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Participation politiques et élections - La fin du syndicalisme ? Politisation et élections dans le travail

Les syndicats de travailleurs ont toujours été parmi les groupes d’intérêt les plus puissants

Leur histoire est intimement liée à l’évolution des structures socio-économiques puisque la forme syndicale actuelle a commencé à se développer à partir de la révolution industrielle s’appuyant ainsi sur des associations ouvrières préexistantes de type mutualiste.

Un groupe d’intérêt est une structure organisée qui défend collectivement un intérêt spécifique au sein d’un système politique donné

Il cherche à influencer le pouvoir politique sur lequel il exerce son influence : il est important de distinguer les groupes d’intérêt des partis politiques qui visent la conquête du pouvoir tandis que les groupes d’intérêt cherchent à l’influencer

Il est à noter qu’une association ou un groupe d’intérêt peut modifier sa stratégie et chercher à conquérir le pouvoir

Par exemple, Les Verts et Chasse, Pêche, Nature et Traditions (devenu le Mouvement pour la ruralité) sont passés d’un groupe d’intérêt à un parti politique


❖ L'essor historique du syndicalisme dans les sociétés industrielles


La naissance des syndicats comme groupes d'intérêt

La croissance du mouvement ouvrier et la construction de l’État social ont fourni un cadre propice au développement du mouvement syndical au XIXe siècle

Cela a conduit à la reconnaissance juridique de la forme syndicale et à la fondation de grandes organisations syndicales telles que Trade Union Congress au Royaume-Uni en 1869 et la Confédération générale du travail (CGT) en France en 1895

Par la suite, le syndicalisme s’est élargi et diversifié avec la création de la Confédération française des travailleurs catholiques en 1919, du Conseil national du patronat français en 1945, de Force ouvrière en 1947 et de la Confédération française des travailleurs en 1967

Le développement du syndicalisme a varié considérablement d’un pays à l’autre, avec un syndicalisme de masse dans certains pays et des effectifs beaucoup plus faibles en France

En 2019, le taux de syndicalisation en France était de 10,3 %, l’un des plus faibles de l’Union européenne tandis qu’il était d’environ 50 % en Belgique et dans les pays scandinaves, de 30 % en Italie et de 20 % en Allemagne et en Italie

Malgré ces variations, les syndicats ont joué un rôle central dans l’action publique dans la plupart des systèmes notamment dans la gestion des institutions auxquelles ils sont plus ou moins étroitement associés : il existe également des différences selon les périodes

En France, le terme de « crise du syndicalisme » est apparu à partir des années 1970 marquant le passage d’une période d’expansion des effectifs à une période de déclin en raison du chômage de masse, de la désindustrialisation et des crises économiques successives : une crise du syndicalisme qui souligne l’affaiblissement des effectifs syndicalistes

Les syndicats ont connu un déclin de leur influence au sein de la population active dans tous les pays européens entre 1970 et 1980 avec une réduction de moitié de leurs effectifs

Cette période a également vu émerger des critiques concernant leur incapacité à s’adapter aux problèmes sociaux de l’époque. De nouveaux acteurs syndicaux ont fait leur apparition tels que le syndicat Sud qui soutient les « sans » (sans-papiers, sans emploi...) et qui est proche de la Ligue communiste révolutionnaire, d'autres syndicats cherchent à se positionner sur des enjeux différents


❖ Comment fonctionne un syndicat ?


Les salariés votent aux élections professionnelles pour élire des représentants à des organes spécifiques notamment le Conseil socio-économique, obligatoire pour les entreprises de 11 salariés et plus

Mise en place par Emmanuel Macron (1977) en 2017, cette structure a remplacé les délégués du personnel qui représentaient les salariés auprès de la direction et les comités d’entreprises qui négociaient des avantages sociaux (colos, chèques...) et donnait son avis sur les licenciements

Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail était quant à lui chargé de la sécurité au travail notamment en cas d’accidents ou de harcèlement


Ces élections permettent de mesurer l’audience électorale des syndicats et de déterminer les critères de représentativité

Le respect de ces critères donne droit à la négociation d’accords, à la désignation de délégués syndicaux (les élus) et à la participation au « dialogue social »

Cette représentativité permet de signer des accords collectifs au niveau de l’entreprise (règles internes), du secteur (impact sur les salaires, les conditions de travail et le droit des salariés) et national

