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LA BOETIE - DISCOURS DE LA SERVITUDE INVOLONTAIRE

REQUISITOIRE CONTRE LES ACTEURS DE LA TYRANNIE ET LA SERVITUDE VOLONTAIRE

A) Un texte violent qui embrasse les codes du requisitoire

  • Marques du genre du réquisitoire et du registre judiciaire et polémique par l’accusation, les termes péjoratifs (« imbéciles », « boiteux », « aveugles »), mise en valeur des défauts moraux.


  •  La violence pour révéler le paradoxe, déjà révélé dans l’oxymore du titre de l’œuvre : « servitude volontaire » : situation absurde, qui relève de l’aliénation > comment peut-on souhaiter la soumission ? « C’est le peuple qui s’assujettit et se coupe la gorge : qui, pouvant choisir d’être sujet ou d’être libre, repousse la liberté. »


  • couverture livre


  • Deuxième personne du pluriel : « vous » > ton accusateur explicite, faisant du peuple le coupable de sa propre condition.


  • Champ lexical des passions afin de pousser le jugement moral porté à l’encontre du tyran : « dévaste, voleries, luxure, boucherie, convoitises, vengeances… » Le registre épidictique est donc très présent dans Le Discours qui blâme avec virulence le comportement général d’un pouvoir néfaste et liberticide.

B) La désacralisation de la figure du tyran

  • Le tyran = l’acteur majeur de la tyrannie, bien entendu. Mais qui est le « tyran » ? Une figure imprécise exerçant un pouvoir de manière arbitraire et autoritaire, mais qui ne désigne pas une personne particulièrement . La Boétie mentionne deux figures phares de l’inconscient collectif, des despotes antiques, comme Cyrus, éclairé et modéré, mais surtout Néron. La désacralisation par La Boétie de ce dernier se retrouve dans les périphrases « ce vilain monstre, de cette horde et sale peste du monde », qui ridiculise celui ne doutant jamais de ses pleins pouvoirs.


  • Autre forme de désacralisation en rappelant que le tyran est un homme comme un autre : « Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. » > La Boétie critique ici ainsi la monarchie absolue de droit divin, dans laquelle le roi est le représentant de Dieu sur terre. La négation restrictive soulignant le champ lexical du corps physique dépossède alors le tyran de son potentiel psychologique d’emprise sur le peuple.


  • Désacralisation par l’évocation de la paranoïa du puissant, qui découle de l’autoritarisme absolu : « le tyran ne croit jamais sa puissance assurée.» Louis XIV a d’ailleurs connu des épisodes de paranoïa, en raison du traumatisme qu’a représenté la Fronde lorsqu’il était enfant. La vie de la cour à Versailles, réglée comme du papier à musique sans temps mort, trahit justement la fragilité du pouvoir absolu : la rébellion menace toujours même le souverain le plus puissant.

C) Une critique contre le peuple et la servitude volontaire

  • La Boétie rompt avec la tradition littéraire et philosophique de critiquer voire dénoncer le pouvoir absolu. En effet, là où de nombreux écrivains de Socrate jusqu’à Rabelais ont porté cette critique, La Boétie tourne l’accusation vers le peuple lui-même, qu’il juge responsable et complice de sa condition, ce qui est déjà suggéré par l’oxymore du titre de son texte, « servitude volontaire ».


  • Lexique neutre puis péjoratif pour désigner le peuple : du neutre « gens » au péjoratif « les peuples abrutis », « popularis ». La Boétie va jusqu’à l’insulte dans la métaphore de l’aveuglement : « Il redressait les boiteux, rendait clairvoyants les aveugles, et mille autres choses qui ne pouvaient être crues, à mon avis, que par des imbéciles plus aveugles que ceux qu’on prétendait guérir. » Cette métaphore rend le peuple acteur de sa propre servitude.

Plaidoyer pour la liberté

A)La liberté, une valeur cardinale

  • Dans le DSV, la liberté est une valeur cardinale à défendre. Mais comment définir cet idéal, souvent perçu comme indéfinissable ? D’abord, la liberté est ce qu’il y a de naturel, par opposition à la servitude : « la liberté est naturelle, puisqu’on ne peut tenir aucun en servitude sans lui faire tort », dit plus simplement : asservir une personne, c’est lui faire du tort, or le tort est ce dont on doit s’éloigner. La liberté est donc un dû naturel. S’il n’est pas libre, l’humain doit donc se battre pour l’être. 


  • La raison, un moyen d’entretenir la dignité humaine. Raison définie comme : « ce bien que l’on devrait racheter au prix de son sang. », associée au champ lexical militaire et juridique : « défendre », « préserver », « racheter ».


