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Philosophie : l’Art

Définition

Sens antique de l’art
Synonyme de la technique, renvoie à la notion de savoir-faire, l’art de l’artisan.
Sens moderne de l’art
Création consciente de belles choses ou esthétiques, c’est l’art de l’artiste. À partir de XXe , l’activité de l’artiste produisant des œuvres.
Arts et Métiers
Cherchent à produire les meilleurs artefacts grâce aux meilleures techniques.
Beaux-arts
Cherchent à créer de belles œuvres.

Une œuvre d’art est à l’image de la nature

  • le rôle de l’art est d’imiter la nature
  • procurer plaisir et reconnaissance aux artistes, spectateurs et à une vertu thérapeutique
  • l’essence de l’art est la recherche de beauté
  • l’œuvre d’art se distingue d’une chose naturelle, elle n’en est que la copie (rapport de comparaison avec l’original)


Aristote avance l’idée que l’art “imite la nature”, ce rapport de reproduction se nomme Mimesis.

  • selon Aristote, les hommes ont une disposition naturelle à concevoir des œuvres d’art
  • cela leur procure du plaisir (reproduction du monde en peinture ou sculpture) et de la connaissance (permet de mieux connaître son environnement)
  • l’art permet la purification de l’âme (identification du spectateur à l’œuvre d’art, permet de purger son esprit)


Aristote nomme ce phénomène la catharsis.

Aristote(384-322 av.J-C), élève de Platon (p. 35) et maître d'Alexandre le Grand, est un penseur grec considéré comme l'un des philosophes les plus importants de l'histoire. Il a fondé le Lycée, l'une des quatre grandes écoles de pensée de la Grèce Antique.

Une œuvre d’art n’est pas qu’une bonne imitation

  • L’artiste transforme la réalité plutôt qu’il ne la recrée.


Ce principe d’imitation sera critiqué par le philosophe allemand Hegel (18e-19e siècle), influencé par Kant et le courant romantique, dans son ouvrage Esthétique (1885) :


  • Il défend que la mimesis ne permet pas de comprendre la nature profonde de l’œuvre.
  • Aussi, cette activité apparaît superflue et en outre présomptueuse, aucun artiste ne peut rivaliser avec les œuvres de la nature.
  • Une œuvre d'art serait avant tout caractérisée par son inventivité.

Georges Bataille, anthropologue et écrivain, le remarque dans son ouvrage Lascaux ou la Naissance de l'art (1955).

  • l'art naît quand l'artiste parvient à s'arracher à l'imitation de la nature pour produire de la beauté de manière autonome et consciente
  • les fresques de la grotte de Lascaux, vieilles de 18 000 ans, marquent la naissance de l'art
  • les œuvres de fiction doivent s'appuyer sur des « effets de réel», sur des éléments qui apportent aux créations de l'imagination la crédibilité du monde réel

L'artiste crée des œuvres d'imagination

  • L'œuvre d'art est une fin en soi, rien ne remplace l'expérience directe qu'on en fait.
  • L'objectif d'une œuvre d'art ne serait donc pas de reconstituer le monde extérieur, mais de constituer un monde en soi,
  • Cela signifie que l'œuvre d'art a sa fin en elle-même puisque l'artiste n'a pas pour objectif de retranscrire la nature.
  • Le sujet d'une œuvre d'art est alors moins important que la manière avec laquelle ce sujet est exprimé.
  • exemples: décrire des ciseaux à quelqu'un qui ne sait pas de quoi il s'agit, et essayer de se faire une idée de La Joconde sans l'avoir jamais vue.

Le plaisir esthétique

  • L'art procure un plaisir esthétique, qui naît de la contemplation des belles œuvres. Il est distinct des autres satisfactions sensibles

Définition

le jugement de goût ou jugement esthétique
La capacité à distinguer le beau du laid est l'objet d'un jugement. Je formule ce jugement orsque je dis « c'est beau».
  • « cela me plaît », par ce jugement, j'estime que l'œuvre n'est pas belle seulement pour moi mais que sa beauté doit être reconnue par tous.
  • Emmanuel Kant décrit ce plaisir esthétique comme un plaisir à la fois universel et subjectif


Emmanuel Kant (1724-1804) est un philosophe allemand héritier de la philosophie des Lumières.