Le vote en entreprise lors des élections professionnelles est un élément central de la légitimation du contre-pouvoir syndical

Comme le souligne Tristan Haute (inc), ce vote se distingue du vote politique classique par son ancrage dans les structures de travail : ce dernier dépend en effet de la taille des entreprises, de la stabilité des collectifs de travail (contrats précaires, intérimaires...) et de la présence syndicale

La participation au vote pour les élections professionnelles varie selon les catégories sociales : elle est plus élevée dans les grandes organisations dans le secteur public ou là où les syndicats sont historiquement mieux implantés

À l’inverse, elle est plus faible dans le secteur privé, notamment dans les petites entreprises et parmi les employés précaires, éloignés des dispositifs de représentation


Cette opposition entre public et privé s’explique par la plus grande stabilité des carrières dans le secteur public, ce qui entraîne des techniques de travail plus durables et une institutionnalisation plus forte des syndicats favorisant ainsi la participation électorale et l’adhésion

De plus, les agents publics sont davantage socialisés à des logiques de défense de statut et de droits collectifs. Dans le secteur privé, les carrières sont plus individualisées et concurrentielles avec une plus grande précarité et une crainte de sanction qui peuvent freiner l’engagement syndical

Haute montre que le vote en entreprise traduit moins des préférences idéologiques que des formes d’intégration dans des collectifs de travail


Les cotisations des adhérents représentent 30 % du budget des syndicats

Leur budget provient également des finances publiques et paritaires, dont l’accès dépend de l’audience électorale

Les syndicats représentatifs bénéficient de moyens matériels tels que les heures de délégation, l’accès aux instances et le financement par le fonds paritaire de financement du dialogue social qui redistribue les ressources en fonction de la représentativité mesurée lors des élections

Les financements professionnels sont souvent étudiés en science politique car ils influencent les pratiques syndicales

Les militants se retrouvent de plus en plus dans des instances de dialogue social et doivent cumuler des mandats de représentation ce qui est d’autant plus vrai dans un contexte de diminution des effectifs militants

Cependant, Christian Dufour (1949) suggère qu’il faut plutôt considérer ces formes d’action comme un continuum de représentations, qui ne se limite pas à la seule représentativité électorale du personnel

L’activité syndicale consiste en effet à construire un collectif, c’est-à-dire à faire émerger un sens commun malgré la diversité voire la contradiction des points de vue et des situations individuelles

Cette représentation implique une capacité à formuler et structurer des revendications, à produire des soutiens parmi les salariés et à articuler mobilisation et négociations

Par conséquent, les syndicats ne se limitent pas à la simple représentation électorale du personnel. Ils jouent un rôle crucial dans la construction d’un collectif et la formulation de revendications qui tiennent compte de la diversité des points de vue et des situations individuelles et ils ne se contentent pas de représenter des intérêts déjà constitués mais participent activement à leur élaboration et à leur mise en forme dans l’espace du travail


Peut-on parler d'une crise du syndicalisme ?


✦ Quelques fausses idées

Le taux de syndicalisation en France est nettement inférieur à celui des autres pays européens. Il convient toutefois de nuancer cette comparaison car le syndicalisme revêt des formes spécifiques à chaque pays.

Dans les pays scandinaves et en Belgique, les syndicats fonctionnent sur le modèle d’un syndicalisme de services

En France, en revanche, l’accès au système de protection sociale est ouvert à tous les salariés sans restriction tandis que dans d’autres pays, il a longtemps été réservé aux adhérents des syndicats qui en assuraient la gestion

Le taux d’adhésion élevé observé dans ces pays s’explique principalement par le fait que les salariés perçoivent un intérêt personnel à s’affilier à un syndicat

En France, une séparation s’est opérée entre les syndicats et la gestion des mutuelle


Le syndicalisme français s’est développé sur un modèle révolutionnaire fondé sur un engagement militant, des convictions profondes et une participation active aux luttes sociales

Aujourd’hui, les syndicats peuvent apporter une aide individuelle notamment dans la fonction publique pour la gestion des carrières ce qui contribue à maintenir une image positive du syndicalisme sans nécessairement encourager l’adhésion

Le phénomène du « passager clandestin » reste important d’autant que l’adhésion est perçue comme un risque