  • Paradoxe de l’être humain par l’oxymore : la « servitude volontaire » est un déni de l’état naturel de l’être humain.

B) Un texte qui explique les motifs de disparition de la liberté

1) La manipulation du temps et de l'accoutumance

  • Effacer de la mémoire collective les temps où l’humain était naturellement libre, et  présenter la « servitude volontaire » comme une norme. -> Parallèle avec 1984 (George Orwell) : dans cette dystopie, le pouvoir ultra-totalitaire de « Big Brother » se maintient, entre autres, par l’impossibilité de penser une quelconque rébellion > le langage s’appauvrit, « libre » ne devient synonyme que de « inoccupé » + les habitants d’Oceania sont conditionnés à assimiler les vérités et contre-vérités qui se contredisent en permanence, dont celle que la liberté n’a jamais existé.
  • Même dans le cas d’un pouvoir imposé de force, l’accoutumance prend le dessus, indépendamment de l’ordre naturel : « la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. » 


2) Les croyances, fantasmes auxquels le peuple adhère sans s’interroger… en d’autres termes, la stupidité du peuple lui-même : « imbéciles », « boiteux », « aveugles »,  « abrutis »

  • goût pour les histoires et propension à se laisser conditionner par des divertissements et artifices qui apportent une satisfaction provisoire (“du pain et des jeux”, les Jeux Olympiques pour oublier qu’on n’a toujours ni Premier ministre ni gouvernement)


3) Les tyrans repoussent les individus éclairés, qui s’avèreraient un rempart à leur autoritarisme.

C) Recouvrer la liberté : une lecture conquérante de La Boétie

  • Rhétorique militaire : la tyrannie attaque, la liberté se défend. Registres épique et polémique, avec des hyperboles, pour interpeller le peuple : « Enfin, si l’on voit non pas cent, non pas mille, mais cent pays, mille villes, un million d’hommes ne pas assaillir, ne pas écraser celui qui, sans ménagement aucun, les traite tous comme autant de serfs et d’esclaves : comment qualifierons-nous cela ? Est-ce lâcheté ? (...) Deux hommes et même dix peuvent bien craindre un, mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme ! » = appel au soulèvement


  • Autre référence : La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges : appel à l’action dans le Postambule avec des verbes à l’impératif : « Réveille-toi », « reconnais tes droits » + formule engageante : « Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir, vous n’avez qu’à le vouloir. »

LA BOETIE - DISCOURS DE LA SERVITUDE INVOLONTAIRE

REQUISITOIRE CONTRE LES ACTEURS DE LA TYRANNIE ET LA SERVITUDE VOLONTAIRE

A) Un texte violent qui embrasse les codes du requisitoire

  • Marques du genre du réquisitoire et du registre judiciaire et polémique par l’accusation, les termes péjoratifs (« imbéciles », « boiteux », « aveugles »), mise en valeur des défauts moraux.


  •  La violence pour révéler le paradoxe, déjà révélé dans l’oxymore du titre de l’œuvre : « servitude volontaire » : situation absurde, qui relève de l’aliénation > comment peut-on souhaiter la soumission ? « C’est le peuple qui s’assujettit et se coupe la gorge : qui, pouvant choisir d’être sujet ou d’être libre, repousse la liberté. »


  • couverture livre


  • Deuxième personne du pluriel : « vous » > ton accusateur explicite, faisant du peuple le coupable de sa propre condition.


  • Champ lexical des passions afin de pousser le jugement moral porté à l’encontre du tyran : « dévaste, voleries, luxure, boucherie, convoitises, vengeances… » Le registre épidictique est donc très présent dans Le Discours qui blâme avec virulence le comportement général d’un pouvoir néfaste et liberticide.

B) La désacralisation de la figure du tyran

  • Le tyran = l’acteur majeur de la tyrannie, bien entendu. Mais qui est le « tyran » ? Une figure imprécise exerçant un pouvoir de manière arbitraire et autoritaire, mais qui ne désigne pas une personne particulièrement . La Boétie mentionne deux figures phares de l’inconscient collectif, des despotes antiques, comme Cyrus, éclairé et modéré, mais surtout Néron. La désacralisation par La Boétie de ce dernier se retrouve dans les périphrases « ce vilain monstre, de cette horde et sale peste du monde », qui ridiculise celui ne doutant jamais de ses pleins pouvoirs.


  • Autre forme de désacralisation en rappelant que le tyran est un homme comme un autre : « Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. » > La Boétie critique ici ainsi la monarchie absolue de droit divin, dans laquelle le roi est le représentant de Dieu sur terre. La négation restrictive soulignant le champ lexical du corps physique dépossède alors le tyran de son potentiel psychologique d’emprise sur le peuple.