  • Selon lui il n'y a pas de concept du Beau.
  • En disant qu'une œuvre est belle, je fais comme si le Beau était une de ses qualités intrinsèques
  • Mais le Beau n'appartient pas véritablement à l'œuvre, c'est seulement mon jugement qui la qualifie de belle.
  • il s'agit d'un jugement que je peux émettre sans définir le Beau, uniquement guidé par mon plaisir esthétique
  • Voilà pourquoi Kant défend que le beau est « ce qui plait » universellement sans concept


Emmanuel Kant distingue alors l'agréable et l'esthétique.

Définition

L’agréable
Il procure un plaisir intéressé, on y cherche un plaisir des sens (par exemple le soleil sur ma peau lorsque je bronze, j'en tire un profit personnel).
L’esthétique
est un plaisir désintéressé, on ne tire pas d'avantage personnel à trouver l'œuvre belle.

Le génie est un talent

  • Les belles œuvres sont les œuvres du génie
  • L'œuvre d'art serait la manifestation sensible d'une vérité supérieure, ici d'une beauté idéale


Emmanuel Kant défend que cette dernière est le résultat d'une inspiration « divine».


Pour le philosophe, le génie cumule trois caractères:

  • Il est un «talent». Cela signifie qu'on ne peut pas apprendre à être un génie, il s'agit d'une qualité innée, d'un don naturel. C'est ce talent qui permet au génie de créer des œuvres originales.
  • produire des œuvres qui doivent faire référence c'est-à-dire devenir une « règle de jugement» pour les autres, un modèle.
  • son incapacité à décrire les règles qu'il a suivies, auxquelles il a obéi car il n'existe pas de manuel qu’il suffirait de suivre pour atteindre son art et le reproduire. Le génie lui-même serait incapable de produire un tel ensemble de règles claires, et de reproduire à l'identique une œuvre.

Le créateur de génie est un fantasme

  • La notion de génie est critiquable car elle donne l'impression que l'activité de l'artiste s'apparente à une opération magique
  • Le terme de génie relève d'une véritable mystification pour Friedrich Nietzsche


Friedrich Nietzsche (1844-1900) est un philosophe et linguiste allemand. Il se distingue par l'originalité de sa pensée. Il veut déconstruire les « idéaux» de la philosophie classique tels que l'amour de la vérité, la fiabilité de la raison, la supériorité de la morale.


  • le philosophe conteste la singularité de l'activité artistique toutes les grandes œuvres
  • humaines sont créatrices, qu'elles soient scientifiques, militaires, techniques ou artistiques, et toutes partagent une dimension de labeur: l'artiste lui aussi travaille, rate, recommence
  • il s'agit de ramener au rang de création simplement humaine ce à quoi on a attribué des qualités divines.
  • Il cherche à dévoiler les intérêts qui sont au principe de l'idéalisation de l'artiste comme génie.
  • il s'agit d'échapper à la jalousie que suscite l'œuvre quand j'y fais face, et au sentiment d'infériorité qui en découle.
  • on évacue tout le processus et les errances de l'artiste pour n'admirer que le produit fini.
  • Si on assistait aux étapes de la création, cela dégraderait l’image que l’on se fait du travail artistique.
  • Pourtant, l'art a aussi sa part de mécanisation et d'automatisation, et obéit à des règles bien précises.

A retenir :

«C'est ainsi notre vanité, notre amour propre qui nous pousse au culte du génie: car il nous faut l'imaginer très loin de nous, en vrai miracle, pour qu'il ne nous blesse pas ».

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain [1878).