En 2019, 29 % des actifs estimaient qu’elle pouvait être source de discrimination : par ailleurs, il est essentiel d’analyser les différents syndicats dans le contexte plus large de la crise du travail. L’individualisation des carrières, la méritocratie et la mise en place de systèmes de rémunération basés sur la performance sont autant de facteurs qui influencent le paysage syndical actuel

La concurrence entre les salariés affaiblit les solidarités collectives et les mobilisations possibles, y compris celles du syndicat

Les souffrances au travail favorisent également une forme de résignation et un recul de l’engagement au sens large. Parallèlement, le travail perd son rôle d’intégration sociale et de vecteur de citoyenneté, notamment en raison du chômage et de la précarité


Il est important de noter que l’évolution du rapport des salariés aux syndicats est loin d’être univoque

La proportion de salariés indifférents augmente, mais cela ne signifie pas nécessairement un rejet du syndicalisme

Il s’agit plutôt d’une distance qui s’installe entre les salariés et les syndicats : ce sont uniquement parmi les salariés qui travaillent dans des organisations dépourvues de présence syndicale et dans les catégories supérieures du salariat privé (notamment les cadres) que les opinions négatives sur les syndicats sont majoritaires. En revanche, la perception du rôle des syndicats reste majoritairement positive parmi les salariés qui fréquentent des représentants syndicaux sur leurs lieux de travail


Dans son ouvrage intitulé Engagement syndical et sociabilité parmi des ouvrières de blanchisserie. 2018, Yasmine Siblot (1975) explore les dynamiques au sein du noyau dur des syndicats, en se concentrant sur des femmes immigrées issues du milieu ouvrier

Contrairement aux attentes, son étude révèle des dynamiques complexes au sein de ce groupe

Ces femmes entretiennent un rapport actif aux institutions et sont déterminées à défendre leurs conditions de travail et à préserver leurs valeurs sociales. Cependant, leur militantisme reste localisé

 Elles se valorisent comme ayant des droits et accordent une grande importance à leur apparence afin de s’affirmer en tant que femmes


❖ Les logiques de politisation du travail


Pour les pouvoirs publics, les syndicats servent de baromètre pour mesurer la conflictualité au travail

➞ Pour Sophie Duchesne (inc) et Florence Haegel (1958), la conflictualité est une dimension centrale de la politisation

Elle correspond au processus par lequel des désaccords sont transformés en opposition explicite et en intérêts, ce qui implique une montée en généralité ainsi que la désignation d’un groupe opposé et l’expression assumée du conflit

Appliquée au travail, cela signifie la transformation de problèmes professionnels en conflits entre salariés et direction

Le conflit n’est pas une dérive, mais une dimension courante de la vie sociale et politique

C’est la capacité à formuler des désaccords en termes d’opposition d’intérêts qui constitue un mécanisme de politisation : le travail est une instance de socialisation secondaire qui reste un espace où se construisent les représentations socio-politiques

Autrement dit, on se situe par rapport aux autres dans une logique de groupe ou de classe et l'on prend conscience de sa position dans la hiérarchie et dans les rapports de production

On y développe une vision du monde social, par exemple ce qu’est la dignité au travail, ce qui est juste ou injuste et ce qui passe par le rapport au travail : cela permet de transformer des expériences individuelles en collectives, susceptibles d’être politisées

Prenons l’exemple du burn-out : il y a eu la capacité de sortir l’individuel pour le collectif, une variable qui permet la mobilisation du sentiment d’appartenance par l’action syndicale

La politisation au travail est donc l’ensemble de ces mécanismes : des interactions quotidiennes, des événements déclencheurs mais aussi des interventions de militants qui vont transformer des expériences individuelles en engagement collectif. Le syndicat va mettre en forme des expériences individuelles pour en faire un engagement collectif


❖ Comprendre l'engagement syndical


L’analyse par carrière examine le parcours professionnel des individus au sein des mouvements sociaux afin de comprendre les facteurs qui influencent leur décision d’engagement

Issu de la sociologie de la déviance, le concept de carrière décrit un processus où les attitudes et comportements actuels sont façonnés par les expériences passées et influencés par les opportunités futures, permettant ainsi de retracer les périodes d’engagement tout au long du cycle de vie

Cette approche relie les trajectoires individuelles aux ruptures et continuités historiques ou biographiques expliquant ainsi l’engagement ou le désengagement

Adoptant une perspective de carrière militante, l’engagement syndical des blanchisseuses s’explique par leur engagement syndical antérieur et par la manière dont elles redéfinissent progressivement leurs possibilités

