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Participation politique et élections - Pourquoi se mobiliser : les différentes logiques de l'action collective

La participation politique conventionnelle englobe le vote ainsi que l’ensemble des comportements liés au processus électoral, tels que l’inscription sur les listes électorales et la participation à une campagne

Elle inclut également l’engagement partisan comme l’adhésion et le militantisme ou plus généralement, l’engagement politique comme s’informer, discuter et débattre de la politique

La participation politique non conventionnelle quant à elle, désigne les activités politiques de type protestataire telles que les pétitions, les manifestations et l’occupation de bâtiments

Ces deux formes de participation peuvent se mêler par exemple, lorsqu’il s’agit de taguer sur un mur pour une campagne ou d’avoir recours à des modes de financement prohibés

Il est important de noter que les participations non conventionnelles ne sont pas nécessairement disqualifiées : par exemple, les manifestations sauvages après le premier tour des élections de 2002 ont été qualifiées de civisme

➞ Le recours à la violence peut être considéré comme légitime par une partie de la population comme dans le cas de la résistance, de l’opposition à l’apartheid ou de la violence entre des colleurs d’affiches pendant la campagne électorale

En science politique, on s’intéresse de plus en plus aux formes de continuité entre ces deux types de participation

❖ Expliquer l'engagement dans l'action collective : entre frustration relative et dilemme du prisonnier


✦ L'action collective

Depuis les années 1990, l’action collective est un domaine d’analyse important en science politique : Erik Neveu (1952) la définit comme un agir ensemble intentionnel, c’est-à-dire une action concertée d’un ensemble d’acteurs dans une logique de revendication, de défense d’un intérêt matériel ou d’une cause

Elle n’est pas liée à une structure stable et les mouvements sociaux en sont des formes particulières


Les mouvements sociaux impliquent l’engagement d’acteurs individuels et organisés dans une action collective conflictuelle contre un adversaire afin de promouvoir ou de s’opposer à un changement social

Ils supposent des relations antagonistes entre des acteurs qui cherchent à contrôler un même enjeu, qu’il soit économique, culturel ou politique

⇾ Les mouvements sociaux se caractérisent par des initiatives concertées et coordonnées utilisant des stratégies et des ressources sous-tendues par des réseaux d’échanges denses et informels

➞ La formation d’une identité commune est essentielle aux mouvements sociaux

L’engagement partagé autour d’une même cause permet aux acteurs de se reconnaître non seulement comme liés les uns aux autres mais également comme appartenant à un mouvement plus large


Selon Michel Pignet (inc) et Daniel Tartakowsky (1947), les mouvements sociaux désignent toutes les interventions collectives visant à transformer les conditions d’existence de leurs acteurs, à contester les hiérarchies ou relations sociales et à générer pour cela des identités collectives

Les mouvements sociaux sont des expressions collectives de sentiments d’appartenance, visant à faire valoir des revendications auprès d’une autorité capable d’y répondre

 Contrairement au vote qui désigne un gouvernement, les mouvements sociaux cherchent à influencer et à faire pression sur les décideurs publics

Un exemple notable est la loi Devaquet de 1986 qui proposait une réforme de l’Université

Présentée par Alain Devaquet (1942-2018), ministre délégué aux universités sous le gouvernement de Jacques Chirac (1932-2019), cette réforme a suscité de vives mobilisations étudiantes. L’université française connaît alors une augmentation rapide du nombre d’étudiants, due à une massification de l’accès par le bas : des universités qui sont donc « surchargées » entraînant ainsi un fort taux d’échec en première année

La loi Faure de 1968 est remise en cause car jugée trop centralisée et peu compétitive. Le gouvernement souhaite alors réformer les universités en leur accordant davantage d’autonomie : elles pourraient gérer leurs budgets, définir leurs formations librement et recruter certains enseignants

Cette réforme s’attaque au statut des enseignants, à la sélection des étudiants à l’entrée (notamment via le baccalauréat) et prévoit une augmentation des frais d’inscription

Des manifestations de lycéens et de mineurs éclatent, notamment suite à la mort de Malik Oussekime (1964-1986) : des manifestations étudiantes qui s’amplifient et poussent le gouvernement à retirer la réforme, à destituer les voltigeurs (policiers) et à démissionner


