Le syndrome d’évitement de l’ombre (shade avoidance syndrome ou SAS) est une stratégie de survie vitale pour les plantes de plein soleil. Elle leur permet de détecter la proximité de concurrents et d'ajuster leur croissance pour atteindre la lumière directe.
Voici les mécanismes détaillés de ce processus :
1. La perception du signal : Le ratio Rouge / Rouge lointain (R/FR)
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la plante ne réagit pas simplement à une baisse de l'intensité lumineuse, mais à un changement de la qualité spectrale de la lumière.
- Filtrage par la canopée : Les feuilles de l’étage supérieur absorbent massivement la lumière rouge (R) (660 nm) pour la photosynthèse, mais laissent passer la lumière rouge lointain (FR) (730 nm).
- Chute du ratio : En plein soleil, le rapport R/FR est d'environ 1,19. Sous un couvert végétal, ce ratio chute drastiquement pour atteindre environ 0,13. Ce faible ratio est le signal biologique indiquant la présence d'une végétation concurrente.
2. Le capteur : Les phytochromes
Les plantes perçoivent ce changement spectral grâce aux phytochromes, des photorécepteurs existant sous deux formes interconvertibles :
- Pr (Red) : Forme inactive qui absorbe le rouge.
- Pfr (Far-red) : Forme biologiquement active qui absorbe le rouge lointain.
À l'ombre, l'enrichissement en lumière rouge lointain convertit la forme active Pfr en forme inactive Pr. L’état photostationnaire (ϕ), qui représente la proportion de Pfr par rapport au phytochrome total, diminue alors fortement, passant d'environ 60 % en plein soleil à seulement 3 % à l'ombre. Ce sont principalement les phytochromes de type II (notamment phyB) qui assurent cette fonction de surveillance chez les plantes adultes.
3. La voie de signalisation moléculaire : Le rôle des PIFs
La réponse morphologique est le résultat d’une levée de répression au sein du noyau :
- En pleine lumière (Pfr élevé) : La forme active du phytochrome (Pfr) migre dans le noyau et provoque la dégradation des protéines PIFs (Phytochrome Interacting Factors), qui sont des répresseurs de la croissance.
- À l'ombre (Pfr bas) : En l'absence de Pfr, l'inhibition est levée, permettant aux PIFs de s'accumuler. Ils activent alors directement l'expression des gènes responsables de l'élongation cellulaire.
4. Les réponses morphologiques induites
Cette cascade de signalisation entraîne un remodelage profond de l'architecture de la plante pour tenter de dépasser la strate supérieure :
- Allongement spectaculaire de la tige (entre-nœuds) et des pétioles.
- Renforcement de la dominance apicale : La plante inhibe sa ramification latérale pour investir toute son énergie dans la croissance verticale.
- Réallocation des ressources : Les réserves sont mobilisées vers l'élongation au détriment du développement des racines et des feuilles.
À l'inverse, les plantes d'ombre ne présentent pas ce syndrome ; elles ont développé des mécanismes de tolérance leur permettant de survivre sous de faibles intensités lumineuses sans chercher à s'échapper.
Note sur les types de phytochromes : Lors de la levée du semis à l'ombre, le phyA (Type I) assure d'abord un dé-étiolement pour permettre la survie sous de faibles intensités, puis il est dégradé, laissant le phyB induire l'évitement de l'ombre proprement dit.