Siblot reconnaît avoir initialement surestimé l’influence d’un héritage militant avant de reconsidérer la trajectoire sociale et syndicale des personnes interrogées

Les conditions initiales de ces trajectoires sont celles de femmes populaires, filles d’immigrés, durablement installées dans des positions subalternes, faiblement rémunérées, majoritairement de catégorie fonctionnaires C avec une forte proportion de contractuelles

Ces données indiquent que leurs carrières professionnelles se construisent dans un environnement de travail peu valorisé, influençant la forme de leur engagement. Siblot souligne également une faible transmission familiale sur ce sujet avec quelques mentions de pères syndiqués mais les personnes interrogées connaissent peu de choses de cet engagement

Les déclencheurs décisifs sont des moments précis et situés (grèves, mobilisations pour la titularisation de collègues, rencontres) : ce sont ces événements biographiques qui poussent ces salariées vers une implication politique


On peut également évoquer des continuités

Les enquêtées ont hérité d’un rapport actif aux institutions lié à leur proximité familiale avec le secteur public : elles n’ont pas tant hérité d’une culture syndicale que d’une socialisation au statut

Autrement dit, avoir des proches agents publics les a familiarisées avec la notion de droit, l’usage de ces administrations et la défense de ressources institutionnelles

Cette continuité se retrouve dans d’autres domaines de leurs vies comme les relances qu’elles font pour obtenir un logement social, leur investissement fort dans le suivi scolaire de leurs enfants et leur rapport fort aux institutions

La notion de condition sociale doit être entendue dans ses dimensions objectives et subjectives et comme renvoyant simultanément à des rapports sociaux de classe, de sexe et de race

Renouveler l’analyse des formes d’engagement en milieu populaire suppose de prêter attention aux représentations du monde social, aux normes, au contexte et aux pratiques qui favorisent de tels rapports mobilisés à sa condition sociale et de rendre compte des formes variées que prennent ces rapports à sa condition

Il s’agit d’un ensemble de dispositions et de pratiques par lequel les individus agissent individuellement ou collectivement pour défendre leurs conditions matérielles et leur dignité sociale, avec une volonté d’avoir prise sur leur destin social



Participation politiques et élections - La fin du syndicalisme ? Politisation et élections dans le travail

Les syndicats de travailleurs ont toujours été parmi les groupes d’intérêt les plus puissants

Leur histoire est intimement liée à l’évolution des structures socio-économiques puisque la forme syndicale actuelle a commencé à se développer à partir de la révolution industrielle s’appuyant ainsi sur des associations ouvrières préexistantes de type mutualiste.

Un groupe d’intérêt est une structure organisée qui défend collectivement un intérêt spécifique au sein d’un système politique donné

Il cherche à influencer le pouvoir politique sur lequel il exerce son influence : il est important de distinguer les groupes d’intérêt des partis politiques qui visent la conquête du pouvoir tandis que les groupes d’intérêt cherchent à l’influencer

Il est à noter qu’une association ou un groupe d’intérêt peut modifier sa stratégie et chercher à conquérir le pouvoir

Par exemple, Les Verts et Chasse, Pêche, Nature et Traditions (devenu le Mouvement pour la ruralité) sont passés d’un groupe d’intérêt à un parti politique


❖ L'essor historique du syndicalisme dans les sociétés industrielles


La naissance des syndicats comme groupes d'intérêt

La croissance du mouvement ouvrier et la construction de l’État social ont fourni un cadre propice au développement du mouvement syndical au XIXe siècle

Cela a conduit à la reconnaissance juridique de la forme syndicale et à la fondation de grandes organisations syndicales telles que Trade Union Congress au Royaume-Uni en 1869 et la Confédération générale du travail (CGT) en France en 1895

Par la suite, le syndicalisme s’est élargi et diversifié avec la création de la Confédération française des travailleurs catholiques en 1919, du Conseil national du patronat français en 1945, de Force ouvrière en 1947 et de la Confédération française des travailleurs en 1967

Le développement du syndicalisme a varié considérablement d’un pays à l’autre, avec un syndicalisme de masse dans certains pays et des effectifs beaucoup plus faibles en France

En 2019, le taux de syndicalisation en France était de 10,3 %, l’un des plus faibles de l’Union européenne tandis qu’il était d’environ 50 % en Belgique et dans les pays scandinaves, de 30 % en Italie et de 20 % en Allemagne et en Italie