❖ La frustration relative et les causes de lq révolte


La théorie de la frustration relative, développée par Ted Robert Gurr (1936-2017) cherche à expliquer la violence politique et les révoltes

Selon Gurr, plus la frustration est intense, plus la probabilité d’agressivité dirigée contre sa source augmente

Cette théorie s’inspire de la psychologie, qui suggère que la frustration peut engendrer des comportements agressifs, notamment lorsqu’elle est attribuée à une autorité ou à un système politique

La frustration relative désigne l’écart perçu entre les attentes des individus (ce qu’ils estiment mériter) et leur situation réelle (ce qu’ils obtiennent effectivement) : une frustration subjective et qui dépend de la manière dont les individus perçoivent leurs situations et leurs attentes


✦ Gurr distingue ainsi trois configurations selon les attentes

➞ Le modèle « déclinant » où les attentes demeurent stables face à une détérioration de la situation réelle : une forme de frustration qui apparaît souvent dans les contextes de crise économique ou politique et qui conduit au développement du mécontentement, à sa politisation et potentiellement, à un passage à l’action politique (protestations, révoltes, révolutions...)

➞ Le modèle « aspirationnel » avec des attentes en forte hausse mais une situation réelle relativement stable. Le mécontentement découle alors de l’augmentation des aspirations qui se heurtent à une situation relativement stable

L’exemple du Printemps arabe entre 2010 et 2012 illustre ce modèle

Le modèle « progressif » (ou courbe en J) lui se caractérise par une amélioration prolongée de la situation suivie d’une hausse plus brusque des attentes et d’une détérioration de la situation

La Révolution iranienne de 1979 illustre ce modèle


Plusieurs critiques ont été formulées à l’encontre de cette théorie

Tout d’abord, elle est jugée trop « mécaniste » car elle tend à supposer un lien quasi-automatique entre frustration et violence. De plus, la théorie rencontre des difficultés à expliquer le passage individuel au collectif

Si elle décrit efficacement le sentiment individuel de frustration, elle peine à expliquer comment ces frustrations se transforment en mobilisations collectives

Enfin, de nombreux travaux ultérieurs soulignent l’importance des entrepreneurs de mobilisation, ces groupes qui politisent les frustrations en les transformant en problèmes publics et à terme, en revendications politiques


❖ La nécessité de résoudre le dilemme du passager clandestin


L'approche de Mancur Olson (1932-1998)

Un passage clandestin est un individu qui profite des résultats d’une action collective sans y participer

Cela explique pourquoi certaines personnes ne participent pas aux grèves ou aux manifestations car même si l’action est couronnée de succès, elles bénéficient des mêmes avantages sans avoir à fournir d’efforts

Chaque personne cherche à maximiser son utilité marginale : ce ne sont pas les idées ou les causes qui la motivent à s’engager mais plutôt les coûts associés

Olson soutient que l’existence d’un mécontentement partagé ne suffit pas à produire une mobilisation : pour qu’une action collective ait lieu, il faut des incitations sélectives et des organisations capables de coordonner la mobilisation.

➞ Une théorie qui a fait l’objet de critiques, notamment de la part de Daniel Gaxie (1947) qui s’intéresse aux rétributions militantes et soutient que si l’attachement à la cause est un facteur de mobilisation politique, il est douteux qu’il soit le seul et le déterminant


Les analyses des partis politiques révèlent que la plupart des militants ne maîtrisent pas l’idéologie de leurs organisations et formulent plutôt des appréciations ponctuelles et décontextualisées

Il est toutefois important de reconnaître qu’il peut exister des mobiles idéologiques forts qui poussent à certaines idéologies politiques

Par exemple, le Parti communiste français entre les années 1920 et 1970 formait ses militants pour leur fournir un capital scolaire de substitution. En revanche, les études sur la droite politique montrent que la formation politique passe par des canaux autres que les organisations : il existe une méfiance traditionnelle à l’égard des formations dans d’autres partis politiques comme chez les Verts (parti écologiste). Des partis et des organisations militantes qui jouent donc, un rôle crucial dans la construction du lien entre les entrepreneurs politiques et leurs bases