On peut identifier les règles d'une œuvre réussie

  • L'œuvre d'art réussie n'est pas le fruit du hasard: elle répond à des règles ou «canons » qui permettent de la reconnaître.
  • Outre l'intuition et l'inspiration, le respect d'un certain nombre de règles expliquent en effet la réussite d'une œuvre d'art.
  • La recherche de la beauté, le caractère unique de l'œuvre, son exposition dans des lieux dédiés (musées galeries, salons), la signature et l'inutilité sont autant de critères classiques d'identification d'une œuvre d'art.

Mais pour chacune de ces règles existent des contre-exemples

  • Il est possible que l'œuvre d'art n'obéisse pas à une, plusieurs, ou même à toutes ces règles distinctives sans qu'elle perde nécessairement son caractère artistique.


Dans L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1935), Walter Benjamin montre que les techniques contemporaines de reproduction et de diffusion des œuvres d'art font disparaître son unicité.


Walter Benjamin (1892-1940) est un philosophe et historien de l'art allemand influencé par le marxisme. L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1935) est son livre le plus marquant.


  • Alors qu'il fallait se déplacer au musée du Prado à Madrid pour voir les Ménines (1656) de Diego de Valasquez on en trouve désormais des reproductions partout. Cela démocratise l'accès à l'art mais l'œuvre perd une partie du mystère qui en faisait l'attrait
  • C'est son « aura », l'expérience intime de la rencontre entre un spectateur et une œuvre, qui disparaît
  • À notre époque, l'œuvre n'est plus nécessairement signée, ni ne prétend à la beauté; elle n'est pas systématiquement exposée dans une institution, ni conservée, elle peut même être détruite

D'où la nécessité de prêter attention aux intentions de l'artiste

  • Il n'y pas de qualités intrinsèques permettant d'identifier une œuvre d'art. Il faut donc être attentif à son aspect théorique et aux intentions de l'artiste.


  • L'extension du domaine de l'art entraîne ce que le critique Harold Rosenberg appelle dans La Tradition du nouveau (1959) un processus de « dés-esthétisation» et de « dé-définition» de l'art.


  • L'artiste ne chercherait plus qu'une chose: la nouveauté à tout prix, au mépris de toute autre règle.


  • Il en ressort une circularité décevante: l'œuvre d'art serait ce que produit l'artiste, et l'artiste serait celui qui produit des œuvres d'art.


  • le philosophe Nelson Goodman estime dans Langages de l'art (1968) qu'il n'y a pas d'objets dont les qualités intrinsèques permettent de dire que ce sont des œuvres d'art


  • Il n'y a que des objets qui fonctionnent comme des œuvres d'art


  • Exemple : une pierre sur le bord de la route n'est pas une œuvre d'art, mais mise sous cloche et exposée dans un musée, elle le devient.


  • Non seulement l'institution artistique reconnait la pierre en tant qu'oeuvre et la légitime, mais la démarche intellectuelle de l'artiste transforme l’objet en oeuvre, en exhibant ses caractéristiques et ses propriétés.


  • inversement, si une toile de maitre est ut-lisée pour réparer une fenêtre cassée, elle perd son statut d'œuvre d'art parce qu'elle est réduite à une fonction: couper le vent.


  • Ses caracteristiques artistiques sont masquées par son utilité: on n'y prête plus attention.


  • l'appréciation de l'œuvre d'art s'accompagne de la clarification des intentions de(s) (l')artiste(s).


  • Cela signifie que l'appréciation de l'art a un aspect théorique, qui met en lumière des aspects ordinairement cachés de la réalité.


  • cela comporte un risque: à trop rechercher l'originalité sur le plan intellectuel, n'oublie-t-on pas que l'appréciation de l'œuvre d'art est également l'affaire des sens?


  • Et que l'on peut apprécier une œuvre sans contexte, sans prêter attention aux intentions?


