La domestication est définie comme un processus d'évolution accélérée et « biaisée » par une pression de sélection artificielle exercée par l'homme pour répondre à ses besoins alimentaires et organisationnels. Ce processus, débuté il y a environ 10 000 à 12 000 ans, a conduit à l'émergence de traits morphologiques et physiologiques regroupés sous le terme de « syndrome de la domestication ».
1. Caractéristiques du syndrome de la domestication
Les plantes cultivées présentent des traits distincts de leurs ancêtres sauvages, sélectionnés pour faciliter la culture et la récolte :
- Gigantisme des parties récoltées : Augmentation spectaculaire de la taille des fruits, des graines ou des organes de réserve.
- Perte des mécanismes de dispersion des semences : Contrairement aux plantes sauvages qui essaiment leurs graines pour assurer leur descendance, les plantes domestiquées conservent leurs graines sur la plante, permettant à l'homme de décider du moment de la récolte.
- Affaiblissement de la dormance des graines : La perte de la dormance permet une germination rapide et homogène dès le semis, évitant d'attendre des conditions saisonnières spécifiques (ce qui serait « contre-nature » en milieu sauvage).
- Tolérance aux facteurs environnementaux : Diminution de la sensibilité à la photopériode (durée du jour), rendant la floraison plus régulière et prévisible indépendamment de la latitude ou de la saison.
- Amélioration des qualités culinaires et organoleptiques : Enrichissement en sucres, réduction de l'amertume et élimination des toxines présentes chez les ancêtres sauvages.
2. L'exemple emblématique : de la Téosinte au Maïs
Le maïs moderne est le résultat de la domestication de la téosinte, son ancêtre sauvage mexicain. Bien qu'elles puissent toujours se croiser, leurs différences morphologiques sont majeures :
- Architecture et ramification : La téosinte possède de nombreuses tiges latérales, tandis que le maïs a une tige unique robuste. Cette différence repose sur la régulation d'un seul gène, teosinte branched 1 (tb1), dont l'expression est bloquée ou modifiée chez le maïs pour réprimer la ramification, facilitant ainsi la récolte et le gain d'espace.
- Nature des grains : Les grains de la téosinte sont protégés par une coque (tégument) extrêmement dure, alors que les grains de maïs sont nus et ramollis, facilitant la consommation.
- Disposition des grains : Le maïs présente une augmentation massive du nombre de grains et de rangs sur l'épi par rapport à la téosinte.
3. Co-domestication et adaptations physiologiques
L'homme a souvent pratiqué la co-domestication d'espèces complémentaires pour assurer un régime alimentaire équilibré. L'exemple classique est le duo maïs / haricot : le maïs apporte les calories mais manque de certains acides aminés comme la lysine, laquelle est fournie par le haricot, permettant d'obtenir les huit acides aminés essentiels.
La domestication a également modifié des processus internes complexes comme l'horloge biologique. Par exemple, chez la tomate cultivée, l'homme a sélectionné des variétés dont l'horloge est ralentie pour mieux s'adapter aux journées d'été plus longues rencontrées lors de sa migration loin de l'équateur.
4. Un avenir dépendant de l'homme
Ce syndrome rend les plantes dépendantes de l'intervention humaine pour leur survie. Sans entretien et sans récolte dirigée, le maïs moderne disparaîtrait en moins d'un siècle car il est devenu incapable de disperser ses propres semences et ses grains mous ne survivraient pas à la digestion animale.