Un parti politique est une organisation dont le but principal est d’acquérir le pouvoir. C'est une entité qui offre également diverses formes de rétribution à ses membres, notamment des avantages matériels tels que des postes locaux et nationaux, ainsi que des postes au sein de l’organisation politique

⇾ Au-delà de ça, il procure des récompenses symboliques comme le prestige, l’honneur et la reconnaissance du groupe

➞ Des rétributions qui à leur tour, alimentent l’intérêt des individus pour le militantisme

Le militantisme lui-même ainsi que le plaisir qu’il procure par les interactions sociales, les émotions et le sentiment de défendre une cause juste offrent des formes de rétribution intrinsèques


L’action collective : une forme de participation politique 


Contrairement au suffrage universel qui impose une vision régulée et encadrée de l’opinion politique par le biais du vote, la plupart des théoriciens de la participation politique ont longtemps exclu de leurs analyses les manifestations, les sit-ins, les pétitions, les marches (...) considérant ces formes d’action comme violentes

➞ On peut donc se demander dans quelle mesure la manifestation constitue-t-elle une forme d’action légitime : bien que d’autres moyens existent pour exprimer son opinion politique, la manifestation n’est pas explicitement inscrite dans la Constitution

Elle bénéficie d’une quasi-liberté constitutionnelle découlant de la liberté d’expression et de réunion énoncées dans le préambule de 1946 et ne jouit donc pas du même statut juridique que le vote ou le droit de grève

En pratique, la manifestation est légitime mais moins solidement institutionnalisée

Le 6 février 1934 lors de la tentative de prise de pouvoir par l’extrême droite, d’importantes mobilisations antifascistes émergent. La manifestation commence alors à être tolérée comme une forme légitime d’expression politique et s’impose progressivement comme un élément normal de la vie démocratique

Léon Blum (1872-1950) contribue à légitimer cette pratique qui s’avère compatible avec les institutions démocratiques

⇾ Finalement, l’aspect légitime de la manifestation dépendra également du cadre démocratique dans lequel elle se déroule


Charles Tilly (1929-2008) démontre que les formes d’action collectives populaires sont anciennes, antérieures à l’instauration de la démocratie représentative

Ce que l’on qualifiait autrefois de désordres, d’émeutes et de rébellions étaient en réalité des formes d’action collective à part entière

Selon lui, un répertoire d’action collective est un cadre juridique et judiciaire qui influence l’acceptation de certaines actions : ces dernières sont autorisées ou réprimées par la loi, ce qui affecte la mobilisation des acteurs

Ce répertoire est marqué par le poids des habitudes, des traditions militantes et de l’apprentissage collectif avec des acteurs qui ont tendance à reproduire des formes d’action qu’ils connaissent déjà et déjà utilisées par les générations précédentes de militants

Le niveau d’autorité du régime influence les répertoires d’action qui évoluent ainsi en conséquence

Le niveau de répression exercé par les autorités affecte les choix de modes d’action car il influence les coûts et les risques de mobilisation

➞ Ainsi, les caractéristiques des groupes mobilisés ont également un impact sur les formes d’action utilisées

En 1832 en Grande-Bretagne et en 1840 en France, on observe une concentration de l’État moderne et une extension progressive des droits du suffrage, intégrant les classes populaires au choix de la vie politique : une extension du capital et des modes de production qui a également un impact sur les modes d’action


Dans ce contexte, les acteurs sociaux acquièrent progressivement un répertoire d’action collective commun et dominant comprenant des manifestations, des défilés, des occupations, des grèves ainsi que des formes plus radicales comme les séquestrations et le terrorisme politique

Ce nouveau répertoire valorise la mobilisation en nombre, la discipline collective, la visibilité publique des revendications avec des logiques similaires à celles de la compétition électorale

Si la violence n’est pas totalement absente, elle est plutôt marginalisée ou condamnée : la légitimité des mobilisations repose davantage sur l’ampleur et l’organisation du mouvement

Tilly souligne que ce répertoire se distingue nettement des formes d’action du XVIIIe siècle car les mobilisations anciennes étaient souvent locales et patronnées par des notables. En revanche, ce nouveau répertoire d’action collective est plus autonome, organisé et national

Enfin, ce répertoire ne naît pas spontanément puisqu'il s’apprend et se transmet par la socialisation politique, notamment par l’engagement militant, les organisations et la culture politique locale