Puisque l'art est souvent défini comme la recherche consciente de la beauté, et que l'on conçoit traditionnellement la nature comme la source des créations les plus belles, on a longtemps pensé que l'objectif de l'art était d'imiter la nature. Mais c'était manquer ce qui fait l'essence de la création artistique Pimagination et 'inventivité au service du plaisir esthétique. Mais si 'artiste génial est capable de produire du beau, n'est-ce qu'en vertu de son talent ? Ou inverse ment, les œuvres d'art ne sont-elles pas plutôt le résultat d'un travail acharné? Ce travail obéit à une orientation chaque discipline a des « canons», de même qu'il y a des critéres d'identification des œuvres d'art. Pourtant, l'évolution conter-poraine de l'art montre que ces critères peuvent manquer à l'appel. Il s'agit donc de décentrer notre regard de l'œuvre. Pour recevoir et apprécier une ceuvre, le spectateur est désormais appelé à prendre en compte l'intention de l'artiste et les logiques qui président à son élaboration

Définition

Artisan
personne qui réalise manuellement des objets utiles nécessitant un savoir-faire professionnel. Par exemple, un coutelier, qui utilise son art pour fabriquer des couteaux, est un artisan.
Artiste
personne qui imagine et réalise consciemment des œuvres d'art. La plupart du temps, l'artiste cherche à produire de la beauté et de la nouveauté.
Aura
attrait exercé par l'œuvre d'art dans la confrontation directe avec le spectateur. Garantie d'une expérience authentique, c'est-à-dire unique et personnelle, de l'œuvre, elle disparaît dans la reproduction technique.
Beau
selon Emmanuel Kant, sentiment de plaisir d'ordre esthétique issu à la fois des sens et de la raison. Ce sentiment est subjectif et pourtant universel. Nous l'éprouvons dans la rencontre avec des objets naturels ou des œuvres d'art.
Esthétique
l'esthétique désigne à la fois le caractère de ce qui est beau et la branche de la philosophie qui étudie l'art.
Génie
chez Emmanuel Kant, se dit de celui qui, possédant un talent naturel, est capable de produire de belles œuvres. Ces œuvres font référence dans le champ artistique.
Œuvre
création résultant du travail d'un ou plusieurs artistes, et ayant généralement une visée esthétique. Un chef-d'œuvre est une œuvre particulièrement réussie, tendant vers la perfection selon les canons en vigueur.

Philosophie : l’Art

Définition

Sens antique de l’art
Synonyme de la technique, renvoie à la notion de savoir-faire, l’art de l’artisan.
Sens moderne de l’art
Création consciente de belles choses ou esthétiques, c’est l’art de l’artiste. À partir de XXe , l’activité de l’artiste produisant des œuvres.
Arts et Métiers
Cherchent à produire les meilleurs artefacts grâce aux meilleures techniques.
Beaux-arts
Cherchent à créer de belles œuvres.

Une œuvre d’art est à l’image de la nature

  • le rôle de l’art est d’imiter la nature
  • procurer plaisir et reconnaissance aux artistes, spectateurs et à une vertu thérapeutique
  • l’essence de l’art est la recherche de beauté
  • l’œuvre d’art se distingue d’une chose naturelle, elle n’en est que la copie (rapport de comparaison avec l’original)


Aristote avance l’idée que l’art “imite la nature”, ce rapport de reproduction se nomme Mimesis.

  • selon Aristote, les hommes ont une disposition naturelle à concevoir des œuvres d’art
  • cela leur procure du plaisir (reproduction du monde en peinture ou sculpture) et de la connaissance (permet de mieux connaître son environnement)
  • l’art permet la purification de l’âme (identification du spectateur à l’œuvre d’art, permet de purger son esprit)


Aristote nomme ce phénomène la catharsis.

Aristote(384-322 av.J-C), élève de Platon (p. 35) et maître d'Alexandre le Grand, est un penseur grec considéré comme l'un des philosophes les plus importants de l'histoire. Il a fondé le Lycée, l'une des quatre grandes écoles de pensée de la Grèce Antique.

Une œuvre d’art n’est pas qu’une bonne imitation

  • L’artiste transforme la réalité plutôt qu’il ne la recrée.


