille les sièges d’entreprises, les places financières et les centres de recherche.
- Elle bénéficie d’une forte densité d’échanges informationnels.
- Elle dépend de relations transnationales très denses.
- Elle est moins reliée à son territoire national qu’à des réseaux mondiaux.
L’idée importante est que la ville globale n’est pas autonome. Elle n’existe pas en dehors des États, mais elle acquiert une capacité d’action qui relativise le pouvoir des États-nations.
- Son économie est en partie déconnectée de son arrière-pays.
- Ses ressources viennent de réseaux globaux.
- Ses décisions sont influencées par des acteurs extérieurs.
- Les États ont plus de mal à réguler ces espaces.
Sassen montre que les villes globales ne sont pas isolées. Elles s’organisent en grands pôles urbains, interconnectés mais aussi concurrents. Depuis le milieu du XXe siècle, trois grands ensembles dominent l’économie mondiale.
Le premier est le pôle américain, centré sur New York. Ce pôle regroupe une vaste aire urbaine et économique sur la côte est des États-Unis, avec des prolongements vers le Canada et d’autres grandes métropoles américaines.
- New York en est le centre principal.
- Boston et Washington DC en font partie.
- Montréal et Toronto sont également intégrées à cet ensemble.
- Atlanta joue un rôle croissant.
- Chicago reste une place importante.
- La côte ouest américaine participe aussi au rayonnement de ce pôle.
- Mexico et plusieurs grandes villes sud-américaines y sont reliées.
Le deuxième est le pôle européen, organisé autour de Londres, Paris et Francfort. Ces villes forment le cœur du système financier et de commandement européen, avec plusieurs villes relais autour d’elles.
- Londres, Paris et Francfort sont les centres majeurs.
- Madrid, Milan et Genève gravitent autour.
- Ce pôle est connecté à des espaces africains et moyen-orientaux.
- Lagos et Johannesburg sont cités comme pôles connectés.
- Dubaï joue aussi un rôle dans ces circulations.
Le troisième est le pôle asiatique, qui connaît une croissance très forte depuis les années 1970-1980. Il symbolise en particulier le déplacement progressif du centre de gravité économique mondial vers l’Est.
- Tokyo en est un centre historique.
- Séoul, Shanghai et Hong Kong y occupent une place majeure.
- Bombay, Bangkok et Singapour sont aussi reliées à ce pôle.
- Sydney y est également associée.
- La montée de la Chine renforce cette dynamique.
- L’Asie devient un espace central de la mondialisation.
Dans Guests and Aliens, Sassen explique que les villes globales ont besoin d’une double population immigrée. Elles doivent attirer des travailleurs très qualifiés, mais aussi une main-d’œuvre plus précaire pour assurer les tâches indispensables du quotidien.
- Les guests sont les cadres, chercheurs et professionnels hautement qualifiés.
- Les aliens sont les étrangers précarisés.
- Les premiers assurent les activités de commandement.
- Les seconds assurent les services de base.
- Les deux groupes sont nécessaires au fonctionnement urbain.
Cette organisation produit une forte polarisation sociale. Les classes supérieures mondialisées bénéficient des ressources de la ville globale, tandis que les travailleurs précaires sont relégués dans des positions subalternes et souvent invisibilisées.
- Les travailleurs locaux peu qualifiés sont marginalisés.
- Ils sont repoussés vers les périphéries.
- Certaines activités deviennent invisibles mais restent essentielles.
- Le care, le nettoyage, la livraison ou l’hôtellerie sont indispensables.
- Leur faible rentabilité favorise l’informalité.
- L’auto-entrepreneuriat et le travail non déclaré se développent.
Les plateformes numériques accentuent ce phénomène. Elles mettent en relation consommateurs et prestataires sans médiation protectrice suffisante, ce qui fragilise encore davantage les travailleurs.
- Les protections sociales sont faibles.
- Les relations de travail deviennent plus individualisées.
- Les revenus sont instables.
- La précarisation s’étend à de nombreux secteurs.
- L’habitat lui-même devient plus fragile.
Sassen prolonge son analyse en montrant que la mondialisation ne se résume pas à la concentration urbaine. Elle implique aussi une dispersion des activités, une externalisation des fonctions et une réorganisation des chaînes de valeur à l’échelle planétaire.
