Comment le poète se moque-t-il de lui-même en se comparant à un crapaud ?
Premier mouvement (v. 1-6)
- Le champ lexical de la nuit et de l'obscurité : « nuit », « lune », « vert sombre », « ombre ». Ce réseau de mots installe un décor nocturne classique, mais presque trop sombre, qui prépare une apparition.
- La métaphore : « La lune plaque en métal clair » (v. 2). Au lieu d'une douce lune romantique, Corbière utilise le mot « métal », une matière froide et dure qui donne une lumière artificielle au paysage.
- La comparaison : « comme un écho, tout vif / Enterré » (v. 4-5). Le chant est comparé à quelqu'un d'enterré vivant. C'est une image volontairement exagérée et effrayante qui montre que le poète s'amuse à faire peur.
Deuxième mouvement (v. 7-11)
L'animal est enfin découvert, ce qui déclenche une dispute amusante et permet au poète de redéfinir son art avec autodérision.
- Le champ lexical de l'effroi : « peur », « Horreur ! ». Ce champ lexical montre la réaction paniquée de la femme qui accompagne le poète, contrastant avec le calme de ce dernier.
- L'épanalepse (répétition) : « – Horreur ! / … Il chante. – Horreur !! – Horreur pourquoi ? » (v. 10-11). La répétition triple du mot « Horreur » tourne en dérision la peur de la femme, jugée excessive par le poète.
- L'oxymore et la périphrase ironique : « Rossignol de la boue » (v. 10). C'est la figure majeure du poème. Le rossignol (symbole traditionnel du poète au chant magnifique) est associé à la « boue » (la laideur, le caniveau). Par cet oxymore, Corbière se moque des poètes sérieux et affirme que l'on peut faire de l'art avec des choses laides.
- La métaphore : « poète tondu, sans aile » (v. 9). Le poète retire à l'animal (et à lui-même) l'attribut poétique par excellence : les ailes (qui symbolisent l'inspiration, comme l'albatros de Baudelaire). Il se peint comme un être cloué au sol, sans prestige.
Troisième mouvement (v. 12-15)
Le poète révèle enfin le sens de sa plaisanterie dans un autoportrait final à la fois ironique et touchant.
- Le champ lexical de la solitude et du rejet : « s'en va », « froid », « sous sa pierre ». Ce champ lexical montre le crapaud qui se cache, rejeté par le monde, tout comme le poète se sent exclu de la société.
- L'antithèse et la métaphore : « son œil de lumière » (v. 12). Alors que le corps du crapaud est laid, son œil brille. Cette figure de style montre que derrière la laideur du poète se cache une étincelle de génie ou une sensibilité que les gens normaux (la femme) ne voient pas (« Non : il s'en va... »).
- La métaphore d'identification finale (la chute) : « ce crapaud-là c’est moi » (v. 14). Le poète lâche sa punchline. Après s'être moqué de l'animal, il s'identifie brutalement à lui. C'est le sommet de l'autodérision : il s'attribue toute la laideur et le rejet que le crapaud vient de subir.
Conclusion
Pour se moquer de lui-même, Corbière joue sur le contraste entre le sérieux de la poésie traditionnelle et la laideur du crapaud. En utilisant l'oxymore du « Rossignol de la boue » et en clamant haut et fort « ce crapaud-là c'est moi », il refuse le costume du poète parfait et sérieux. Il préfère rire de sa propre marginalité et de sa solitude, créant ainsi une forme de poésie moderne teintée d'humour noir.