Ce principe d’imitation sera critiqué par le philosophe allemand Hegel (18e-19e siècle), influencé par Kant et le courant romantique, dans son ouvrage Esthétique (1885) :


  • Il défend que la mimesis ne permet pas de comprendre la nature profonde de l’œuvre.
  • Aussi, cette activité apparaît superflue et en outre présomptueuse, aucun artiste ne peut rivaliser avec les œuvres de la nature.
  • Une œuvre d'art serait avant tout caractérisée par son inventivité.

Georges Bataille, anthropologue et écrivain, le remarque dans son ouvrage Lascaux ou la Naissance de l'art (1955).

  • l'art naît quand l'artiste parvient à s'arracher à l'imitation de la nature pour produire de la beauté de manière autonome et consciente
  • les fresques de la grotte de Lascaux, vieilles de 18 000 ans, marquent la naissance de l'art
  • les œuvres de fiction doivent s'appuyer sur des « effets de réel», sur des éléments qui apportent aux créations de l'imagination la crédibilité du monde réel

L'artiste crée des œuvres d'imagination

  • L'œuvre d'art est une fin en soi, rien ne remplace l'expérience directe qu'on en fait.
  • L'objectif d'une œuvre d'art ne serait donc pas de reconstituer le monde extérieur, mais de constituer un monde en soi,
  • Cela signifie que l'œuvre d'art a sa fin en elle-même puisque l'artiste n'a pas pour objectif de retranscrire la nature.
  • Le sujet d'une œuvre d'art est alors moins important que la manière avec laquelle ce sujet est exprimé.
  • exemples: décrire des ciseaux à quelqu'un qui ne sait pas de quoi il s'agit, et essayer de se faire une idée de La Joconde sans l'avoir jamais vue.

Le plaisir esthétique

  • L'art procure un plaisir esthétique, qui naît de la contemplation des belles œuvres. Il est distinct des autres satisfactions sensibles

Définition

le jugement de goût ou jugement esthétique
La capacité à distinguer le beau du laid est l'objet d'un jugement. Je formule ce jugement orsque je dis « c'est beau».
  • « cela me plaît », par ce jugement, j'estime que l'œuvre n'est pas belle seulement pour moi mais que sa beauté doit être reconnue par tous.
  • Emmanuel Kant décrit ce plaisir esthétique comme un plaisir à la fois universel et subjectif


Emmanuel Kant (1724-1804) est un philosophe allemand héritier de la philosophie des Lumières.


  • Selon lui il n'y a pas de concept du Beau.
  • En disant qu'une œuvre est belle, je fais comme si le Beau était une de ses qualités intrinsèques
  • Mais le Beau n'appartient pas véritablement à l'œuvre, c'est seulement mon jugement qui la qualifie de belle.
  • il s'agit d'un jugement que je peux émettre sans définir le Beau, uniquement guidé par mon plaisir esthétique
  • Voilà pourquoi Kant défend que le beau est « ce qui plait » universellement sans concept


Emmanuel Kant distingue alors l'agréable et l'esthétique.

Définition

L’agréable
Il procure un plaisir intéressé, on y cherche un plaisir des sens (par exemple le soleil sur ma peau lorsque je bronze, j'en tire un profit personnel).
L’esthétique
est un plaisir désintéressé, on ne tire pas d'avantage personnel à trouver l'œuvre belle.

Le génie est un talent

  • Les belles œuvres sont les œuvres du génie
  • L'œuvre d'art serait la manifestation sensible d'une vérité supérieure, ici d'une beauté idéale


Emmanuel Kant défend que cette dernière est le résultat d'une inspiration « divine».


Pour le philosophe, le génie cumule trois caractères:

  • Il est un «talent». Cela signifie qu'on ne peut pas apprendre à être un génie, il s'agit d'une qualité innée, d'un don naturel. C'est ce talent qui permet au génie de créer des œuvres originales.
  • produire des œuvres qui doivent faire référence c'est-à-dire devenir une « règle de jugement» pour les autres, un modèle.
  • son incapacité à décrire les règles qu'il a suivies, auxquelles il a obéi car il n'existe pas de manuel qu’il suffirait de suivre pour atteindre son art et le reproduire. Le génie lui-même serait incapable de produire un tel ensemble de règles claires, et de reproduire à l'identique une œuvre.