Malgré ces variations, les syndicats ont joué un rôle central dans l’action publique dans la plupart des systèmes notamment dans la gestion des institutions auxquelles ils sont plus ou moins étroitement associés : il existe également des différences selon les périodes

En France, le terme de « crise du syndicalisme » est apparu à partir des années 1970 marquant le passage d’une période d’expansion des effectifs à une période de déclin en raison du chômage de masse, de la désindustrialisation et des crises économiques successives : une crise du syndicalisme qui souligne l’affaiblissement des effectifs syndicalistes

Les syndicats ont connu un déclin de leur influence au sein de la population active dans tous les pays européens entre 1970 et 1980 avec une réduction de moitié de leurs effectifs

Cette période a également vu émerger des critiques concernant leur incapacité à s’adapter aux problèmes sociaux de l’époque. De nouveaux acteurs syndicaux ont fait leur apparition tels que le syndicat Sud qui soutient les « sans » (sans-papiers, sans emploi...) et qui est proche de la Ligue communiste révolutionnaire, d'autres syndicats cherchent à se positionner sur des enjeux différents


❖ Comment fonctionne un syndicat ?


Les salariés votent aux élections professionnelles pour élire des représentants à des organes spécifiques notamment le Conseil socio-économique, obligatoire pour les entreprises de 11 salariés et plus

Mise en place par Emmanuel Macron (1977) en 2017, cette structure a remplacé les délégués du personnel qui représentaient les salariés auprès de la direction et les comités d’entreprises qui négociaient des avantages sociaux (colos, chèques...) et donnait son avis sur les licenciements

Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail était quant à lui chargé de la sécurité au travail notamment en cas d’accidents ou de harcèlement


Ces élections permettent de mesurer l’audience électorale des syndicats et de déterminer les critères de représentativité

Le respect de ces critères donne droit à la négociation d’accords, à la désignation de délégués syndicaux (les élus) et à la participation au « dialogue social »

Cette représentativité permet de signer des accords collectifs au niveau de l’entreprise (règles internes), du secteur (impact sur les salaires, les conditions de travail et le droit des salariés) et national

Le vote en entreprise lors des élections professionnelles est un élément central de la légitimation du contre-pouvoir syndical

Comme le souligne Tristan Haute (inc), ce vote se distingue du vote politique classique par son ancrage dans les structures de travail : ce dernier dépend en effet de la taille des entreprises, de la stabilité des collectifs de travail (contrats précaires, intérimaires...) et de la présence syndicale

La participation au vote pour les élections professionnelles varie selon les catégories sociales : elle est plus élevée dans les grandes organisations dans le secteur public ou là où les syndicats sont historiquement mieux implantés

À l’inverse, elle est plus faible dans le secteur privé, notamment dans les petites entreprises et parmi les employés précaires, éloignés des dispositifs de représentation


Cette opposition entre public et privé s’explique par la plus grande stabilité des carrières dans le secteur public, ce qui entraîne des techniques de travail plus durables et une institutionnalisation plus forte des syndicats favorisant ainsi la participation électorale et l’adhésion

De plus, les agents publics sont davantage socialisés à des logiques de défense de statut et de droits collectifs. Dans le secteur privé, les carrières sont plus individualisées et concurrentielles avec une plus grande précarité et une crainte de sanction qui peuvent freiner l’engagement syndical

Haute montre que le vote en entreprise traduit moins des préférences idéologiques que des formes d’intégration dans des collectifs de travail


Les cotisations des adhérents représentent 30 % du budget des syndicats

Leur budget provient également des finances publiques et paritaires, dont l’accès dépend de l’audience électorale

Les syndicats représentatifs bénéficient de moyens matériels tels que les heures de délégation, l’accès aux instances et le financement par le fonds paritaire de financement du dialogue social qui redistribue les ressources en fonction de la représentativité mesurée lors des élections

Les financements professionnels sont souvent étudiés en science politique car ils influencent les pratiques syndicales

Les militants se retrouvent de plus en plus dans des instances de dialogue social et doivent cumuler des mandats de représentation ce qui est d’autant plus vrai dans un contexte de diminution des effectifs militants

Cependant, Christian Dufour (1949) suggère qu’il faut plutôt considérer ces formes d’action comme un continuum de représentations, qui ne se limite pas à la seule représentativité électorale du personnel

