Motivation : Principe selon lequel un juge doit expliciter les bases juridiques de sa décision. Sans motivation, pas de jurisprudence possible (car pas de règle répétable).
Record/Reports : Nécessité de conserver les décisions (mise à l'écrit) pour qu'elles deviennent une source consultable.
A) LES ORIGINES
❃ Le passage de la mémoire à l'écrit
‣ Avant : appui sur le « record de Cour » = mémoire orale des juges.
‣ Fin XIIe-XIIIe : Adopt° progressive, consignation des jugements, supports écrits rouleaux de parchemins. Ex: Rouen : échiquier Normandie 1196
‣ Lien avec la procédure : mise à l'écrit = reflet d'un recours croissant à la procédure écrite. Très visible en matière pénale.
❃ Chronologie et Géographie des recueils
‣XIIIe siècle : Apparition des plus anciens recueils de jurisprudence (vers 1200 en Angleterre, vers 1250 en France).
‣ Facteurs d'accélération :
- Pouvoir centralisé : La mise à l'écrit est facilitée là où il existe une "grande cour de justice" (ex: Parlement de Paris).
- Morcellement politique : Il freine la mise à l'écrit (processus plus tardif en Italie et en Allemagne).
❃ Le cas particulier de l'Angleterre
‣ Pourquoi l'Angleterre est-elle en avance ? s'explique par une organisation judiciaire précoce et une centralisation royale forte.
- NB : Le morcellement politique ne favorise pas l'écrit, c'est au contraire la centralisation (comme en Angleterre ou via le Parlement de Paris) qui permet une pratique judiciaire uniforme et donc l'émergence de recueils.
B) LE CAS DE L'ANGLETERRE
❃ Les records (L'officiel) : actes authentiques rédigés par les tribunaux eux-mêmes.
- Instruction de l'affaire et prononcé officiel du jugement.
- Ils font autorité en tant que preuve de la décision.
- origine précoce, remontant à Guillaume le Conquérant (seconde moitié du XIe siècle).
❃ Les reports (Le privé/informatif) : Recueils privés rédigés a posteriori.
- Résumé abrégé des différents motifs (raisonnements juridiques).
- Aucune valeur officielle (n'ont pas vocation à faire autorité).
- Informatif ; outil pédagogique et pratique destiné aux avocats pour comprendre la logique des juges.
C) LE CAS FRANÇAIS
❃ Les freins historiques (Ancien Régime)
Avant la Rév. 3 obstacles empêchaient la formation d'une véritable jurisprudence :
- Le secret du délibéré (1344) : Ord. interdisant de connaître les motivations des arrêts des cours souveraines (PLTs).
- Interdiction de publication : interdiction de publier les décisions sans l'autorisation des PLTs (c/connaissance du droit).
- Jugement en équité : juges préféraient leur vision plutôt que l'appli stricte de la loi. - « Que Dieu nous garde de l’équité des PLT ».
❃ La levée des freins (Vers la rationalisation)
‣ Ordonnance civile de 1667 :
- Interdiction de juger en équité : Le juge doit appliquer la loi mécaniquement.
- Prohibition de l'interprétation : En cas de doute, le juge doit solliciter le pouvoir royal (référé législatif).
‣ 1788 : Premières exigences de motivation en matière criminelle.
‣ Loi des 16-24 août 1790 : Généralisation de l'obligation de motivation pour tous les juges.
❃ La technique de motivation moderne
Inspirée par le Tribunal de Cassation (1790), elle s'articule ainsi :
1. Visa légal : Indication de la règle de droit utilisée.
2. Attendus : Explication logique du raisonnement (pour expliciter le sens de la règle).
3. Dispositif : Solution finale appliquée au litige.
‣ Loi de 1810 : absence de motivation = un motif suffisant pour un recours en cassation (sanction).
❃ Diffusion et Rôle
‣ Recueils d'arrêts : Permet de rendre la jp publique et accessible.
‣ Notes d'arrêt : Analyse doctrinale, permet de transformer une décision d'espèce en un principe théorique (règle générale).