Le créateur de génie est un fantasme

  • La notion de génie est critiquable car elle donne l'impression que l'activité de l'artiste s'apparente à une opération magique
  • Le terme de génie relève d'une véritable mystification pour Friedrich Nietzsche


Friedrich Nietzsche (1844-1900) est un philosophe et linguiste allemand. Il se distingue par l'originalité de sa pensée. Il veut déconstruire les « idéaux» de la philosophie classique tels que l'amour de la vérité, la fiabilité de la raison, la supériorité de la morale.


  • le philosophe conteste la singularité de l'activité artistique toutes les grandes œuvres
  • humaines sont créatrices, qu'elles soient scientifiques, militaires, techniques ou artistiques, et toutes partagent une dimension de labeur: l'artiste lui aussi travaille, rate, recommence
  • il s'agit de ramener au rang de création simplement humaine ce à quoi on a attribué des qualités divines.
  • Il cherche à dévoiler les intérêts qui sont au principe de l'idéalisation de l'artiste comme génie.
  • il s'agit d'échapper à la jalousie que suscite l'œuvre quand j'y fais face, et au sentiment d'infériorité qui en découle.
  • on évacue tout le processus et les errances de l'artiste pour n'admirer que le produit fini.
  • Si on assistait aux étapes de la création, cela dégraderait l’image que l’on se fait du travail artistique.
  • Pourtant, l'art a aussi sa part de mécanisation et d'automatisation, et obéit à des règles bien précises.

A retenir :

«C'est ainsi notre vanité, notre amour propre qui nous pousse au culte du génie: car il nous faut l'imaginer très loin de nous, en vrai miracle, pour qu'il ne nous blesse pas ».

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain [1878).

On peut identifier les règles d'une œuvre réussie

  • L'œuvre d'art réussie n'est pas le fruit du hasard: elle répond à des règles ou «canons » qui permettent de la reconnaître.
  • Outre l'intuition et l'inspiration, le respect d'un certain nombre de règles expliquent en effet la réussite d'une œuvre d'art.
  • La recherche de la beauté, le caractère unique de l'œuvre, son exposition dans des lieux dédiés (musées galeries, salons), la signature et l'inutilité sont autant de critères classiques d'identification d'une œuvre d'art.

Mais pour chacune de ces règles existent des contre-exemples

  • Il est possible que l'œuvre d'art n'obéisse pas à une, plusieurs, ou même à toutes ces règles distinctives sans qu'elle perde nécessairement son caractère artistique.


Dans L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1935), Walter Benjamin montre que les techniques contemporaines de reproduction et de diffusion des œuvres d'art font disparaître son unicité.


Walter Benjamin (1892-1940) est un philosophe et historien de l'art allemand influencé par le marxisme. L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1935) est son livre le plus marquant.


  • Alors qu'il fallait se déplacer au musée du Prado à Madrid pour voir les Ménines (1656) de Diego de Valasquez on en trouve désormais des reproductions partout. Cela démocratise l'accès à l'art mais l'œuvre perd une partie du mystère qui en faisait l'attrait
  • C'est son « aura », l'expérience intime de la rencontre entre un spectateur et une œuvre, qui disparaît
  • À notre époque, l'œuvre n'est plus nécessairement signée, ni ne prétend à la beauté; elle n'est pas systématiquement exposée dans une institution, ni conservée, elle peut même être détruite

D'où la nécessité de prêter attention aux intentions de l'artiste

  • Il n'y pas de qualités intrinsèques permettant d'identifier une œuvre d'art. Il faut donc être attentif à son aspect théorique et aux intentions de l'artiste.


  • L'extension du domaine de l'art entraîne ce que le critique Harold Rosenberg appelle dans La Tradition du nouveau (1959) un processus de « dés-esthétisation» et de « dé-définition» de l'art.


  • L'artiste ne chercherait plus qu'une chose: la nouveauté à tout prix, au mépris de toute autre règle.


