Le domaine du contrat de construction de maison individuelle
Le champ d’application
1. Conditions du CMI avec fourniture de plan
- Le CMI s’applique lorsque :
- une personne se charge de construire,
- un immeuble à usage d’habitation ou mixte,
- ne comportant pas plus de 2 logements pour le même maître d’ouvrage,
- à partir d’un plan fourni directement ou indirectement par le constructeur.
- Le constructeur est réputé constructeur.
donc soumis à la responsabilité décennale.
2. Extension du champ d’application
- Le texte vise aussi :
- le plan fourni après démarchage/publicité,
- les entrepreneurs réalisant seulement une partie des travaux MAIS ayant fourni le plan.
Le législateur veut éviter les fraudes consistant à contourner le CMI.
3. Exclusions
- Ne constitue PAS un CMI :
- rénovation,
- réhabilitation,
- travaux sur existant.
4. Maisons préfabriquées
- Le régime du CMI s’applique aussi :
- aux maisons préfabriquées,
- avec adaptation des mentions obligatoires.
5. CMI sans fourniture de plan
- Il concerne :
- les travaux de gros œuvre,
- sur maison d’habitation ou mixte,
- ≤ 2 logements,
- sans fourniture du plan par le constructeur.
Protection moins forte que le CMI avec plan.
Distinction avec les contrats voisins
1. Distinction avec le contrat de promotion immobilière (CPI)
- Critère :
- Le promoteur agit comme mandataire du maître d’ouvrage.
Dans le CMI :- le constructeur n’est pas mandataire,
- il construit pour un prix forfaitaire.
2. Distinction avec les marchés par lots séparés
- Pas de CMI si :
- plusieurs entrepreneurs interviennent séparément,
- aucun ne fournit le plan,
- aucun ne réalise l’ensemble du gros œuvre.
MAIS :- si un entrepreneur fournit le plan → CMI obligatoire.
3. Distinction avec la maîtrise d’œuvre
- Le maître d’œuvre (architecte) échappe au CMI :
- s’il ne participe pas à la construction.
En pratique - beaucoup de fraudes → requalification possible en CMI selon :
- l’étendue de la mission,
- le contrôle réel exercé.
4. Distinction avec la VEFA
- Critère essentiel : la propriété du terrain
- CMI :
- le maître d’ouvrage possède déjà le terrain.
- VEFA :
- le vendeur procure le terrain ET construit.
Risque pratique - éviter qu’un contrat soit :
- ni VEFA,
- ni CMI.
La formation du CMI
Le formalisme
1. Contrat obligatoirement écrit
- Sous seing privé le plus souvent.
- Pas besoin d’acte authentique.
Forte présence de clauses abusives en pratique.
2. Mentions obligatoires principales
- Informations sur le terrain
- désignation précise,
- titre de propriété,
- droits permettant de construire.
- Informations sur la construction
- conformité aux règles de construction,
- caractéristiques techniques,
- coût détaillé.
- Garanties
- garantie de livraison,
- garantie de remboursement,
- assurance DO.
- Délais
- ouverture du chantier,
- délai d’exécution,
- pénalités de retard.
- Autres mentions
- permis de construire,
- étude géotechnique si zone à risque,
- coût des travaux réservés.
3. Documents annexes obligatoires
- notice descriptive,
- plans,
- notice d’information.
Les conditions suspensives
Liste quasi limitative.
Principales conditions :
- obtention du permis de construire,
- obtention des prêts,
- obtention de l’assurance dommage-ouvrage,
- obtention de la garantie de livraison,
- acquisition du terrain.
Les clauses abusives
Clauses réputées abusives :
- mandat imposé au constructeur pour rechercher le prêt,
- exigence de plusieurs refus de prêt,
- permis modifié considéré comme accepté,
- causes vagues de retard,
- remise des clés subordonnée au paiement intégral,
- interdiction de visiter le chantier,
- consignation imposée auprès d’un organisme choisi par le constructeur.
Logique : protéger le maître d’ouvrage consommateur.
Le prix et les modalités de paiement
Le caractère forfaitaire du prix
Principe
- Le CMI est un marché à forfait.
Conséquences :
- prix définitif,
- protection contre les surcoûts.
Cass. 3e civ., 24 juin 2021
Un contrat qui ne présente pas les caractéristiques du forfait n’est pas un CMI.
1. Travaux indispensables
- Le prix doit comprendre :
- tous les travaux nécessaires à l’utilisation de la maison,
- y compris raccordements,
- même s’ils ne sont pas réalisés par le constructeur.
- Sanction
- Si oubli :
le constructeur paie.
2. Travaux réservés
- Le constructeur doit :
- chiffrer précisément les travaux réservés.
- Le maître d’ouvrage peut exiger :
- dans les 4 mois,
- que le constructeur les réalise au prix indiqué.
Si mauvaise estimation :
le constructeur supporte le dépassement.
Révision du prix
Possible MAIS très encadrée :
- uniquement selon un indice,
- modalités strictes prévues par le texte.
Protection contre les hausses arbitraires.
Dépôt de garantie
Maximum :
Sommes :
- consignées,
- insaisissables.
Restitution si :
- conditions suspensives non réalisées,
- rétractation.
Paiements échelonnés
Paiement selon l’avancement des travaux :
- 15 % ouverture chantier,
- 25 % fondations,
- 45 % murs,
- 75 % cloisons,
- etc.
Tout paiement anticipé est interdit.
Rôle du prêteur
Le banquier doit vérifier :
- plans annexés,
- existence de la garantie de livraison.
Sinon responsabilité engagée.
La garantie de livraison
Domaine
Garantie obligatoire :
- souscrite auprès d’un établissement financier ou assureur.
Elle couvre :
- le CMI avec plan,
- le CMI sans plan.
Nature
- Garantie autonome et d’ordre public.
- Elle survit même :
- à la disparition du contrat.
Fin de la garantie
Elle cesse :
- après réception,
- et après expiration du délai de dénonciation des vices apparents.
Contenu de la garantie
Le garant prend en charge :
- 1. Dépassements du prix convenu
- Si nécessaires à l’achèvement.
- 2. Paiements anticipés irréguliers
- 3. Pénalités de retard
- Quand retard > 30 jours.
- Montant minimal :
- 1/3000e du prix par jour.
Mise en œuvre
En cas de défaillance :
- mise en demeure du constructeur,
- puis désignation d’une entreprise de remplacement.
Si hors d’eau atteint :
- le garant peut demander au maître d’ouvrage de conclure lui-même les marchés.
Responsabilité du garant
Le garant engage sa responsabilité :
- s’il refuse à tort d’intervenir,
- s’il choisit mal l’entreprise repreneuse.
MAIS :
- il n’est pas constructeur,
- donc pas soumis à la décennale.
Nullité du CMI
Nature
Nullité relative :
- invoquée uniquement par le maître d’ouvrage.
Ordre public de protection.
Confirmation tacite
Possible si :
- le maître d’ouvrage connaissait l’irrégularité,
- et exécute volontairement le contrat.
Effets
En théorie
- restitution du prix,
- démolition de la maison.
Évolution jurisprudentielle
- Aujourd’hui :
- contrôle de proportionnalité.
- Le juge vérifie si :
- la démolition est proportionnée.
Influence du droit commun depuis 2016.