  • Désacralisation par l’évocation de la paranoïa du puissant, qui découle de l’autoritarisme absolu : « le tyran ne croit jamais sa puissance assurée.» Louis XIV a d’ailleurs connu des épisodes de paranoïa, en raison du traumatisme qu’a représenté la Fronde lorsqu’il était enfant. La vie de la cour à Versailles, réglée comme du papier à musique sans temps mort, trahit justement la fragilité du pouvoir absolu : la rébellion menace toujours même le souverain le plus puissant.

C) Une critique contre le peuple et la servitude volontaire

  • La Boétie rompt avec la tradition littéraire et philosophique de critiquer voire dénoncer le pouvoir absolu. En effet, là où de nombreux écrivains de Socrate jusqu’à Rabelais ont porté cette critique, La Boétie tourne l’accusation vers le peuple lui-même, qu’il juge responsable et complice de sa condition, ce qui est déjà suggéré par l’oxymore du titre de son texte, « servitude volontaire ».


  • Lexique neutre puis péjoratif pour désigner le peuple : du neutre « gens » au péjoratif « les peuples abrutis », « popularis ». La Boétie va jusqu’à l’insulte dans la métaphore de l’aveuglement : « Il redressait les boiteux, rendait clairvoyants les aveugles, et mille autres choses qui ne pouvaient être crues, à mon avis, que par des imbéciles plus aveugles que ceux qu’on prétendait guérir. » Cette métaphore rend le peuple acteur de sa propre servitude.

Plaidoyer pour la liberté

A)La liberté, une valeur cardinale

  • Dans le DSV, la liberté est une valeur cardinale à défendre. Mais comment définir cet idéal, souvent perçu comme indéfinissable ? D’abord, la liberté est ce qu’il y a de naturel, par opposition à la servitude : « la liberté est naturelle, puisqu’on ne peut tenir aucun en servitude sans lui faire tort », dit plus simplement : asservir une personne, c’est lui faire du tort, or le tort est ce dont on doit s’éloigner. La liberté est donc un dû naturel. S’il n’est pas libre, l’humain doit donc se battre pour l’être. 


  • La raison, un moyen d’entretenir la dignité humaine. Raison définie comme : « ce bien que l’on devrait racheter au prix de son sang. », associée au champ lexical militaire et juridique : « défendre », « préserver », « racheter ».


  • Paradoxe de l’être humain par l’oxymore : la « servitude volontaire » est un déni de l’état naturel de l’être humain.

B) Un texte qui explique les motifs de disparition de la liberté

1) La manipulation du temps et de l'accoutumance

  • Effacer de la mémoire collective les temps où l’humain était naturellement libre, et  présenter la « servitude volontaire » comme une norme. -> Parallèle avec 1984 (George Orwell) : dans cette dystopie, le pouvoir ultra-totalitaire de « Big Brother » se maintient, entre autres, par l’impossibilité de penser une quelconque rébellion > le langage s’appauvrit, « libre » ne devient synonyme que de « inoccupé » + les habitants d’Oceania sont conditionnés à assimiler les vérités et contre-vérités qui se contredisent en permanence, dont celle que la liberté n’a jamais existé.
  • Même dans le cas d’un pouvoir imposé de force, l’accoutumance prend le dessus, indépendamment de l’ordre naturel : « la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. » 


2) Les croyances, fantasmes auxquels le peuple adhère sans s’interroger… en d’autres termes, la stupidité du peuple lui-même : « imbéciles », « boiteux », « aveugles »,  « abrutis »

  • goût pour les histoires et propension à se laisser conditionner par des divertissements et artifices qui apportent une satisfaction provisoire (“du pain et des jeux”, les Jeux Olympiques pour oublier qu’on n’a toujours ni Premier ministre ni gouvernement)


3) Les tyrans repoussent les individus éclairés, qui s’avèreraient un rempart à leur autoritarisme.

C) Recouvrer la liberté : une lecture conquérante de La Boétie

  • Rhétorique militaire : la tyrannie attaque, la liberté se défend. Registres épique et polémique, avec des hyperboles, pour interpeller le peuple : « Enfin, si l’on voit non pas cent, non pas mille, mais cent pays, mille villes, un million d’hommes ne pas assaillir, ne pas écraser celui qui, sans ménagement aucun, les traite tous comme autant de serfs et d’esclaves : comment qualifierons-nous cela ? Est-ce lâcheté ? (...) Deux hommes et même dix peuvent bien craindre un, mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme ! » = appel au soulèvement


  • Autre référence : La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges : appel à l’action dans le Postambule avec des verbes à l’impératif : « Réveille-toi », « reconnais tes droits » + formule engageante : « Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir, vous n’avez qu’à le vouloir. »