  • Il en ressort une circularité décevante: l'œuvre d'art serait ce que produit l'artiste, et l'artiste serait celui qui produit des œuvres d'art.


  • le philosophe Nelson Goodman estime dans Langages de l'art (1968) qu'il n'y a pas d'objets dont les qualités intrinsèques permettent de dire que ce sont des œuvres d'art


  • Il n'y a que des objets qui fonctionnent comme des œuvres d'art


  • Exemple : une pierre sur le bord de la route n'est pas une œuvre d'art, mais mise sous cloche et exposée dans un musée, elle le devient.


  • Non seulement l'institution artistique reconnait la pierre en tant qu'oeuvre et la légitime, mais la démarche intellectuelle de l'artiste transforme l’objet en oeuvre, en exhibant ses caractéristiques et ses propriétés.


  • inversement, si une toile de maitre est ut-lisée pour réparer une fenêtre cassée, elle perd son statut d'œuvre d'art parce qu'elle est réduite à une fonction: couper le vent.


  • Ses caracteristiques artistiques sont masquées par son utilité: on n'y prête plus attention.


  • l'appréciation de l'œuvre d'art s'accompagne de la clarification des intentions de(s) (l')artiste(s).


  • Cela signifie que l'appréciation de l'art a un aspect théorique, qui met en lumière des aspects ordinairement cachés de la réalité.


  • cela comporte un risque: à trop rechercher l'originalité sur le plan intellectuel, n'oublie-t-on pas que l'appréciation de l'œuvre d'art est également l'affaire des sens?


  • Et que l'on peut apprécier une œuvre sans contexte, sans prêter attention aux intentions?


Puisque l'art est souvent défini comme la recherche consciente de la beauté, et que l'on conçoit traditionnellement la nature comme la source des créations les plus belles, on a longtemps pensé que l'objectif de l'art était d'imiter la nature. Mais c'était manquer ce qui fait l'essence de la création artistique Pimagination et 'inventivité au service du plaisir esthétique. Mais si 'artiste génial est capable de produire du beau, n'est-ce qu'en vertu de son talent ? Ou inverse ment, les œuvres d'art ne sont-elles pas plutôt le résultat d'un travail acharné? Ce travail obéit à une orientation chaque discipline a des « canons», de même qu'il y a des critéres d'identification des œuvres d'art. Pourtant, l'évolution conter-poraine de l'art montre que ces critères peuvent manquer à l'appel. Il s'agit donc de décentrer notre regard de l'œuvre. Pour recevoir et apprécier une ceuvre, le spectateur est désormais appelé à prendre en compte l'intention de l'artiste et les logiques qui président à son élaboration

Définition

Artisan
personne qui réalise manuellement des objets utiles nécessitant un savoir-faire professionnel. Par exemple, un coutelier, qui utilise son art pour fabriquer des couteaux, est un artisan.
Artiste
personne qui imagine et réalise consciemment des œuvres d'art. La plupart du temps, l'artiste cherche à produire de la beauté et de la nouveauté.
Aura
attrait exercé par l'œuvre d'art dans la confrontation directe avec le spectateur. Garantie d'une expérience authentique, c'est-à-dire unique et personnelle, de l'œuvre, elle disparaît dans la reproduction technique.
Beau
selon Emmanuel Kant, sentiment de plaisir d'ordre esthétique issu à la fois des sens et de la raison. Ce sentiment est subjectif et pourtant universel. Nous l'éprouvons dans la rencontre avec des objets naturels ou des œuvres d'art.
Esthétique
l'esthétique désigne à la fois le caractère de ce qui est beau et la branche de la philosophie qui étudie l'art.
Génie
chez Emmanuel Kant, se dit de celui qui, possédant un talent naturel, est capable de produire de belles œuvres. Ces œuvres font référence dans le champ artistique.
Œuvre
création résultant du travail d'un ou plusieurs artistes, et ayant généralement une visée esthétique. Un chef-d'œuvre est une œuvre particulièrement réussie, tendant vers la perfection selon les canons en vigueur.