L’activité syndicale consiste en effet à construire un collectif, c’est-à-dire à faire émerger un sens commun malgré la diversité voire la contradiction des points de vue et des situations individuelles

Cette représentation implique une capacité à formuler et structurer des revendications, à produire des soutiens parmi les salariés et à articuler mobilisation et négociations

Par conséquent, les syndicats ne se limitent pas à la simple représentation électorale du personnel. Ils jouent un rôle crucial dans la construction d’un collectif et la formulation de revendications qui tiennent compte de la diversité des points de vue et des situations individuelles et ils ne se contentent pas de représenter des intérêts déjà constitués mais participent activement à leur élaboration et à leur mise en forme dans l’espace du travail


Peut-on parler d'une crise du syndicalisme ?


✦ Quelques fausses idées

Le taux de syndicalisation en France est nettement inférieur à celui des autres pays européens. Il convient toutefois de nuancer cette comparaison car le syndicalisme revêt des formes spécifiques à chaque pays.

Dans les pays scandinaves et en Belgique, les syndicats fonctionnent sur le modèle d’un syndicalisme de services

En France, en revanche, l’accès au système de protection sociale est ouvert à tous les salariés sans restriction tandis que dans d’autres pays, il a longtemps été réservé aux adhérents des syndicats qui en assuraient la gestion

Le taux d’adhésion élevé observé dans ces pays s’explique principalement par le fait que les salariés perçoivent un intérêt personnel à s’affilier à un syndicat

En France, une séparation s’est opérée entre les syndicats et la gestion des mutuelle


Le syndicalisme français s’est développé sur un modèle révolutionnaire fondé sur un engagement militant, des convictions profondes et une participation active aux luttes sociales

Aujourd’hui, les syndicats peuvent apporter une aide individuelle notamment dans la fonction publique pour la gestion des carrières ce qui contribue à maintenir une image positive du syndicalisme sans nécessairement encourager l’adhésion

Le phénomène du « passager clandestin » reste important d’autant que l’adhésion est perçue comme un risque

En 2019, 29 % des actifs estimaient qu’elle pouvait être source de discrimination : par ailleurs, il est essentiel d’analyser les différents syndicats dans le contexte plus large de la crise du travail. L’individualisation des carrières, la méritocratie et la mise en place de systèmes de rémunération basés sur la performance sont autant de facteurs qui influencent le paysage syndical actuel

La concurrence entre les salariés affaiblit les solidarités collectives et les mobilisations possibles, y compris celles du syndicat

Les souffrances au travail favorisent également une forme de résignation et un recul de l’engagement au sens large. Parallèlement, le travail perd son rôle d’intégration sociale et de vecteur de citoyenneté, notamment en raison du chômage et de la précarité


Il est important de noter que l’évolution du rapport des salariés aux syndicats est loin d’être univoque

La proportion de salariés indifférents augmente, mais cela ne signifie pas nécessairement un rejet du syndicalisme

Il s’agit plutôt d’une distance qui s’installe entre les salariés et les syndicats : ce sont uniquement parmi les salariés qui travaillent dans des organisations dépourvues de présence syndicale et dans les catégories supérieures du salariat privé (notamment les cadres) que les opinions négatives sur les syndicats sont majoritaires. En revanche, la perception du rôle des syndicats reste majoritairement positive parmi les salariés qui fréquentent des représentants syndicaux sur leurs lieux de travail


Dans son ouvrage intitulé Engagement syndical et sociabilité parmi des ouvrières de blanchisserie. 2018, Yasmine Siblot (1975) explore les dynamiques au sein du noyau dur des syndicats, en se concentrant sur des femmes immigrées issues du milieu ouvrier

Contrairement aux attentes, son étude révèle des dynamiques complexes au sein de ce groupe

Ces femmes entretiennent un rapport actif aux institutions et sont déterminées à défendre leurs conditions de travail et à préserver leurs valeurs sociales. Cependant, leur militantisme reste localisé

 Elles se valorisent comme ayant des droits et accordent une grande importance à leur apparence afin de s’affirmer en tant que femmes


❖ Les logiques de politisation du travail


Pour les pouvoirs publics, les syndicats servent de baromètre pour mesurer la conflictualité au travail

➞ Pour Sophie Duchesne (inc) et Florence Haegel (1958), la conflictualité est une dimension centrale de la politisation

