INTRODUCTION :
Nathalie Sarraute est une femme de lettres du XXe siècle associée au Nouveau Roman et au théâtre contemporain. Dans Pour un oui ou pour un non, publiée en 1982, elle met en scène une dispute entre deux amis, H1 et H2, à partir d’une simple remarque qui révèle des tensions profondes. Cet extrait fait suite à l’analepse de l’alpinisme : les personnages comprennent même leurs souvenirs de jeunesse sont marqués par l’opposition. La parole, d’abord équilibrée, devient progressivement un affrontement violent. Cette scène s’inscrit dans le parcours « Théâtre et dispute » puisque le dialogue théâtral devient ici un véritable combat verbal où chacun cherche à dominer l’autre.
Lecture du texte à haute voix.
PB: En quoi la métaphore du combat éclaire-t-elle la situation des personnages ?
Mouvements :
I - vers 1-8 : La dispute vue comme combat.
II - vers 9-26 : L'explication des enjeux de l'affrontement.
DEVELOPPEMENT :
Mouvement I - vers 1-8 : La dispute vue comme combat.
Idée :
- Métaphore descriptive du combat.
l.1 : interjection « Mon Dieu ! » > surgissement des émotions de H2 ; il comprend brutalement la vérité de leur relation.
l.1 : plus-que-parfait « j’avais cru » > illusion passée ; H2 réalise qu’il s’était trompé.
l.1 : aposiopèse « ce moment-là… » > trouble et émotion ; parole interrompue.
l.1 : question rhétorique « comment ai-je pu oublier ? » > H2 se parle à lui-même ; prise de conscience douloureuse.
l.1-2 : opposition imparfait / passé composé « je savais » / « je l’ai toujours su » > révélation qui existait déjà inconsciemment.
l.2 : répétition « Su quoi ? Su quoi ? » > suffocation et panique de H1 ; vraie question.
l.2 : impératif « Dis-le » > rapport de force ; H1 veut reprendre le contrôle.
l.3 : proposition subordonnée complétive « qu’entre nous… » > annonce solennelle de la rupture.
l.3 : phrase averbale « Pas de rémission » > caractère définitif ; impossibilité du pardon.
l.3-5 : champ lexical du combat « combat », « lutte à mort », « survie », « soldats », « ennemis » > métaphore guerrière qui transforme la dispute en affrontement violent.
l.4 : hyperbole « sans merci » > absence totale de compassion ; destruction de l’amitié.
l.4-5 : présentatif « c’est » répété > H2 impose sa vision de la relation.
l.5 : opposition « toi ou moi » > logique de duel ; incompatibilité entre les personnages.
l.6 : négation « pas fort du tout » > H2 refuse l’interprétation de H1 et réaffirme sa pensée.
l.6-8 : métaphore des « camps » et des « soldats » > les mots deviennent des armes ; le dialogue se change en champ de bataille.
Transition : La dispute apparaît donc comme un véritable combat où chacun appartient à un camp opposé. Reste à comprendre pourquoi cet affrontement est devenu aussi violent et ce que représentent réellement ces deux camps.
Mouvement II - L’explication des enjeux de l’affrontement.
Idées :
- Métaphore explicative du combat.
l.9 : pronom « vous » > H2 élargit le conflit ; H1 représente désormais toute une société.
l.9-10 : métaphore des « noms » et des « guillemets » > H1 enferme les individus dans des catégories.
l.10 : négation totale « Moi je ne sais pas » > H2 refuse ces étiquettes sociales.
l.11 : généralisation « Tout le monde le sait » > H1 cherche à donner de la valeur universelle à son opinion.
l.11-12 : champ lexical de la lutte « luttent », « efforts » > valorisation du travail et de l’action.
l.12-13 : opposition « vraie vie » / « contempler par la fenêtre » > deux conceptions du monde s’affrontent.
l.13 : métaphore de la « fenêtre » > distance entre H2 et la société active ; image du spectateur passif.
l.14-17 : répétition « Eh bien ? » > inversion des rôles ; H2 pousse désormais H1 à parler.
l.18 : guillemets « ratés » > violence du jugement social ; mot humiliant.
l.18 : futur proche « je vais le dire pour toi » > H2 parle à la place de H1 ; domination dans l’échange.
l.19 : opposition « Je n’ai pas dit ça » > H1 refuse ce terme trop brutal.
l.19-20 : opposition sur le mot « travail » > conflit idéologique autant que personnel.
l.20 : expression « vivoter » > vision péjorative d’une vie marginale.
l.20-21 : négation « je n’y consacre pas toutes mes forces » > H2 refuse de réduire la vie au travail.
l.21-24 : répétition « tu en gardes » > accusation implicite d’égoïsme et de paresse.
l.24-25 : questions « pourquoi ? » > H1 soupçonne H2 de cacher quelque chose.
l.25-26 : champ lexical de l’enquête « inspecter », « fouiller » > H1 devient une figure d’enquêteur ; H2 se sent traqué.
l.26 : « On dirait que tu as peur » > renversement final ; H2 domine psychologiquement H1 et révèle sa fragilité.
CONCLUSION :
Dans cet extrait, la dispute se transforme progressivement en véritable combat où chacun cherche à intimider et dominer l’autre. La métaphore guerrière révèle l’opposition entre deux visions du monde : H1 appartient au camp des travailleurs et de l’action, tandis que H2 refuse les normes sociales et défend une autre manière de vivre. Le dialogue devient alors un affrontement idéologique autant que personnel. Finalement, H2 parvient à renverser le rapport de force en suggérant que H1 a peur : peur que H2 ait peut-être raison, peur d’un mode de vie différent, peur du doute lui-même.