- L’outsourcing consiste à confier une fonction à un partenaire externe.
- L’offshorization consiste à déplacer une activité hors du pays d’origine.
- Ces logiques se développent fortement à partir des années 1980.
- Elles sont liées à la recherche de flexibilité.
- Elles permettent de réduire les coûts.
Les grandes entreprises ont recours à des services délocalisés dans des pays où les salaires sont plus bas et la réglementation plus souple.
- Les centres d’appels sont souvent délocalisés.
- La maintenance informatique peut être externalisée.
- La comptabilité est parfois déplacée à l’étranger.
- Des services de recherche ou de santé low cost se développent aussi.
- L’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Inde et les Philippines sont des espaces très concernés.
Cette transformation n’est pas seulement économique. Elle change aussi les rapports au temps, à l’espace et au travail. Les entreprises peuvent gérer à distance plusieurs sites, plusieurs fuseaux horaires et plusieurs fonctions en même temps.
- La standardisation rend ces circulations possibles.
- Les technologies numériques accélèrent les échanges.
- Les entreprises neutralisent en partie l’espace et le temps.
- Elles gardent le contrôle stratégique tout en dispersant l’exécution.
Dans Expulsions, Sassen pousse l’analyse plus loin. Elle montre que la mondialisation contemporaine produit non seulement de l’intégration et de la circulation, mais aussi des expulsions massives. Ces expulsions sont l’un des effets majeurs du capitalisme global.
- Elles touchent des individus, des groupes et même des territoires.
- Elles peuvent être économiques, sociales, politiques ou environnementales.
- Elles résultent de processus complexes.
- Elles doivent être pensées ensemble.
Les expulsions urbaines et sociales sont fréquentes dans les contextes de rénovation, de gentrification ou de fermeture industrielle. Elles frappent en priorité les populations les plus vulnérables.
- Rénovations urbaines.
- Grands travaux.
- Fermetures d’usines.
- Délocalisations.
- Expulsions locatives.
- Recul du logement social.
- Fermeture de services publics.
Les expulsions financières sont également centrales dans son analyse. La crise des subprimes illustre la violence d’un système financier devenu extrêmement mathématisé.
- Les algorithmes de crédit ont encouragé les prêts risqués.
- Les ménages modestes se sont retrouvés piégés.
- Environ 10 millions de ménages ont été expulsés aux États-Unis.
- Des situations comparables ont existé en Espagne et en Hongrie.
- La finance produit ici directement de l’exclusion résidentielle.
Sassen insiste aussi sur les expulsions liées aux guerres, aux politiques coloniales et aux destructions environnementales. Les catastrophes climatiques et les pollutions industrielles rendent certains territoires inhabitables et provoquent des déplacements de masse.
- Désertification.
- Incendies.
- Inondations.
- Sécheresses.
- Pollution aux hydrocarbures.
- Pollution aux pesticides, PFAS ou microplastiques.
- Élévation du niveau des mers.
Enfin, elle souligne que certaines expulsions passent par des mécanismes concrets de dégradation territoriale. On peut rendre un espace inhabitable par la destruction des réseaux, la fermeture des accès ou le surcontrôle des habitants.
- Dégradation volontaire des bâtiments.
- Coupure des réseaux d’eau ou d’électricité.
- Fermeture des accès.
- Coalition entre acteurs publics et privés.
- Surcontrôle des populations pauvres.
- Notions d’urbicide et de spaciocide.
Le cœur du cours est de montrer que Sassen analyse ensemble des phénomènes qui paraissent d’abord séparés. Les villes globales, la migration, la précarisation du travail, la délocalisation des activités et les expulsions appartiennent en réalité à une même logique du capitalisme mondial.
- Les villes concentrent les richesses.
- Les États perdent une partie de leur pouvoir.
- Les migrants deviennent structurels au fonctionnement urbain.
- Le travail se fragmente et s’informalise.
- Les expulsions révèlent la brutalité du système.
Cette lecture est très utile pour comprendre la mondialisation contemporaine, car elle relie l’espace urbain, les transformations économiques, les mobilités humaines et les violences sociales.