Participation politique et élections - Pourquoi se mobiliser : les différentes logiques de l'action collective

La participation politique conventionnelle englobe le vote ainsi que l’ensemble des comportements liés au processus électoral, tels que l’inscription sur les listes électorales et la participation à une campagne

Elle inclut également l’engagement partisan comme l’adhésion et le militantisme ou plus généralement, l’engagement politique comme s’informer, discuter et débattre de la politique

La participation politique non conventionnelle quant à elle, désigne les activités politiques de type protestataire telles que les pétitions, les manifestations et l’occupation de bâtiments

Ces deux formes de participation peuvent se mêler par exemple, lorsqu’il s’agit de taguer sur un mur pour une campagne ou d’avoir recours à des modes de financement prohibés

Il est important de noter que les participations non conventionnelles ne sont pas nécessairement disqualifiées : par exemple, les manifestations sauvages après le premier tour des élections de 2002 ont été qualifiées de civisme

➞ Le recours à la violence peut être considéré comme légitime par une partie de la population comme dans le cas de la résistance, de l’opposition à l’apartheid ou de la violence entre des colleurs d’affiches pendant la campagne électorale

En science politique, on s’intéresse de plus en plus aux formes de continuité entre ces deux types de participation

❖ Expliquer l'engagement dans l'action collective : entre frustration relative et dilemme du prisonnier


✦ L'action collective

Depuis les années 1990, l’action collective est un domaine d’analyse important en science politique : Erik Neveu (1952) la définit comme un agir ensemble intentionnel, c’est-à-dire une action concertée d’un ensemble d’acteurs dans une logique de revendication, de défense d’un intérêt matériel ou d’une cause

Elle n’est pas liée à une structure stable et les mouvements sociaux en sont des formes particulières


Les mouvements sociaux impliquent l’engagement d’acteurs individuels et organisés dans une action collective conflictuelle contre un adversaire afin de promouvoir ou de s’opposer à un changement social

Ils supposent des relations antagonistes entre des acteurs qui cherchent à contrôler un même enjeu, qu’il soit économique, culturel ou politique

⇾ Les mouvements sociaux se caractérisent par des initiatives concertées et coordonnées utilisant des stratégies et des ressources sous-tendues par des réseaux d’échanges denses et informels

➞ La formation d’une identité commune est essentielle aux mouvements sociaux

L’engagement partagé autour d’une même cause permet aux acteurs de se reconnaître non seulement comme liés les uns aux autres mais également comme appartenant à un mouvement plus large


Selon Michel Pignet (inc) et Daniel Tartakowsky (1947), les mouvements sociaux désignent toutes les interventions collectives visant à transformer les conditions d’existence de leurs acteurs, à contester les hiérarchies ou relations sociales et à générer pour cela des identités collectives

Les mouvements sociaux sont des expressions collectives de sentiments d’appartenance, visant à faire valoir des revendications auprès d’une autorité capable d’y répondre

 Contrairement au vote qui désigne un gouvernement, les mouvements sociaux cherchent à influencer et à faire pression sur les décideurs publics

Un exemple notable est la loi Devaquet de 1986 qui proposait une réforme de l’Université

Présentée par Alain Devaquet (1942-2018), ministre délégué aux universités sous le gouvernement de Jacques Chirac (1932-2019), cette réforme a suscité de vives mobilisations étudiantes. L’université française connaît alors une augmentation rapide du nombre d’étudiants, due à une massification de l’accès par le bas : des universités qui sont donc « surchargées » entraînant ainsi un fort taux d’échec en première année

La loi Faure de 1968 est remise en cause car jugée trop centralisée et peu compétitive. Le gouvernement souhaite alors réformer les universités en leur accordant davantage d’autonomie : elles pourraient gérer leurs budgets, définir leurs formations librement et recruter certains enseignants

Cette réforme s’attaque au statut des enseignants, à la sélection des étudiants à l’entrée (notamment via le baccalauréat) et prévoit une augmentation des frais d’inscription

Des manifestations de lycéens et de mineurs éclatent, notamment suite à la mort de Malik Oussekime (1964-1986) : des manifestations étudiantes qui s’amplifient et poussent le gouvernement à retirer la réforme, à destituer les voltigeurs (policiers) et à démissionner