Elle correspond au processus par lequel des désaccords sont transformés en opposition explicite et en intérêts, ce qui implique une montée en généralité ainsi que la désignation d’un groupe opposé et l’expression assumée du conflit

Appliquée au travail, cela signifie la transformation de problèmes professionnels en conflits entre salariés et direction

Le conflit n’est pas une dérive, mais une dimension courante de la vie sociale et politique

C’est la capacité à formuler des désaccords en termes d’opposition d’intérêts qui constitue un mécanisme de politisation : le travail est une instance de socialisation secondaire qui reste un espace où se construisent les représentations socio-politiques

Autrement dit, on se situe par rapport aux autres dans une logique de groupe ou de classe et l'on prend conscience de sa position dans la hiérarchie et dans les rapports de production

On y développe une vision du monde social, par exemple ce qu’est la dignité au travail, ce qui est juste ou injuste et ce qui passe par le rapport au travail : cela permet de transformer des expériences individuelles en collectives, susceptibles d’être politisées

Prenons l’exemple du burn-out : il y a eu la capacité de sortir l’individuel pour le collectif, une variable qui permet la mobilisation du sentiment d’appartenance par l’action syndicale

La politisation au travail est donc l’ensemble de ces mécanismes : des interactions quotidiennes, des événements déclencheurs mais aussi des interventions de militants qui vont transformer des expériences individuelles en engagement collectif. Le syndicat va mettre en forme des expériences individuelles pour en faire un engagement collectif


❖ Comprendre l'engagement syndical


L’analyse par carrière examine le parcours professionnel des individus au sein des mouvements sociaux afin de comprendre les facteurs qui influencent leur décision d’engagement

Issu de la sociologie de la déviance, le concept de carrière décrit un processus où les attitudes et comportements actuels sont façonnés par les expériences passées et influencés par les opportunités futures, permettant ainsi de retracer les périodes d’engagement tout au long du cycle de vie

Cette approche relie les trajectoires individuelles aux ruptures et continuités historiques ou biographiques expliquant ainsi l’engagement ou le désengagement

Adoptant une perspective de carrière militante, l’engagement syndical des blanchisseuses s’explique par leur engagement syndical antérieur et par la manière dont elles redéfinissent progressivement leurs possibilités

Siblot reconnaît avoir initialement surestimé l’influence d’un héritage militant avant de reconsidérer la trajectoire sociale et syndicale des personnes interrogées

Les conditions initiales de ces trajectoires sont celles de femmes populaires, filles d’immigrés, durablement installées dans des positions subalternes, faiblement rémunérées, majoritairement de catégorie fonctionnaires C avec une forte proportion de contractuelles

Ces données indiquent que leurs carrières professionnelles se construisent dans un environnement de travail peu valorisé, influençant la forme de leur engagement. Siblot souligne également une faible transmission familiale sur ce sujet avec quelques mentions de pères syndiqués mais les personnes interrogées connaissent peu de choses de cet engagement

Les déclencheurs décisifs sont des moments précis et situés (grèves, mobilisations pour la titularisation de collègues, rencontres) : ce sont ces événements biographiques qui poussent ces salariées vers une implication politique


On peut également évoquer des continuités

Les enquêtées ont hérité d’un rapport actif aux institutions lié à leur proximité familiale avec le secteur public : elles n’ont pas tant hérité d’une culture syndicale que d’une socialisation au statut

Autrement dit, avoir des proches agents publics les a familiarisées avec la notion de droit, l’usage de ces administrations et la défense de ressources institutionnelles

Cette continuité se retrouve dans d’autres domaines de leurs vies comme les relances qu’elles font pour obtenir un logement social, leur investissement fort dans le suivi scolaire de leurs enfants et leur rapport fort aux institutions

La notion de condition sociale doit être entendue dans ses dimensions objectives et subjectives et comme renvoyant simultanément à des rapports sociaux de classe, de sexe et de race

Renouveler l’analyse des formes d’engagement en milieu populaire suppose de prêter attention aux représentations du monde social, aux normes, au contexte et aux pratiques qui favorisent de tels rapports mobilisés à sa condition sociale et de rendre compte des formes variées que prennent ces rapports à sa condition

Il s’agit d’un ensemble de dispositions et de pratiques par lequel les individus agissent individuellement ou collectivement pour défendre leurs conditions matérielles et leur dignité sociale, avec une volonté d’avoir prise sur leur destin social