❖ La frustration relative et les causes de lq révolte


La théorie de la frustration relative, développée par Ted Robert Gurr (1936-2017) cherche à expliquer la violence politique et les révoltes

Selon Gurr, plus la frustration est intense, plus la probabilité d’agressivité dirigée contre sa source augmente

Cette théorie s’inspire de la psychologie, qui suggère que la frustration peut engendrer des comportements agressifs, notamment lorsqu’elle est attribuée à une autorité ou à un système politique

La frustration relative désigne l’écart perçu entre les attentes des individus (ce qu’ils estiment mériter) et leur situation réelle (ce qu’ils obtiennent effectivement) : une frustration subjective et qui dépend de la manière dont les individus perçoivent leurs situations et leurs attentes


✦ Gurr distingue ainsi trois configurations selon les attentes

➞ Le modèle « déclinant » où les attentes demeurent stables face à une détérioration de la situation réelle : une forme de frustration qui apparaît souvent dans les contextes de crise économique ou politique et qui conduit au développement du mécontentement, à sa politisation et potentiellement, à un passage à l’action politique (protestations, révoltes, révolutions...)

➞ Le modèle « aspirationnel » avec des attentes en forte hausse mais une situation réelle relativement stable. Le mécontentement découle alors de l’augmentation des aspirations qui se heurtent à une situation relativement stable

L’exemple du Printemps arabe entre 2010 et 2012 illustre ce modèle

Le modèle « progressif » (ou courbe en J) lui se caractérise par une amélioration prolongée de la situation suivie d’une hausse plus brusque des attentes et d’une détérioration de la situation

La Révolution iranienne de 1979 illustre ce modèle


Plusieurs critiques ont été formulées à l’encontre de cette théorie

Tout d’abord, elle est jugée trop « mécaniste » car elle tend à supposer un lien quasi-automatique entre frustration et violence. De plus, la théorie rencontre des difficultés à expliquer le passage individuel au collectif

Si elle décrit efficacement le sentiment individuel de frustration, elle peine à expliquer comment ces frustrations se transforment en mobilisations collectives

Enfin, de nombreux travaux ultérieurs soulignent l’importance des entrepreneurs de mobilisation, ces groupes qui politisent les frustrations en les transformant en problèmes publics et à terme, en revendications politiques


❖ La nécessité de résoudre le dilemme du passager clandestin


L'approche de Mancur Olson (1932-1998)

Un passage clandestin est un individu qui profite des résultats d’une action collective sans y participer

Cela explique pourquoi certaines personnes ne participent pas aux grèves ou aux manifestations car même si l’action est couronnée de succès, elles bénéficient des mêmes avantages sans avoir à fournir d’efforts

Chaque personne cherche à maximiser son utilité marginale : ce ne sont pas les idées ou les causes qui la motivent à s’engager mais plutôt les coûts associés

Olson soutient que l’existence d’un mécontentement partagé ne suffit pas à produire une mobilisation : pour qu’une action collective ait lieu, il faut des incitations sélectives et des organisations capables de coordonner la mobilisation.

➞ Une théorie qui a fait l’objet de critiques, notamment de la part de Daniel Gaxie (1947) qui s’intéresse aux rétributions militantes et soutient que si l’attachement à la cause est un facteur de mobilisation politique, il est douteux qu’il soit le seul et le déterminant


Les analyses des partis politiques révèlent que la plupart des militants ne maîtrisent pas l’idéologie de leurs organisations et formulent plutôt des appréciations ponctuelles et décontextualisées

Il est toutefois important de reconnaître qu’il peut exister des mobiles idéologiques forts qui poussent à certaines idéologies politiques

Par exemple, le Parti communiste français entre les années 1920 et 1970 formait ses militants pour leur fournir un capital scolaire de substitution. En revanche, les études sur la droite politique montrent que la formation politique passe par des canaux autres que les organisations : il existe une méfiance traditionnelle à l’égard des formations dans d’autres partis politiques comme chez les Verts (parti écologiste). Des partis et des organisations militantes qui jouent donc, un rôle crucial dans la construction du lien entre les entrepreneurs politiques et leurs bases

Un parti politique est une organisation dont le but principal est d’acquérir le pouvoir. C'est une entité qui offre également diverses formes de rétribution à ses membres, notamment des avantages matériels tels que des postes locaux et nationaux, ainsi que des postes au sein de l’organisation politique

⇾ Au-delà de ça, il procure des récompenses symboliques comme le prestige, l’honneur et la reconnaissance du groupe

➞ Des rétributions qui à leur tour, alimentent l’intérêt des individus pour le militantisme

Le militantisme lui-même ainsi que le plaisir qu’il procure par les interactions sociales, les émotions et le sentiment de défendre une cause juste offrent des formes de rétribution intrinsèques


L’action collective : une forme de participation politique 


Contrairement au suffrage universel qui impose une vision régulée et encadrée de l’opinion politique par le biais du vote, la plupart des théoriciens de la participation politique ont longtemps exclu de leurs analyses les manifestations, les sit-ins, les pétitions, les marches (...) considérant ces formes d’action comme violentes

➞ On peut donc se demander dans quelle mesure la manifestation constitue-t-elle une forme d’action légitime : bien que d’autres moyens existent pour exprimer son opinion politique, la manifestation n’est pas explicitement inscrite dans la Constitution

Elle bénéficie d’une quasi-liberté constitutionnelle découlant de la liberté d’expression et de réunion énoncées dans le préambule de 1946 et ne jouit donc pas du même statut juridique que le vote ou le droit de grève

En pratique, la manifestation est légitime mais moins solidement institutionnalisée

Le 6 février 1934 lors de la tentative de prise de pouvoir par l’extrême droite, d’importantes mobilisations antifascistes émergent. La manifestation commence alors à être tolérée comme une forme légitime d’expression politique et s’impose progressivement comme un élément normal de la vie démocratique

Léon Blum (1872-1950) contribue à légitimer cette pratique qui s’avère compatible avec les institutions démocratiques

⇾ Finalement, l’aspect légitime de la manifestation dépendra également du cadre démocratique dans lequel elle se déroule


Charles Tilly (1929-2008) démontre que les formes d’action collectives populaires sont anciennes, antérieures à l’instauration de la démocratie représentative

Ce que l’on qualifiait autrefois de désordres, d’émeutes et de rébellions étaient en réalité des formes d’action collective à part entière

Selon lui, un répertoire d’action collective est un cadre juridique et judiciaire qui influence l’acceptation de certaines actions : ces dernières sont autorisées ou réprimées par la loi, ce qui affecte la mobilisation des acteurs

Ce répertoire est marqué par le poids des habitudes, des traditions militantes et de l’apprentissage collectif avec des acteurs qui ont tendance à reproduire des formes d’action qu’ils connaissent déjà et déjà utilisées par les générations précédentes de militants

Le niveau d’autorité du régime influence les répertoires d’action qui évoluent ainsi en conséquence

Le niveau de répression exercé par les autorités affecte les choix de modes d’action car il influence les coûts et les risques de mobilisation

➞ Ainsi, les caractéristiques des groupes mobilisés ont également un impact sur les formes d’action utilisées

En 1832 en Grande-Bretagne et en 1840 en France, on observe une concentration de l’État moderne et une extension progressive des droits du suffrage, intégrant les classes populaires au choix de la vie politique : une extension du capital et des modes de production qui a également un impact sur les modes d’action


Dans ce contexte, les acteurs sociaux acquièrent progressivement un répertoire d’action collective commun et dominant comprenant des manifestations, des défilés, des occupations, des grèves ainsi que des formes plus radicales comme les séquestrations et le terrorisme politique

Ce nouveau répertoire valorise la mobilisation en nombre, la discipline collective, la visibilité publique des revendications avec des logiques similaires à celles de la compétition électorale

Si la violence n’est pas totalement absente, elle est plutôt marginalisée ou condamnée : la légitimité des mobilisations repose davantage sur l’ampleur et l’organisation du mouvement

Tilly souligne que ce répertoire se distingue nettement des formes d’action du XVIIIe siècle car les mobilisations anciennes étaient souvent locales et patronnées par des notables. En revanche, ce nouveau répertoire d’action collective est plus autonome, organisé et national

Enfin, ce répertoire ne naît pas spontanément puisqu'il s’apprend et se transmet par la socialisation politique, notamment par l’engagement militant, les organisations et la culture politique locale


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